Les promesses du politicien

L’expression «promesse de politicien» a une connotation négative. Elle laisse entendre que la personne qui l’a énoncée n’a aucune intention de la tenir. Avec le dévoilement de son bilan, Brian Gallant nous renvoie toutefois à l’essence même de ces mots. Quels engagements ont précisément été pris et lesquels ont été tenus?

Le premier ministre a convié la presse, la semaine dernière, afin de faire un retour sur ses engagements électoraux. Cette annonce était de nature partisane. L’objectif était de convaincre les électeurs que les libéraux ont respecté leurs promesses et qu’ils peuvent avoir confiance que les engagements à venir seront eux aussi tenus.

Dans les faits, qu’en est-il réellement?

La plateforme du Parti libéral comprenait 153 promesses. Selon le Bureau du conseil exécutif (le ministère du premier ministre), 137 ont été respectées et douze autres le seront d’ici la fin du mandat. Seulement quatre engagements ne seront pas tenus.

Une excellente performance (98%) qui mériterait nos applaudissements. Ce n’est toutefois pas si simple.

Dès le départ, la méthodologie est quelque peu trompeuse. La liste des engagements respectés comprend ce que le gouvernement a réalisé, mais aussi ce qui est en cours de réalisation. Cela porte à confusion.

Ainsi donc, personne ne doute que le taux d’imposition sur le revenu des petites entreprises à été réduit à 2,5% tel que promis. C’est un fait vérifiable (le taux est entré en vigueur le 1er avril). Même chose pour le resserrement des lois contre la cigarette, l’augmentation du salaire minimum à 11$ l’heure, l’imposition d’un moratoire sur la fracturation hydraulique ainsi que plusieurs autres voeux exprimés en 2014. Les libéraux peuvent clamer «mission accomplie» sans craindre d’être traités de menteurs.

Plusieurs autres «réalisations» sont toutefois difficilement vérifiables. Nous retrouvons de nombreux engagements vagues à souhait.

Parfois, l’élastique est étiré au maximum.

Le gouvernement Gallant se flatte d’avoir augmenté, tel que promis, les impôts des Néo-Brunswickois les plus riches. Et ce, même si ces taux ont ensuite été abaissés afin de neutraliser la hausse imposée par le fédéral, à la suite de l’élection de Justin Trudeau.

Les libéraux provinciaux se targuent aussi d’avoir assuré l’indépendance des médecins-hygiénistes. Pourtant, la Dre Eilish Cleary a été congédiée en 2015 sans qu’aucune explication ne soit donnée au public. Un projet de loi a bien été adopté, mais son efficacité est remise en doute. Le ministère de la Santé a aussi annoncé une restructuration. Quatre divisions qui dépendaient autrefois de la médecin-hygiéniste font désormais partie de trois ministères différents.

La plateforme électorale ne précisait pas à quel point le bureau perdrait ses ressources.

De même, il faut être imaginatif pour soutenir que les libéraux ont bien exigé un plan d’équité salariale de la part des entreprises de 50 employés et plus qui font affaire avec le gouvernement. L’éléphant a accouché d’une souris (certaines entreprises doivent suivre un module de formation).

On ne peut s’empêcher de rire en relisant que le Parti libéral considère avoir réussi à «maximiser les retombées économiques de l’oléoduc Énergie Est». Le projet a été abandonné! Cela n’empêche pas le gouvernement de cocher joyeusement la case «respectés».

Ce retour sur ces engagements nous rappelle à quel point certaines promesses volontairement floues sont utilisées a posteriori pour justifier des politiques controversées.

Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’en transférant la gestion du Programme extra-mural au secteur privé, le premier ministre estime avoir tenu parole. Vous ne vous souvenez pas de l’avoir entendu parler de ce projet avant les élections? Comment auriez-vous pu? La promesse électorale se lisait comme suit: «Centrer davantage la mission du système de santé sur les soins préventifs communautaires.»

Si vous aviez compris en lisant cela en 2014 que le Programme extra-mural serait bientôt géré par Medavie, vous êtes dans une classe à part.

Avec cette stratégie, Brian Gallant arrache une page du fameux livre rouge de Jean Chrétien, publié un mois avant les élections de 1993. Dans son livre Le Syndrome de Pinocchio, le journaliste (depuis devenu sénateur) André Pratte explique que ces documents contiennent toute sorte d’échappatoires visant à justifier un changement de cap.

Quatre ans plus tard, Jean Chrétien avait dévoilé son Bilan des réalisations (il s’était accordé une note pudique de 78%). André Pratte le qualifie de l’une des plus belles astuces politiques dont il a été témoin. Avec une longue liste de promesses peu coûteuses, peu controversées et faciles à remplir, le gouvernement peut ainsi vanter son bilan officiel, en faisant abstraction de tout le reste.

La plateforme du Parti libéral du N.-B. ne comprenait rien sur l’avenir du Programme extra-mural, sur la fermeture de bureaux de Services NB et de palais de justice ou sur le report d’un an de l’atteinte du déficit zéro.

Le compte-rendu nous trace le portrait d’un gouvernement qui ne s’est pas tourné les pouces. Mais il ne nous montre pas tout le portrait, seulement la partie que celui-ci souhaite mettre en valeur. Tout comme l’a fait Jean Chrétien il y a plus de 20 ans.