Plus de place à l’erreur à la SANB

Les membres de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick se donneront un nouveau (ou une nouvelle) président samedi. L’heureux élu aura la lourde tâche de diriger un organisme qui a perdu beaucoup de crédibilité au cours des dernières années. Le grand nombre de candidats aux différents postes à l’enjeu laisse cependant croire que l’organisme est encore pertinent.

Pas moins de 17 personnes sont candidats pour les neuf postes du conseil d’administration de la Société de l’Acadie du N.-B. Parmi ceux-ci, quatre veulent diriger l’organisme: Nathan Dimitroff, René Ephestion, Lizon Thériault et Robert Melanson.

Les appuis qu’ils détiendront dans la salle au moment du scrutin et, peut-être, la qualité de leurs discours feront pencher la balance. L’AGA aura lieu à Caraquet, ce qui pourrait favoriser les deux candidats du coin, M. Dimitroff et Mme Thériault.

Les profils des candidats sont intéressants et variés. Ils détonnent des personnalités fortes qui ont brigué la présidence depuis le début de la décennie.

En 2012, Jean-Marie Nadeau, dont la réputation de nationaliste acadien n’est plus à faire, avait obtenu un 3e mandat aux dépens du jeune avocat Martin LeBlanc Rioux, bien connu pour avoir poussé la Ville de Dieppe à adopter son arrêté municipal sur l’affichage bilingue.

La campagne s’était faite entre la vision de M. Nadeau, qui préférait une approche basée sur la négociation plutôt que sur la confrontation, et celle de M. Leblanc Rioux, qui promettait une attitude moins indulgente.

M. Nadeau a démissionné un an plus tard pour des raisons de santé. En 2013, Jeanne d’Arc Gaudet (alors vice-présidente à la SANB), de Moncton, et Anne-Marie Gammon (elle était trésorière de l’organisme), de Bathurst, s’étaient fait la lutte. Les deux avaient fait valoir leur expertise afin de faire avancer les dossiers chers aux francophones.

Mme Gaudet a été élue et a obtenu un nouveau mandat par acclamation en 2014 avant de s’embrouiller dans une guerre intestine sans merci avec des membres du Forum de concertation des organismes acadiens, ce qui a mené au départ de celle-ci en 2016.

Kevin Arseneau, qui s’était fait un nom à la présidence de la Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton, a pris la relève quelques mois plus tard. Son élection avait laissé présager de grands espoirs. Il a toutefois abandonné le navire l’année suivante en tentant en vain de se porter candidat pour le Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

Nous ne retrouvons cette année aucun candidat de ce type, avec à la fois un c.v. à toute épreuve et une reconnaissance au sein de la population. Le nouveau patron ne devra pas perdre de temps afin de mieux faire connaître ses idées.

Il sera aussi important pour l’organisme de mettre fin aux portes tournantes. La SANB a besoin de stabilité et surtout d’une direction claire. Cela ne peut être accompli si son principal dirigeant démissionne encore une fois pour des raisons de santé, dans la controverse ou parce qu’il rêve de siéger à l’Assemblée législative.

Nous l’avons déjà expliqué dans cet espace, la capacité de la SANB de bien défendre les intérêts des francophones dépend de deux choses: sa reconnaissance auprès de la population qu’elle dit représenter et sa crédibilité auprès des gouvernements.

Le jour où le premier ministre et son cabinet ne se donneront plus la peine d’entendre la SANB ou que celle-ci aura complètement perdu sa capacité de mobilisation, elle se retrouvera à prêcher dans le désert.

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a aussi besoin d’être revigorée. Nous l’avons sentie timide et parfois absente ces derniers temps sur des enjeux linguistiques, là où elle aurait pourtant dû être sur toutes les tribunes.

Cela s’explique en partie par le fait qu’elle a été dirigée par un président intérimaire depuis septembre. Le rôle de Joey Couturier était de mener la barque en attendant qu’un successeur imprègne ses idées et son style. Après des mois de déchirements internes, il est aussi possible de croire qu’une certaine fatigue s’est installée au sein de l’organisme.

Le temps est venu de passer à l’étape suivante. Il y aura un grand renouvellement au sein de la Société de l’Acadie en fin de semaine. Cela doit déboucher sur un vent de changement. Il faut un président qui n’hésite pas à confronter l’ordre établi, qui n’a pas peur du franc-parler, mais qui est aussi un rassembleur, tant dans la société civile qu’au sein même d’un organisme qui a déjà trop de chicanes de corridor à son actif.

Si Nathan Dimitroff, René Ephestion, Lizon Thériault ou Robert Melanson ne croit pas être en mesure d’accomplir de telles choses, il n’est pas trop tard pour se retirer de la course.

Les membres de la SANB n’ont pas le luxe de se tromper une nouvelle fois.