Évitez une confrontation en mer

Le ton monte entre les homardiers, qui menacent de faire preuve de désobéissance civile, et le ministère des Pêches et des Océans, qui pourrait retirer aux dissidents leur gagne-pain s’ils refusent de quitter les territoires de pêche où des baleines ont été vues. Ottawa doit trouver une façon de désamorcer cette situation explosive.

Les pêcheurs sont frustrés par les temps qui courent. On le serait à moins. La présence d’une baleine est suffisante pour que le fédéral ordonne la fermeture d’une zone de pêche. C’est ce qui vient d’arriver aux homardiers de la région de l’île Miscou. Et c’est ce qui risque de survenir bientôt aussi dans les régions où on retrouve le gros de la flotte.

La position éditoriale de l’Acadie Nouvelle est claire depuis le début: le gouvernement fédéral n’a pas le choix d’imposer de telles mesures. Il en va de la survie des baleines noires, bien sûr, mais aussi de l’avenir de notre industrie des pêches.

Les États-Unis sont le principal marché d’exportation de nos poissons et de nos fruits de mer. Or, ce pays est dirigé par un président protectionniste.

Il ne faudra pas la mort de quinze baleines, comme ce fût le cas l’année dernière, pour que le département du commerce américain impose un embargo sur nos produits. Il ne suffirait que soient diffusées sur Fox News des images d’une ou deux baleines échouées ou enchevêtrées dans des cordages de pêche pour que cela devienne un enjeu à la Maison-Blanche ou l’objet d’un tweet rageur de Donald Trump.

Le marché américain pourrait alors se fermer comme une huître. Tous les fruits de mer canadiens risqueraient d’être touchés.

Cela ne signifie pas que le MPO doit se laver les mains des conséquences de ses décisions.

En refusant d’accorder aux homardiers le droit de pêcher dans les zones peu profondes, là on ne voit à peu près jamais de baleines, le ministre Dominic LeBlanc pèche par excès de prudence.

Dans le cadre d’un projet-pilote, il aurait pu à tout le moins accorder à un nombre limité de homardiers le privilège de placer leurs engins dans ces régions, tout en augmentant la surveillance.

Par ailleurs, en laissant sous-entendre qu’il est désormais prêt à allonger de quelques jours la saison cet automne, le ministre LeBlanc montre pour la première fois qu’il est sensible aux préoccupations de l’industrie. Mais il fait preuve aussi d’improvisation.

L’idée a en effet été lancée quelques heures à peine avant une importante réunion des homardiers.

On ignore aussi comment cette pêche serait possible. Le temps au large est plus mauvais à cette époque de l’année. La nouvelle saison automnale du ministre tiendrait-elle compte de cela? Ou du fait que plusieurs homardiers pêchent plutôt le hareng à ce moment-là? Et pour citer un pêcheur présent à la réunion de mardi: «Ils vont faire quoi à l’automne alors qu’il n’y aura personne dans les usines pour transformer le produit?»

Il y a aussi les grands oubliés dans cette histoire, soit les employées d’usines.

Contrairement aux crabiers et aux homardiers, elles n’ont pas tiré des revenus dans les six chiffres (et plus) au cours des dernières années. Quand les pêcheurs sont à quai, elles sont les premières à en subir les conséquences.

Nous croyons que le gouvernement fédéral doit appuyer financièrement l’industrie en ces heures difficiles.

Plaçons les choses autrement. Si un problème naturel quelconque frappait une importante industrie ontarienne (manufacturière, automobile ou autres), croyez-vous qu’Ottawa resterait les bras croisés?

Poser la question, c’est y répondre. Les gros canons du gouvernement Trudeau seraient déjà à pied d’oeuvre afin d’aider à coups de millions de dollars les victimes à sortir de la crise.

Le ministre Dominic LeBlanc doit se montrer aussi ferme à appuyer les pêches qu’il l’est à protéger les baleines noires. Il doit être imaginatif afin de trouver des solutions novatrices, avec l’aide des pêcheurs.

Nous l’invitons aussi à mettre sur pied un programme d’aide. Les baleines ne partiront pas de sitôt, d’où l’importance de ne pas abandonner les pêcheurs et les employées d’usine à leur sort.

De leur côté, les homardiers doivent obéir aux directives du ministère des Pêches et des Océans. L’enjeu dépasse largement la saison de pêche actuelle. La solution passe par la négociation, par la confiance entre les différentes parties ainsi que par une plus grande ouverture aux idées des uns et des autres.

Pas par une confrontation en mer.