Pour des améliorations concrètes

Après des années à tenter de convaincre les politiciens de l’importance de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, le commissariat tente une approche différente en se tournant vers les fonctionnaires.

Près de 50 années se sont écoulées depuis l’adoption par le gouvernement libéral de Louis J. Robichaud de la première Loi sur les langues officielles du N.-B. Nous avons fait énormément de progrès depuis cette époque. Un francophone qui ferait un voyage dans le temps avec pour destination la fin des années 1960 en prendrait pour son rhume.

Un demi-siècle plus tard, des lacunes continuent toutefois de persister. Plusieurs objectifs fixés par la loi ne sont pas atteints, a réitéré cette semaine la commissaire Katherine d’Entremont dans son ultime rapport avant sa retraite.

Les progrès sont lents, sont entrecoupés de reculs et sont trop souvent le fruit de pressions ou de batailles devant les tribunaux.

La commissaire d’Entremont a compris que si des progrès doivent avoir lieu dans l’application de la loi, cela doit se faire d’abord à l’intérieur de la machine gouvernementale. Il est illusoire d’espérer qu’un ministre fasse de l’enjeu sa priorité et force la fonction publique à le suivre.

Nous en avons eu une nouvelle preuve mercredi, quand le ministre responsable du dossier des langues officielles au sein du gouvernement, Brian Kenny, n’a pas assisté au dévoilement du rapport.

Il en a ajouté une couche quatre heures plus tard en annonçant aux journalistes qu’il n’a pas eu le temps de lire le document, qu’il n’a aucune opinion sur les principales recommandations et qu’il ignore quand il aura le temps de jeter un oeil à tout ça.

Aussi bien nous dire qu’il nous prend pour des valises.

Ajoutons à cela qu’à l’exception du chef du Parti vert, David Coon, aucun des députés présents lors de la présentation de la commissaire n’a daigné poser une seule question.

L’indifférence la plus complète.

De son côté, Katherine d’Entremont a mis le doigt sur le bobo: l’absence d’une structure et de ressources adéquates pour assurer l’application de la loi et appuyer le premier ministre dans sa responsabilité.

Dans son rapport, elle précise que les fonctionnaires responsables des langues officielles sont éparpillés dans trois ministères. La plupart d’entre eux se retrouvent aussi à des échelons peu élevés au sein de la fonction publique. Ils ont peu d’influence sur l’action gouvernementale.

La solution qu’elle propose est simple: créer un secrétariat aux langues officielles avec à sa tête un sous-ministre et doté des ressources pour être capable de remplir sa mission. Celui-ci pourrait faire des suivis concernant les rapports de la commissaire, faire des recommandations au premier ministre concernant la marche à suivre, etc.

Mme d’Entremont a pris la peine de préciser qu’elle ne réclame pas la Lune. Il existe déjà des postes de sous-ministre ou de sous-ministre adjoint qui ont été créés pour des domaines aussi variés que l’égalité des femmes, la culture et les sports ainsi que les affaires autochtones.

Un coup d’oeil rapide sur le site web du gouvernement du Nouveau-Brunswick nous rappelle que nos dirigeants politiques ont créé au cours des années de nombreux conseils, commissions, secrétariats, portefeuilles et sociétés afin d’appuyer leur travail ou pour les conseiller.

Ils ont été généralement créés à la suite d’un impératif politique ou tout simplement parce qu’un politicien en a fait sa priorité. Rien n’empêche le gouvernement Gallant d’agir dès maintenant et de créer un secrétariat aux langues officielles.

Rien de tout ça n’arrivera toutefois d’ici les élections.

Le ministre Brian Kenny préférera passer pour un piètre lecteur plutôt que de s’avancer sur cette question d’ici le scrutin du 24 septembre.

Le premier ministre a toutefois ouvert un tantinet son jeu dans une rencontre éditoriale au bureau de l’Acadie Nouvelle, vendredi, en affirmant étudier différentes options. Il reconnaît l’importance de mieux coordonner les efforts de son administration, même si la formule n’a pas encore été choisie.

Le fait que M. Gallant admette qu’il y a un problème est de bon augure.

Nous avons une préférence pour un secrétariat dirigé par un sous-ministre, une formule qui aurait de meilleures chances de survivre à un changement de gouvernement. Mais nous sommes ouverts à d’autres idées, surtout si celles-ci ont déjà fait leurs preuves au sein du gouvernement. L’important est que cela mène à des améliorations concrètes.

Ce ne sera bientôt plus le problème de Katherine d’Entremont, qui jouira d’une retraite bien méritée. Nous saluons la décision d’avoir nommé son prédécesseur Michel Carrier afin qu’il assure l’intérim. Cela aurait envoyé un très mauvais message si le poste avait été laissé vacant pendant une longue période.