Ne pas baisser sa garde

Quel étrange scénario que celui de citoyens qui accordent plus de crédibilité à un obscur rapport rédigé par des étudiants en Saskatchewan qu’en la parole du premier ministre du Nouveau-Brunswick.

L’annonce avait pourtant tout l’air d’une bombe. Un document secret dormait dans les bureaux du ministère de la Santé, loin des yeux indiscrets. Les auteurs suggéraient la conversion des hôpitaux de Grand-Sault et de Saint-Quentin en centre de soins de longue durée et en centre de santé communautaire.

L’étude est tombée entre les mains du Comité permanent de la santé de Saint-Quentin. «On se doutait que le gouvernement avait un agenda caché, mais on ne se doutait pas qu’il voulait aller si loin que de fermer notre hôpital et le transformer en centre de santé communautaire. Là, on a la réalité en face. Le chat est sorti du sac, on sait contre quoi on se bat», a déclaré la présidente du comité, Joanne Fortin.

Le groupe Égalité santé en français s’en est aussi mêlé. Dixit le président Hubert Dupuis: «Il y a un plan pour essayer de fermer les hôpitaux ruraux au Nouveau-Brunswick».

Une grande bataille semblait sur le point de s’amorcer, un peu comme en 2005 quand le gouvernement Lord a converti l’hôpital de Caraquet en Centre de santé communautaire et fermé l’urgence.

Sauf qu’il y a un problème dans toute cette histoire, et il est de taille. Le premier ministre est très précis depuis au moins deux ans sur cette question: aucun hôpital ne sera fermé.

Il est vrai que la crédibilité des politiciens n’est pas à son meilleur au sein de la population. On a vu par le passé ceux-ci trahir des engagements majeurs.

Néanmoins, il faut être de mauvaise foi pour croire à ce point-ci que le premier ministre Brian Gallant cache réellement dans ses manches un plan secret visant à sonner le glas des hôpitaux ruraux, tant il a été clair sur ce sujet.

Il affirme à qui veut l’entendre que son gouvernement ne fermera jamais d’hôpitaux. Il a d’ailleurs répété cet engagement pas plus tard que la semaine dernière, lors d’une rencontre éditoriale, au siège social de l’Acadie Nouvelle à Caraquet.

En fait, si le gouvernement libéral avait vraiment voulu aller dans cette direction, il aurait agi au début de son mandat. Souvenez-vous, il avait dévoilé un rapport portant sur les compressions budgétaires envisagées par Fredericton. Le document devait servir de base de discussions lors des consultations publiques qui ont suivi.

«Tout est sur la table», répétait constamment le ministre de la Santé (Victor Boudreau à l’époque). Parmi les dizaines de propositions visant à juguler le déficit provincial, on retrouvait la rationalisation des salles d’urgence et des services spécialisés en santé de même que la fermeture de plusieurs hôpitaux.

Selon ce scénario hypothétique, le Nouveau-Brunswick serait passé à seulement six salles d’urgence.

Cette proposition n’a jamais eu la moindre chance d’être retenue. Quelques mois plus tard, Brian Gallant annonçait qu’à la suite des consultations, il avait écarté ce scénario.

Il est difficile de croire qu’il serait aujourd’hui prêt à revenir à la charge.

Évidemment, l’arrivée en place d’un nouveau gouvernement pourrait changer la donne. Le conservateur Blaine Higgs est plus discret sur ses intentions.

En réponse aux questions de l’Acadie Nouvelle sur ce sujet en janvier 2017, il avait refusé de s’engager à ne fermer aucun hôpital en tant que premier ministre. Il a plutôt affirmé devoir remettre les finances publiques en ordre afin d’être en mesure de préserver nos établissements hospitaliers.

Mais encore là, des nuances s’imposent. M. Higgs se targe d’être l’antithèse de son adversaire libéral. Il évite de s’engager en promesses de toute sorte. À titre d’exemple, il refuse de promettre des réductions de taxes ou d’impôts tant qu’il ignorera l’ampleur des dépenses engagées par les libéraux.

Peut-être se décidera-t-il un jour à ordonner la fermeture d’hôpitaux. Mais il est probablement faux de dire qu’il a un plan secret dans ses cartons. Et si oui… il n’a sûrement pas été rédigé par des étudiants de la Saskatchewan!

La réaction des gens de Saint-Quentin a été virulente, quand on tient compte du peu de crédibilité derrière ladite menace. Ce n’est cependant pas une mauvaise chose qu’ils aient haussé le ton.

Depuis des années, nous assistons à une érosion des services et du nombre de lits dans les plus petits hôpitaux. En s’insurgeant de cette manière, les citoyens montrent qu’ils sont aux aguets et qu’ils ne laisseront pas le gouvernement leur arracher leur hôpital. Ils prouvent qu’ils sont mobilisés.

Bref, ils ont lancé un avertissement à Fredericton, aux partis de l’opposition et au Réseau de santé Vitalité: «Ne touchez pas à notre hôpital».

Le message a été entendu, tant chez les décideurs qu’au sein de la population.