Un plus grand rôle pour Gallant

Le premier ministre Brian Gallant ne sera jamais le Capitaine Acadie que plusieurs souhaiteraient qu’il devienne. Mais le temps d’un avant-midi au siège social de l’Acadie Nouvelle, il a mis fin à plusieurs inquiétudes concernant sa volonté de défendre les droits des francophones.

L’équipe éditoriale de l’Acadie Nouvelle a reçu vendredi le premier ministre à Caraquet. Nous avons consacré plus de la moitié de la rencontre d’environ 90 minutes à discuter des langues officielles.

La raison est simple. Cet enjeu dépasse la question théorique des droits linguistiques. Il a un impact grandissant sur l’offre de soins en santé. Ambulance NB souffre d’une pénurie de personnel et manque d’employés bilingues. De son côté, le Réseau de santé Vitalité vit avec les conséquences des lacunes de l’examen d’entrée des infirmières.

Une soixantaine de postes sont à pourvoir dans le réseau alors qu’au même moment, des dizaines de finissantes se heurtent à un examen qui les désavantage (comparativement aux anglophones) et qui contrevient à la Loi sur les langues officielles du N.-B.

Les hésitations du gouvernement dans ces dossiers et son absence d’une réponse digne de ce nom aux rapports de la commissaire aux langues officielles font qu’il est victime d’une grande insatisfaction sur ce front.

Ironie suprême, certains n’hésitent plus à dire que Brian Gallant et son adversaire Blaine Higgs sont blanc bonnet bonnet blanc en ce qui a trait aux droits linguistiques.

Cela en dit long sur l’image projeté par M. Gallant, quand on sait que M. Higgs a déjà été candidat à la direction d’un parti opposé au bilinguisme et qu’il propose aujourd’hui d’embaucher des candidats unilingues anglophones afin de pourvoir des postes bilingues.

Brian Gallant a répliqué à nos doutes et à nos interrogations avec une longue liste d’accomplissements. Il inclut dans cette liste les gains (incitatifs pour mettre fin aux garderies bilingues, nouvelles délimitations électorales, etc), mais aussi les acquis maintenus.

C’est de bonne guerre.

Les libéraux ont été l’objet de nombreuses critiques, du côté anglophone, après avoir annoncé en début de mandat leur intention d’éliminer des programmes en précisant que tout était sur la table, sauf les droits linguistiques. Ils ont aussi tenu le fort en ce qui a trait à la dualité des systèmes d’autobus scolaires. Maintenir un acquis est parfois aussi courageux que d’en accorder un nouveau.

Plusieurs des exemples cités par le premier ministre touchent des droits protégés par la loi, la constitution ou la Charte canadienne des droits et libertés. Néanmoins, il faut reconnaître que certaines positions défendues ont été très impopulaires, peut-être même au sein de son cabinet.

Notre plus grande surprise a été de redécouvrir un Brian Gallant passionné et déterminé. Le premier ministre qui fait preuve de timidité (du moins publiquement) sur la question linguistique et semble vouloir fuir comme la peste cette responsabilité, a laissé place à un autre homme.

M. Gallant a vanté son bilan avec force. Il a critiqué durement les positions linguistiques de ses adversaires. Il a dénoncé les mythes qui attisent les tensions entre anglophones et francophones et a vanté les avantages du bilinguisme.

Bref, le genre de déclarations que nous aimerions entendre plus souvent dans d’autres circonstances, que ce soit en point de presse, à l’Assemblée législative ou lors de la prochaine campagne électorale.

En écoutant le premier ministre expliquer que «nous en avons fait beaucoup», souligner les «avancements sur des dossiers prioritaires» et promettre de continuer à faire le travail «pour surmonter les prochains défis», il est à se demander si l’image du gouvernement n’est pas plombée par le peu d’intérêt de ses ministres à faire leur travail sur ce sujet.

L’ancien ministre responsable des langues officielles, Donald Arseneault, ne se donnait même plus la peine, avant sa retraite politique, de répondre aux recommandations de la commissaire aux langues officielles. Son successeur Brian Kenny laisse l’impression de se ficher complètement de cette responsabilité qui lui a été léguée.

Nos questions insistantes sur le piètre travail du ministre ont semblé faire tiquer le premier ministre. L’avenir nous montrera s’il exigera de lui qu’il fasse du meilleur boulot.

En attendant, force est d’admettre que le gouvernement aurait avantage à mieux vendre son travail. Si un ministre plus intéressé à la filière des langues officielles ou, mieux encore, si Brian Gallant lui-même répondait régulièrement aux préoccupations si nombreuses, l’image des libéraux serait peut-être moins écorchée.

Des controverses comme celles d’Ambulance NB, de l’examen des infirmières ou de l’avenir de l’école Saint-Paul ne disparaîtraient pas pour autant. Mais un moins grand nombre d’électeurs acadiens seraient convaincus que les libéraux ne sont pas intéressés à régler ces problèmes ou qu’ils sont opposés à leurs aspirations linguistiques.

Au Nouveau-Brunswick, l’enjeu du bilinguisme officiel a un impact sur le plancher des vaches, mais est aussi une question de perception. Sur ce dernier point, Brian Gallant a fait la démonstration lors de notre rencontre éditoriale qu’il aurait avantage à jouer un plus grand rôle dans ce dossier.