Entre règlements et liberté

La volonté de la polyvalente Mathieu-Martin de Dieppe d’imposer un code vestimentaire à ses élèves est tout ce qu’il y a de plus légitime. On ne s’habille pas en classe comme on s’habille à la plage Parlee. Néanmoins, le terrain est glissant et le sujet, sensible. Désolé de décevoir la direction, mais il est normal que son code soit remis en question. Certaines critiques sont justifiées.

Le code vestimentaire de l’établissement interdit tout vêtement qui permet de voir le dos, l’abdomen, le haut des cuisses et les fesses. Quelques vêtements sont spécifiquement visés, notamment les robes moulantes.

L’ennui, c’est que la majorité de ces vêtements sont portés par les filles. C’est ce qui a fait dire à une mère de famille, dans nos pages, que celles-ci sont punies en raison du regard que posent les garçons sur leur corps. «On octroie un caractère sexuel à des vêtements qui n’en ont pas», a ajouté le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, qui suit le dossier.

C’est là une injustice.

Cet enjeu dépasse toutefois Mathieu-Martin. Ce n’est pas le premier établissement scolaire ni le dernier à vivre une telle controverse.

En 2014, une quinzaine d’adolescentes de l’école Fredericton High ont manifesté contre le code vestimentaire de leur établissement. Elles ont été suspendues.

En 2015, une élève de Moncton a subi le même sort pour avoir critiqué le code de son école sur Facebook. Les autorités scolaires affirmaient que son habillement risquait de perturber l’apprentissage de ses camarades de classe masculins. Elle avait répliqué que c’était à eux de se contrôler.

Notez à chaque fois la réaction des directions, qui ont suspendu les élèves qui avaient osé prendre la parole. Les écoles ne sont pas des démocraties. Et la plupart des directeurs ou directrices n’apprécient pas qu’on remette leurs décisions en question.

Au Québec, le débat a pris de l’ampleur dans les derniers mois avec l’émergence du mouvement des carrés jaunes.

Là aussi, on remet en question les exigences vestimentaires qui visent directement les jeunes filles.

Une élève, Célestine Uhde, a fait un lien avec les victimes d’agressions sexuelles, lesquelles sont parfois injustement blâmées de s’être habillées «trop sexy» et donc d’avoir couru après le trouble. «On nous empêche de dévoiler nos épaules parce que ça excite les garçons et ça les déconcentre. Donc, en gros, on ne peut pas s’habiller comme on veut à cause des garçons», a-t-elle déploré dans Le Devoir, en mars.

Notez aussi que ces débats ne se limitent pas seulement au monde scolaire. Les tribunaux ont souvent eu à trancher des questions touchant l’habillement en milieu de travail.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante affirme recevoir régulièrement des questions de ses membres sur le sujet. Parmi celles qui reviennent souvent: Peut-on exiger aux hommes de se raser, à un employé de couvrir un tatouage ou à une femme de porter des talons moins hauts?

L’organisme recommande d’éviter la discrimination et d’écouter les arguments des employés qui se plaignent d’un élément du code vestimentaire. «Il pourrait avoir un motif valide auquel vous n’aviez pas pensé», peut-on lire sur le site web de la fédération.

La plupart des crises et des crisettes qui éclatent, tant dans le milieu du travail que dans les écoles, finissent le plus souvent par se résorber quand le patron ou le directeur de l’école descend de son piédestal, accepte d’entendre les critiques et part à la recherche d’un compromis.

Par exemple, une école de Montréal avait tenté d’imposer en 2016 le port obligatoire du soutien-gorge. Les élèves avaient réagi en accrochant des soutiens-gorge aux casiers.

La direction avait finalement accouché d’un compromis avec les élèves. Le code a été modifié pour préciser que les sous-vêtements ou les parties du corps qui se trouvent normalement sous ceux-ci ne doivent pas être visibles, autant chez les filles que les garçons.

Nous ne pouvons nier que malgré les meilleurs efforts, ce sont les adolescentes qui font surtout les frais des codes vestimentaires.

D’un autre côté, la mode étant ce qu’elle est, les garçons portent généralement des vêtements plus amples et qui dévoilent moins de parties du corps.

Alors, que faire?

L’école Mathieu-Martin affirme avoir tenté de consulter ses élèves, mais que très peu d’entre eux (cinq ou six) ont répondu à l’appel. L’affaire ayant gagné en importance, nous avons la nette impression que la participation serait cette fois plus grande si la direction se décidait de consulter une nouvelle fois sa clientèle scolaire.

La direction est dans son droit d’imposer des règlements sur l’habillement. Mais c’est une tâche qui n’est pas sans péril. La ligne est très mince entre des normes qui s’appliquent à tous et d’autres qui sont sexistes. Il faut parfois s’y prendre à plusieurs reprises pour arriver à un équilibre parfait.