Après les inondations

Les inondations qui ont frappé les régions de Fredericton, de Saint-Jean et – dans une moindre mesure – le Madawaska coûteront cher au trésor public. Il est temps pour nos décideurs de voir au-delà de cette catastrophe naturelle et de prévoir les prochaines. Car il y en aura d’autres! Et elles coûteront toujours plus cher.

Le fleuve Saint-Jean traverse le Nouveau-Brunswick. Il est magnifique, si bien que des milliers de Néo-Brunswickois ont construit leur maison ou leur chalet tout près afin de profiter du paysage.

Malheureusement, le grand cours d’eau a tendance à sortir de son lit au printemps en raison de la pluie, de la fonte des neiges et des embacles. Les conséquences sont terribles pour ceux et celles qui vivent tout près.

Le bilan des inondations de 2018 n’est pas encore connu. Le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Andrew Harvey, a affirmé que les dommages risquent d’atteindre 80 millions $. Plus de 12 000 propriétés pourraient avoir subi des dommages.

La facture sera salée pour les contribuables. Un programme fédéral-provincial d’aide financière en cas de catastrophe prévoit que les sinistrés pourraient recevoir jusqu’à 160 000$ pour les dommages à leur résidence principale ou 500 000$ pour leur petite entreprise. Et c’est sans compter toutes les dépenses engrangées par les autorités publiques. Les secouristes, les sauveteurs, l’armée, les infrastructures endommagées qu’il faudra réparer… Tout cela a un coût. Devinez qui devra éponger la facture?

Cela dit, les gouvernements n’ont pas le choix. Nous ne pouvons pas laisser les citoyens à eux-mêmes. Autant les résidents de la Péninsule acadienne étaient soulagés et heureux de voir les employés d’Énergie NB accumuler les heures supplémentaires afin de ramener le courant au plus vite pendant la crise du verglas de 2017, autant les sinistrés de la capitale et de la région de Saint-Jean sont reconnaissants de ne pas avoir été abandonnés à leur sort.

Néanmoins, la question se pose: qu’allons-nous faire après? Les inondations risquent de se reproduire. Elles surviendront probablement de plus en plus souvent et les dommages qu’elles causeront risquent d’être toujours plus importants. Doit-on ignorer cette situation et se contenter de tout réparer et nettoyer la prochaine fois que le fleuve Saint-Jean inondera les régions qui l’entourent?

Le gouvernement provincial est conscient du problème. Il a annoncé que les résidents qui vivent à moins de 30 mètres d’un cours d’eau ou d’une terre humide devront prendre des mesures pour éviter d’être à nouveau victimes des inondations. Une personne qui souhaite obtenir un permis de construction dans une telle zone pourrait par exemple être forcée d’élever son bâtiment ou de l’éloigner de la rive.

S’il comprend la problématique, le ministre Harvey est aussi conscient de ses limites. La loi ne lui permet pas actuellement d’exiger les mêmes mesures de la part des sinistrés qui vivent à l’extérieur de la zone de 30 mètres prévue.

Or, si vous avez vu des photos ou des images de l’inondation, vous vous doutez bien que la catastrophe ne s’est pas limitée aux terrains situés tout près du fleuve. Même le centre-ville de Fredericton a été touché.

Et que faire avec les districts de services locaux? Dans la plupart de ceux-ci, il n’existe pas de réglementation locale pour empêcher les constructions qui ne prévoient pas l’impact de l’élévation du niveau de la mer.

Fredericton ne dispose pas des outils législatifs lui permettant de faire face à la situation. La loi a été rédigée à une époque où on croyait que des inondations comme celle-ci surviendraient une ou deux fois par siècle.

Elle n’est pas adaptée à un environnement en plein bouleversement, notamment en raison des changements climatiques.

Un professeur adjoint de l’Université de Waterloo a expliqué dans nos pages que ce serait plus rentable pour la province de racheter et de démolir les propriétés les plus à risques. Quelqu’un qui refuserait de vendre recevrait quand même du financement additionnel pour améliorer la protection de sa propriété, mais ne serait plus admissible à un dédommagement lors de la prochaine inondation.

Disons, pour être polis, que le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’est pas rendu aussi loin dans sa réflexion. Ce n’est pas demain la veille que des quartiers situés le long des rivières néo-brunswickoises commenceront à disparaître.

Alors, que doit-on faire?

Une première étape serait d’imiter ce qui a été fait à la suite de la crise du verglas. Une série de consultations publiques a eu lieu dans les régions touchées et a mené à une série de 51 recommandations portant sur la réponse du gouvernement provincial et d’Énergie NB.

Rien n’empêcherait de répéter l’exercice, mais en élargissant le mandat et, surtout, en invitant aussi des experts à se prononcer et à soumettre leurs idées.

Il faut penser à long terme. Nous ne pouvons pas déménager tout le monde. Mais il existe sûrement quelque chose de plus intelligent à faire que de se contenter de verser des millions de dollars après chaque inondation.