Pseudos-dangers de l’arc-en-ciel

Le gouvernement provincial nous a offert une spectaculaire démonstration de pas de danse cette semaine, dans le dossier des traverses de piétons de couleur arc-en-ciel. En moins de 48 heures, celles-ci ont été interdites, puis permises à nouveau.

Depuis quelques années, plusieurs communautés néo-brunswickoises ont pris l’habitude de peindre un passage piétonnier aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, un symbole important de la communauté LGBTQ+.

L’idée a gagné en popularité au cours des dernières années. Dans le Sud-Est seulement, pas moins de treize communautés ont demandé la permission au ministère des Transports et de l’Infrastructure d’aménager cet été un passage avec des couleurs non conformes.

Elle semble déjà bien loin l’époque où la Ville de Moncton était à peu près la seule à agir ainsi pendant la saison estivale.

Le Nouveau-Brunswick n’a rien inventé. D’autres communautés au Canada font de même. Elles sont tellement nombreuses que l’Association des transports du Canada a décidé de faire l’examen de cette pratique.

Il n’y a rien là de scandaleux. Après tout, les lignes directrices de l’association décrivent un passage pour piétons comme étant un ensemble de lignes blanches parallèles.

Ces normes existent pour des raisons d’uniformité et de sécurité. Étant donné la couleur de l’asphalte, des lignes blanches sont plus visibles, spécialement la nuit. Et il importe que les traverses soient semblables ou identiques d’un océan à l’autre. On ne rigole pas avec la sécurité.

Nous pouvons aussi présumer que l’Association des transports du Canada s’interroge à savoir quelles seront les conséquences si un plus grand nombre de municipalités se décidaient à peindre leurs passages piétonniers de différentes couleurs pour toutes sortes de causes. Des autorités pourraient décider de les peindre pendant la durée d’un festival ou encore à l’année aux couleurs de la ville.

Par exemple, Miramichi pourrait peindre ses passages de couleur verte afin de célébrer son héritage irlandais, Petit-Rocher pourrait remplacer les lignes blanches par des étoiles jaunes en hommage au drapeau acadien, etc.

C’est sans compter que les couleurs vives ont la réputation de s’effacer plus rapidement que le blanc, ce qui diminue à long terme la visibilité de la traverse.

Il est donc tout à fait normal qu’un organisme national prenne le temps de réfléchir à la question. Que voulons-nous et jusqu’où sommes-nous prêts à aller?

Ce qui est moins compréhensible est la rapidité avec laquelle le ministère des Transports et de l’Infrastructure a sauté sur l’occasion pour interdire, bien que brièvement, ces couleurs.

Le gouvernement provincial a la juridiction sur les routes dans la province. Il n’est pas obligé d’obéir aux normes de l’Association des transports du Canada. Celle-ci reconnaît offrir des balises qui peuvent être respectées ou non.

Or, il n’a fallu que l’annonce qu’un comité national se penche sur la question pour que le ministère mette le holà. Que s’est-il passé? Le ministre Bill Fraser affirme qu’il y a eu erreur. La mauvaise lettre aurait été envoyée.

L’excuse est plausible, mais faible. Ce n’est pas comme si un agent de communication avait envoyé le document de son propre chef. Chaque lettre, chaque communiqué du gouvernement est traduit, mais aussi révisé et approuvé. La lettre en question est d’ailleurs signée de la main de Bill Fraser, preuve qu’il n’ignorait pas son contenu.

Il est plus probable que la machine bureaucratique étant ce qu’elle est, il a été décidé de suivre aveuglément une ligne directrice nationale sans se préoccuper du message que cela envoyait à la communauté gaie du N.-B.

Un gros manque de jugement.

Notons qu’aussitôt que la nouvelle a commencé à se propager, le premier ministre Brian Gallant a utilisé les médias sociaux pour désavouer son ministre, autoriser et même encourager les municipalités à peindre des passages pour piétons aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Il est très rare qu’un premier ministre contredise aussi directement un ministre. L’un des cas les plus spectaculaires des dernières années est survenu en 2006, quand les libéraux Hédard Albert et Denis Landry ont appuyé en pleine campagne électorale une régie de la santé péninsulaire et un hôpital central à Pokemouche. Dès le lendemain, leur chef Shawn Graham avait remis les pendules à l’heure.

Les traverses piétonnières aux couleurs de l’arc-en-ciel sont magnifiques. Elles apportent de la beauté et de la couleur dans des centres-villes qui en ont souvent bien besoin. Mais elles sont surtout un symbole d’inclusion.

Nous sommes satisfaits que le ministre Fraser ait fait marche arrière rapidement dans ce dossier.

En attendant une hypothétique et improbable preuve que ces passages colorés sont dangereux pour la sécurité des gens, nous croyons que le gouvernement et les municipalités doivent favoriser leur présence.