Il était temps!

Les dirigeants de quatre institutions francophones majeures ont pris la parole cette semaine afin de dénoncer l’examen d’entrée à la profession infirmière, le NCLEX-RN. Nous n’avons qu’un mot pour qualifier cette sortie: enfin!

C’était sans doute une première. Une conférence de presse a réuni les dirigeants de l’Université de Moncton, du Collège communautaire du N.-B. et du Réseau de santé Vitalité autour d’une cause commune. L’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne – une organisation relativement peu connue en Acadie – s’est jointe au groupe.

Leur message a été on ne peut plus clair: «Il est urgent de régler le problème.»

Plus intéressant encore est le ton utilisé par les participants à la conférence de presse. Le recteur par intérim de l’Université de Moncton, Jacques Paul Couturier, n’a pas hésité à parler de violation des droits linguistiques et de discrimination systématique subie par les francophones.

Quant à la PDG du Collège communautaire du N.-B., Liane Roy, elle-même embourbée dans ses propres problèmes au sein de l’établissement qu’elle dirige, elle a déclaré que la situation n’est pas acceptable.

Elle a aussi réclamé du gouvernement du Nouveau-Brunswick qu’il prenne des mesures rapidement afin de rectifier la situation.

Des propos partagés par le PDG du réseau Vitalité, qui a dit vouloir lancer un «message clair» tant au gouvernement provincial qu’à l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick.

Il était temps!

En effet, il est inconcevable qu’il ait fallu attendre presque quatre années avant que les éminences grises des principales institutions d’éducation et de santé ne sortent de leur torpeur.

Ces gens parlent aujourd’hui d’urgence, de l’importance d’agir «le plus rapidement possible». Mais tout cela était vrai aussi en 2015, alors que l’Association des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick s’apprêtait à adopter un nouvel examen d’entrée à la profession sans s’être assurée de la qualité de la traduction ni du fait que les étudiantes francophones compteraient sur des ressources suffisantes pour s’y préparer.

Passe encore que l’Université de Moncton et le Réseau de santé Vitalité aient dormi au gaz à ce moment-là. Mais il est inadmissible que personne dans les bureaux de ces établissements n’ait sonné l’alarme et exigé des changements à compter de 2015, quand le taux de réussite au premier essai est passé de 91% à 32%, avec le changement d’examen. Ce pourcentage est passé à 39% en 2016, puis à 40% l’année dernière.

En relisant les nombreux articles publiés depuis 2015, une impression se dégage.

L’Université de Moncton a surtout cherché à défendre la qualité de son programme, en expliquant que ce n’est pas la qualité de la formation qui était en cause mais bien l’examen.

Évidemment, dans des dossiers comme celui-ci, la réponse d’une institution dépend du leadership au sommet. L’ancien recteur, Raymond Théberge, qui est devenu, ironie du sort, commissaire aux langues officielles du Canada, ne s’est pas prononcé publiquement sur ce scandale pendant toutes ses années à la tête de l’U de M.

Il affirme aujourd’hui qu’il savait que la version française de l’examen était problématique. Il dit avoir prévenu le gouvernement, qui lui aurait répondu que la traduction était bonne. Une façon d’agir représentative du règne de M. Théberge, qui a toujours cherché à se tenir loin des controverses en espérant qu’elles s’éteignent toutes seules.

Bref, si l’Association des infirmières et infirmiers du N.-B. est responsable d’avoir imposé ce test discriminatoire à l’endroit des francophones, elle n’est pas la seule coupable. Beaucoup de gens très haut placés ont abandonné les étudiantes à leur sort.

Cela n’enlève toutefois rien au sérieux et à l’importance de la démarche des quatre institutions cette semaine. Mieux vaut tard que jamais.

Surtout, leur sortie a poussé le gouvernement provincial à intervenir.

Celui-ci s’était jusqu’à maintenant lavé les mains à propos d’un dossier qui le touche pourtant directement, les associations professionnelles étant assujetties à la Loi sur les langues officielles du N.-B. Après des mois de silence, puis à soutenir que la responsabilité de régler le problème revient à l’association, Fredericton a enfin montré des dents. Le ministre de la Santé, Benoît Bourque, affirme qu’il sera plus ferme.

Il en aura bien besoin. L’Association des infirmières et infirmiers a expliqué à quelques reprises dans nos pages qu’aucune preuve ne démontre que l’examen est problématique, malgré l’écart du taux de réussite entre finissants francophones et anglophones.

C’est sans compter que cette situation a un impact sur le recrutement. Le Réseau de santé Vitalité a une soixantaine de postes d’infirmières à pourvoir, sans compter les remplacements. Ceci n’est pas seulement un problème linguistique. C’est aussi un enjeu hospitalier qui a un impact direct sur les patients.

Il faut souhaiter que l’U de M, le CCNB, Vitalité et Fredericton ne relâchent pas la pression. Leurs propos de cette semaine ne serviront à rien s’ils ne sont pas suivis d’autres actions concrètes.