Promotion pour LeBlanc, mais pas pour le N.-B.

Le député de Beauséjour Dominic LeBlanc a eu droit à une grande marque de confiance en étant nommé ministre des Affaires intergouvernementales, au moment où le ciel s’alourdit pour les libéraux fédéraux.

L’anecdote remonte à 2004. Paul Martin a réussi à pousser Jean Chrétien vers la porte de sortie et entreprend de faire de même avec les personnes associées de trop près à l’ancienne garde. Des rumeurs courent selon lesquelles Dominic LeBlanc se ferait offrir un poste afin de libérer sa circonscription au profit de Frank McKenna. Il réplique qu’à 36 ans seulement, il n’y a rien qu’on puisse lui offrir qui pourrait le convaincre d’abandonner sa carrière politique. Il souhaite continuer à se faire réélire afin de devenir un jour un ministre de premier plan.

Quatorze ans plus tard, le temps lui a donné raison. Paul Martin n’est plus dans le portrait depuis longtemps. Quant à Dominic LeBlanc, il est non seulement toujours en politique fédérale, mais il est aujourd’hui l’homme de confiance du premier ministre.

Justin Trudeau s’était nommé responsable des Affaires intergouvernementales au sein de son propre gouvernement. Il pouvait se le permettre. Au moment où il a défait Stephen Harper, le 19 octobre 2015, les libéraux étaient au pouvoir ou sur le point de l’être de l’Ontario jusqu’à Terre-Neuve, sans oublier que le NPD venait de remporter une victoire historique en Alberta.

Presque trois ans plus tard, les «voies ensoleillées» semblent bien lointaines. Un premier ministre populiste et fermement contre le programme environnemental du gouvernement Trudeau, Doug Ford, est en poste à Queen’s Park. Le libéral Philippe Couillard semble se diriger vers une défaite quasi certaine au Québec. Et le NPD est menacé en Alberta face à une opposition menée par Jason Kenney, un ancien bras droit de Stephen Harper au fédéral.

Même au Nouveau-Brunswick, rien ne garantit que Brian Gallant, un proche allié de Justin Trudeau sera réélu. La plupart des sondages le donnent gagnant, mais les progressistes-conservateurs de Blaine Higgs ont repris du poil de la bête, avec notamment la nomination de plusieurs candidats forts dans les derniers mois. Sans oublier que les deux derniers premiers ministres néo-brunswickois ont été défaits après un seul mandat…

Les sujets de discorde sont aussi très nombreux entre les provinces et le fédéral ces jours-ci. La taxe sur le carbone, l’augmentation du nombre de migrants irréguliers, le coût d’accueil de ceux-ci, la dispute entre l’Alberta et la Colombie-Britannique à propos de l’oléoduc Trans Mountain de même que le commerce interprovincial sont tous des sujets délicats qui ont le potentiel de nuire aux chances de réélection des libéraux fédéraux.

Le fait que Justin Trudeau se tourne vers Dominic LeBlanc pour gérer les crises et les sorties intempestives qui ne manqueront pas de survenir dans les prochains mois en dit long sur sa confiance à son endroit.

C’est une excellente nouvelle pour M. LeBlanc. Paradoxalement, c’en est une moins bonne pour le Nouveau-Brunswick.

D’abord, M. LeBlanc a été remplacé à Pêches et Océans Canada par Jonathan Wilkinson, qui est député tout près Vancouver. Il n’y a rien là de scandaleux. Il y a aussi des pêcheurs le long des côtes de la Colombie-Britannique et il est normal qu’un ministre soit basé à cet endroit de temps à autre.

Néanmoins, le principal défi du ministère présentement est la crise des baleines noires et la menace qu’elle fait peser sur l’industrie des pêches de l’Atlantique. Il est étrange, dans ces circonstances, de nommer un ministre basé à l’autre bout du continent. Ce n’est pourtant pas comme si les libéraux manquaient de candidats potables dans notre région pour occuper le poste: ils ont remporté la totalité des 32 circonscriptions lors des dernières élections fédérales!

L’autre ennui pour le Nouveau-Brunswick, c’est que Dominic LeBlanc n’occupera pas un ministère à caractère économique.

Pire encore, le député acadien avec le plus d’influence depuis longtemps risque d’avoir bien peu de temps à consacrer aux enjeux de sa province natale. Sa coupe sera pleine avec Doug Ford, Scott Moe (Saskatchewan) et, s’ils se font élire, François Legault (Québec), Jason Kenney (Alberta) et Blaine Higgs (Nouveau-Brunswick).

Nous en sommes convaincus, le ministre LeBlanc continuera d’accorder de l’attention à sa province natale. La majorité de son temps sera cependant consacrée à résoudre des problèmes nationaux, la plupart n’ayant peu sinon rien à voir avec le Nouveau-Brunswick. Aux dernières nouvelles, les migrants arrivaient en grand nombre au Québec avant de se diriger à Montréal et à Toronto, pas à Edmundston ou à Bouctouche.

Le gouvernement Trudeau a misé sur la bonne personne. Il n’est toutefois pas certain que le Nouveau-Brunswick en tirera profit.