Vitalité doit livrer

Les services non médicaux dans les hôpitaux ne seront pas confiés au secteur privé. S’il s’agit d’un recul pour le gouvernement Gallant, il ne se trouvera pas beaucoup de gens pour le lui reprocher.

Sodexo est une entreprise française qui fournit des services dans les hôpitaux, des prisons et d’autres établissements à travers le monde. L’ancien ministre de la Santé Victor Boudreau voulait confier à celle-ci l’entretien ménager, l’alimentation et le transport des patients à l’intérieur des hôpitaux de la province.

Le projet gouvernemental avait du plomb dans l’aile depuis que le Réseau de santé Vitalité avait fait une contreproposition qui aurait permis aux contribuables d’économiser environ 3,5 millions $ sur 10 ans par rapport à l’entente avec Sodexo.

La dispute avait aussi mis en lumière à quel point le lien de confiance est devenu ténu entre le ministère de la Santé et Vitalité. Autant Victor Boudreau que son successeur, Benoît Bourque, avait remis en doute la capacité du réseau francophone à véritablement livrer les économies promises.

Le bon sens a finalement prévalu.

Il n’y a en effet rien de mal à laisser une place au secteur privé dans le milieu hospitalier, tant que cela résulte en un meilleur service pour les patients et des économies pour les contribuables.

Or, Sodexo n’offrait rien de tout ça. Elle n’a pas réussi à démontrer que ses plats sont meilleurs que ceux offerts présentement dans les cafétérias des hôpitaux, ni que les chambres et les corridors seront mieux nettoyés qu’ils ne le sont présentement. Sans oublier la promesse du réseau Vitalité de réaliser des économies plus importantes que son compétiteur privé français.

À ce point-ci, le gouvernement Gallant manquait d’arguments crédibles pour défendre la privatisation de ces services. Il faisait moins preuve de vision dans l’adversité que d’entêtement.

Le ministre Bourque vient de mettre fin à tout ça. Une sage décision.

Contrairement à Victor Boudreau, qui semblait prêt à foncer dans cette direction à la vie à la mort, M. Bourque – après avoir initialement refusé de faire volte-face – a finalement fait preuve d’ouverture.

Il a confirmé à l’Acadie Nouvelle en avril qu’il n’écartait plus la possibilité d’abandonner le projet de privatisation. Il a ensuite formé un groupe de travail composé de représentants du ministère, des deux régies de la santé et des syndicats afin d’étudier l’offre de Sodexo, mais aussi d’autres options.

Il était alors écrit dans le ciel que l’entente avec Sodexo ne serait jamais signée. Personne n’est tombé à la renverse quand Fredericton a confirmé la nouvelle la semaine dernière.

Il s’agit d’une victoire pour le Réseau de santé Vitalité ainsi que pour tous ceux qui croient qu’il est important pour la communauté acadienne d’avoir un droit de regard sur les services offerts dans les hôpitaux francophones.

Cela dit, nous n’avons pas fini d’entendre parler des services non médicaux dans les hôpitaux.

L’abandon du contrat avec Sodexo ne signifie pas que le gouvernement Gallant accorde sa bénédiction au statu quo.

Le Réseau de santé Vitalité a promis d’importantes économies. Par le passé, les dirigeants de la régie ont laissé entendre que cela pourrait se traduire par des pertes d’emplois, surtout (mais pas uniquement) par attrition.

On estime qu’environ 1800 personnes travaillent dans le secteur visé par l’entente avec Sodexo. On estimait que l’équivalent de 280 postes à temps plein seraient supprimés. Les employés syndiqués qui conserveraient leur poste resteraient à l’emploi du gouvernement, mais les gestionnaires auraient dû postuler à nouveau pour obtenir un emploi.

La contreproposition de Vitalité prévoit la fermeture de six cafétérias qui ne sont pas rentables: Stella-Maris (à Sainte-Anne-de-Kent), Saint-Quentin, Grand-Sault, Campbellton, Caraquet et Lamèque. Celle de Tracadie éviterait le couperet, mais ne resterait ouverte que le midi.

Ajoutons à cela que le ministre Bourque prévient déjà les travailleurs de l’entretien ménager, de la cuisine et du transport des patients qu’ils devront faire preuve de flexibilité lors des prochaines négociations collectives. On comprend que les prochains mois ne seront pas joyeux au sein de ce groupe d’employés.

Le Réseau de santé Vitalité n’a toutefois pas le choix. Il s’est battu pour réussir à conserver la mainmise sur ce secteur. Il a réussi à pousser le gouvernement Gallant à annuler une réforme qui semblait irréversible.

Il doit maintenant livrer la marchandise.

Les décisions qui seront prises dans la prochaine année feront leur part de mécontents, et ce, autant chez les syndicats et les patients qu’au sein de la population qui perdra des services appréciés.

Tant Fredericton que le réseau Vitalité ont mis cartes sur table. Cette fois-ci, aucun retour en arrière ne semble possible.