Gallant forcé de lâcher du lest

En accueillant le Conseil de la fédération dans sa province, le premier ministre Brian Gallant ne se doutait sans doute pas qu’il serait forcé à faire des compromis sur des enjeux où il était jusqu’à tout récemment très ferme.

Les premiers ministres des provinces et des territoires du Canada ont passé les derniers jours à St. Andrews. Cela constituait un défi pour Brian Gallant en tant qu’hôte, en particulier avec l’élection de Doug Ford en Ontario, qui a complètement changé la donne dans les relations fédérales-provinciales de même qu’entre les provinces.

D’une certaine manière, Brian Gallant devait se sentir comme Justin Trudeau au moment où il a accueilli le président américain Donald Trump le mois dernier lors de la rencontre des sept pays les plus industrialisés, qui a eu lieu au Québec. Dans les deux cas, un jeune premier ministre libéral de centre-gauche devait gérer un chef populiste et imprévisible, avec pour objectif que l’éléphant ne casse rien dans le magasin de porcelaine.

Il est juste de dire que le Conseil de la fédération s’est beaucoup mieux déroulé que la réunion du G7.

Pour ce faire, le gouvernement du N.-B. a dû faire quelques pas de danse.
La plus grande surprise a été de voir les premiers ministres s’entendre afin d’augmenter la quantité d’alcool que les consommateurs pourront transporter d’une province à l’autre.

Il s’agit d’une volte-face majeure de la part de Fredericton.

Brian Gallant affirme que son administration a mené jusqu’en Cour suprême du Canada la guerre à Gérald Comeau – ce citoyen de Tracadie qui s’était fait saisir ses caisses de bière à la sortie du pont J.-C. -Van Horne de Campbellton – dans le seul but de prouver que le Nouveau-Brunswick a compétence et juridiction sur la question.

Il y a dans cette position un peu de réécriture historique. Rappelons-nous que les dirigeants d’Alcool NB ont témoigné que la survie de la société de la Couronne serait menacée si on ouvrait les frontières provinciales au transport d’alcool.

Ce serait aussi oublier que son gouvernement tolère le fait que les forces policières organisent des opérations de surveillance dans les stationnements des dépanneurs québécois afin de détecter les acheteurs d’alcool néo-brunswickois et de leur mettre la main au collet une fois ceux-ci de retour dans leur province d’origine.

Le Nouveau-Brunswick devait toutefois lâcher du lest s’il ne voulait pas faire déraper les discussions. Le Manitoba avait mis cartes sur table en rendant publique avant le Conseil de la fédération une lettre dans laquelle il invitait ses homologues à faire tomber certaines barrières au commerce de l’alcool.

Il n’est pas impossible non plus que M. Gallant ait réalisé qu’il a avantage à se montrer plus conciliant à quelques mois des élections. Le compromis négocié n’est d’ailleurs pas révolutionnaire. Des limites de transport existeront toujours. Les exemptions seront simplement bonifiées. En prime, les provinces ont 18 mois pour modifier leurs lois. Une éternité.

Nous parlons aussi uniquement du transport d’alcool à des fins personnelles. Les bars et les clubs licenciés seront toujours dans l’obligation de faire affaire avec Alcool NB. Les profits, c’est là qu’on les trouve, pas dans le coffre de Gérald Comeau et dans celui des autres citoyens qui l’imitent.

L’autre enjeu qui a monopolisé les manchettes est celui de la tarification du carbone. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé que sa province se joindra à la Saskatchewan dans sa bataille judiciaire contre le gouvernement Trudeau.

Brian Gallant se retrouve pris entre l’arbre et l’écorce. Il ne cherche pas la dispute avec Justin Trudeau, qui est son allié. Le plan néo-brunswickois de tarification du carbone a reçu un accueil mitigé à Ottawa.

M. Gallant a toutefois compris que Doug Ford pèse lourd dans la balance et que le fédéral n’ira peut-être pas imposer sa taxe sur le carbone aux 14 millions d’Ontariens, et ce, même si leur gouvernement refuse désormais de coopérer.

Dans ces circonstances, le gouvernement du N.-B. réalise qu’il n’y a peut-être plus urgence d’aller de l’avant avec son propre plan sur le carbone, tout juste avant les élections provinciales. Voilà qui explique certaines réserves émises par le premier ministre provincial dans les derniers jours.

Cela étant dit, nous pouvons quand même affirmer que le sommet de St. Andrews a été un succès. Les élus ont accompli beaucoup plus en se concentrant sur des enjeux sur lesquels ils ont un plus grand contrôle, comme le commerce interprovincial, que par les années passées quand des sujets comme l’Accord de libre-échange nord-américain et le partage des milliards du fédéral en santé et en péréquation ont fait la manchette.

Les invités se sont présentés au Nouveau-Brunswick avec des divergences, ce qui est normal. Mais ils ont réussi à les atténuer et à trouver des terrains d’entente.