Des candidats indignes de siéger

Dans un peu moins de trois mois, les électeurs du Nouveau-Brunswick se rendront dans les bureaux de scrutin afin d’élire leurs députés et ainsi choisir un gouvernement. Alors que la soirée électorale approche, il est temps d’avoir une discussion à propos de l’Alliance des gens.

L’Alliance des gens est née d’un groupe de militants qui étaient opposés à la vente d’Énergie NB à Hydro-Québec, au tournant de 2010. Le groupuscule a évolué pour éventuellement former un parti politique qui n’a jamais fait élire quelque candidat que ce soit.

Au départ, l’Alliance des gens se posait en défenseur des intérêts du peuple devant les excès du gouvernement. Elle réclamait que les députés puissent voter librement à l’Assemblée législative, dénonçait que ceux-ci représentent leur chef auprès de l’électorat et non l’inverse, taxait les partis traditionnels d’arrogance, etc.

Lorsqu’il est devenu chef en 2010, Kris Austin – un ministre du culte de Minto – a déclaré: «Nous voulons redonner le pouvoir aux gens. Nous croyons que les gouvernements sont devenus de plus en plus secrets et élitistes».

Vous voyez le genre. Rien de trop compliqué. On retrouvait là un peu du discours de l’ancien Reform Party, qui a fait élire des dizaines de députés dans l’Ouest canadien dans les années 1990.

Après des mois à voir son parti frôler 0% dans les intentions de vote, le chef a effectué un virage déplorable à compter de 2012. Son parti est devenu résolument antifrancophone. Il ne se gêne pas d’alimenter les tensions linguistiques à des fins électorales.

Dans les dernières années, Kris Austin s’est opposé à l’existence du Réseau de santé Vitalité, à la dualité en éducation, à un système de transport d’autobus scolaires pour les francophones, à la commissaire aux langues officielles, à l’appui financier du gouvernement en matière d’identité et de culture et plus encore. On l’a vu participer et même prendre la parole à des manifestations contre le bilinguisme offiiciel et appuyer une pétition portant sur ce sujet.

Le pari de l’intolérance de Kris Austin a presque rapporté en 2014, quand il est passé à 26 votes d’être élu député de Fredericton-Grand-Lake. Il avait obtenu l’appui de pas moins de 28,48% des électeurs de la circonscription ce soir-là.

À force de s’attaquer aux acquis des francophones, Kris Austin a fini par attirer une multitude de gens désireux de cracher leur venin, dont plusieurs sont candidats aux élections.

Parmi ceux-ci: Stewart Manuel, qui a comparé le Parti libéral aux nazis; Terry Sisson, qui rêve d’un référendum visant à éliminer la Loi sur les langues officielles du N.-B.; Terry Collette, qui croit que le commissariat aux langues officielles est biaisé, discriminatoire et imposé par l’élite.

Aussi: Heather Collins, qui a partagé une caricature où un chien prénommé Pierre refuse de partager avec les autres chiens (présumément anglophones) et réclame son propre bol de nourriture, ses propres jouets ainsi que sa propre niche, et qui a traité la commissaire Katherine d’Entremont de «chienne stupide»; Paul Seelye, qui estime que le N.-B. brûle de l’argent au nom du bilinguisme et a encouragé un boycottage des activités de la fête des Acadiens à Saint-Jean.

Nous vous faisons grâce des messages à caractères racistes ou antisémites rédigés, partagés ou accompagnés d’un «J’aime» par divers candidats et membres de la direction de ce parti.

Ceux qui veulent en savoir plus n’ont pas besoin de chercher bien loin. Le compte Twitter PANB Watch, que le chroniqueur Pascal Raiche-Nogue a présenté dans l’Acadie Nouvelle lundi, s’est donné la mission de déterrer ces perles.

Nous croyons qu’un parti qui s’attaque aux droits des minorités de façon aussi ignoble doit être dénoncé avec vigueur. Par les médias comme l’Acadie Nouvelle, bien sûr, mais aussi par les partis politiques.

Nous voulons entendre le libéral Brian Gallant, le progressiste-conservateur Blaine Higgs, la néo-démocrate Jennifer MacKenzie et le vert David Coon s’insurger contre ces candidats.

S’il avait le moindrement de respect et d’ouverture à l’endroit des francophones, Kris Austin aurait déjà mis fin à cette mascarade. En n’expulsant pas ses candidats et en ne dénonçant pas leurs propos publiquement, il se retrouve dans les faits à endosser leurs positions les plus méprisables.

N’attendons pas que quelques-uns de ces illuminés siègent à la législature avant de les reconnaître pour ce qu’ils sont: des intolérants et des antifrancophones.

Si Kris Austin ne peut trouver le courage de dénoncer ou d’expulser ses propres candidats ou membres de la direction de son parti qui partagent de telles opinions, il ne vaut pas mieux qu’eux et il est indigne de réaliser son rêve de siéger à l’Assemblée législative.