Après la coupe Memorial

Nous apprécions mal l’ampleur du changement qui s’est opéré au sein du Titan d’Acadie-Bathurst depuis la vente de l’équipe à des intérêts locaux, il y a 5 ans.

Le Titan a remporté la coupe Memorial en fin de semaine dernière. Ce triomphe signifie que Acadie-Bathurst est la meilleure équipe junior au Canada. Tout simplement stupéfiant, quand on sait à quel point l’équipe a été médiocre au cours de la dernière décennie.

Mais surtout, l’équipe a réussi à se réconcilier avec ses partisans et peut-être même à assurer son avenir à court terme.

L’évolution n’a pas été facile. La mémoire étant une faculté qui oublie, on ne réalise pas que les assistances ont été décevantes pendant la majorité de la saison au Centre régional K.-C.-Irving. Les foules de moins de 2000 personnes ont été monnaie courante, même si l’équipe offrait un produit plus que potable sur la patinoire.

Ce n’est qu’en fin de saison qu’un buzz s’est emparé de la population et que les partisans ont commencé à s’arracher les billets, quand il est devenu évident à quel point cette équipe était spéciale.

Ce faisant, le Titan d’Acadie-Bathurst a renversé une tendance qui remontait à très loin. Et les quelques saisons victorieuses survenues çà et là n’avaient pas suffi à attirer la clientèle. En 2010 par exemple, l’Acadie Nouvelle titrait que «Le mariage tourne au vinaigre». Le chroniqueur Patrice Côté révélait un peu avant Noël que le Titan attirait des foules rachitiques, même si l’équipe flirtait alors avec la tête du classement général.

La Titanmanie qui avait vu le jour lors de la saison inaugurale, en 1998-1999, paraissait alors bien lointaine.

Il fallait bien plus que des victoires pour réconcilier le public avec une organisation devenue mal-aimée. C’est la bonne nouvelle pour les propriétaires actuels.

Les succès aux guichets de cette année peuvent se transposer au cours des prochaines années, si l’équipe continue d’être bien gérée et réussit à cultiver son sentiment d’appartenance avec le public.

Il le faudra bien. Même en tenant compte des cycles de quatre ans communs dans le hockey junior, rien ne garantit que la formation basée en Acadie répétera ses exploits.

Plusieurs ont fait grand état de la présence de petits marchés au tournoi canadien cette année. Ce fait cache qu’il est très difficile pour ceux-ci de se rendre au sommet. Acadie-Bathurst a participé au tournoi pour la première fois depuis 1999. L’autre équipe finaliste, les Pats de Regina, en étaient à une première participation depuis 1980. Quant aux Broncos de Swift Current, on ne les avait pas vu à la coupe Memorial depuis 1983.

Dans ces circonstances, il n’est pas réaliste de miser sur des championnats pour assurer l’avenir de l’équipe. Il faut une base de partisans solides et des propriétaires engagés pour qu’une équipe junior puisse survivre dans un aussi petit marché.

Et même là, il n’y a pas de garantie. Le Titan étant une entreprise privée, nous ignorons si les profits sont au rendez-vous. On peut néanmoins croire que les bilans ont surtout été rédigés à l’encre rouge par la nouvelle administration depuis cinq ans. Certains propriétaires, fatigués de perdre de l’argent, ont sûrement songé à vendre leurs parts et laisser l’équipe voguer sous d’autres cieux.

En 2013, nous avions écrit en éditorial que la vente du Titan à des intérêts locaux représentait la dernière chance de survie de l’organisation. À nos yeux, si des gens d’affaires au diapason de leur communauté ne réussissaient pas à remettre l’équipe sur les rails et à remplir le Centre régional K.-C.-Irving, la preuve aura été faite que le nord-est du Nouveau-Brunswick n’a pas la capacité de soutenir une équipe de hockey.

Personne n’aurait alors pu imaginer que dans un avenir proche, des milliers de personnes se réuniraient en plein air à Bathurst pour regarder une partie de hockey, ni que des partisans se déplaceraient en grand nombre à l’aéroport pour acclamer les joueurs ou que les rues de la ville seraient à nouveau bondées pour un défilé.

Remporter la coupe Memorial est l’exploit le plus spectaculaire à avoir été réalisé par l’équipe, mais ce n’est pas le plus important. La naissance d’une nouvelle histoire d’amour entre le Titan et les partisans représente quelque chose d’encore plus gros.

Recréer un lien privilégié avec la population était une mission quasi impossible. En relevant ce défi gigantesque, l’organisation a jeté les bases pour un avenir prometteur.

Cela suffira-t-il à assurer l’avenir de l’équipe à Bathurst? Rien n’est moins certain. Mais après avoir vu le Titan multiplier les miracles cette année, vous ne trouverez pas grand monde pour parier encore une fois contre eux.