Assurer l’avenir d’Assomption Vie

Assomption Vie est l’une des entreprises acadiennes les plus connues, sinon la plus connue au Canada, et son siège social est un édifice emblématique du centre-ville de Moncton. Pourtant, nous en connaissons bien peu sur cette grande entreprise acadienne.

Le Québécois André Vincent a été nommé président-directeur général d’Assomption Vie en 2013. Sa nomination s’était faite dans la controverse. Plusieurs institutions acadiennes (dont l’Université de Moncton et Radio-Canada Acadie) s’étaient tournées vers des dirigeants de l’extérieur. «J’ai été la goutte qui a fait déborder le vase», raconte aujourd’hui avec humour M. Vincent.

Ça n’avait pas fait les manchettes, mais l’embauche de M. Vincent avait aussi fait des mécontents à l’interne. Plusieurs personnes se voyaient succéder à Denis Losier. Celui-ci avait annoncé son départ trois ans à l’avance. Une sorte de campagne à la direction a suivi, ce qui a causé des frictions.

Assomption Vie a misé sur le bon cheval. L’entreprise acadienne est en croissance et sa santé financière est excellente. Mais derrière ces chiffres, la compagnie d’assurance entreprend un virage crucial.

C’est de cela et de bien d’autres choses qu’a voulu nous parler André Vincent, qui a été l’invité la semaine dernière de l’équipe éditoriale de l’Acadie Nouvelle. Il a été très généreux avec nous en temps, en informations et en anecdotes.

Le PDG nous a réservé une surprise en nous expliquant à quel point il a constaté l’urgence pour Assomption Vie de changer lors de son arrivée en poste. «On s’en allait directement vers un mur», nous a-t-il confié. Sa vision ne faisait pas l’unanimité au sein de son équipe.

Aujourd’hui, Assomption prépare sa transformation. L’acquisition de Tech Knowledge Solutions n’avait fait l’objet que d’un entrefilet dans les pages de l’Acadie Nouvelle en août 2017. Or, M. Vincent affirme que cela s’inscrit dans le virage le plus important de l’histoire de l’entreprise centenaire.

Il va plus loin en expliquant que la survie d’Assomption Vie dépend de la réussite de ce virage numérique. Nous ne parlons pas ici d’une menace à court terme, bien sûr. Avec ses 7,749 millions $ en profits en 2017, tout va bien à l’intérieur du grand siège social de la rue Main.

À long terme par contre, c’est autre chose. Si elle ne change pas, l’entreprise pourrait être condamnée à une longue décroissance qui menacerait sa rentabilité et sa pertinence dans 20 ou 25 ans.

Il est rassurant de constater qu’Assomption Vie planifie à aussi long terme et ne se laisse pas aveugler par ses succès des dernières années. De la même manière qu’UNI Coopération financière a réussi sa transformation, Assomption Vie prend les moyens pour assurer son avenir.

Une très bonne nouvelle, quand on sait que l’Acadie ne compte pas sur une tonne de sièges sociaux d’importance ni sur beaucoup de fleurons économiques.

Il était par ailleurs impossible de discuter pendant deux heures avec André Vincent sans le relancer sur la décision d’un comité de la Ville de Moncton de retirer à son entreprise le contrat de gestion du régime de retraite des employés municipaux.

La réaction épidermique du patron nous avait étonné il y a quatre mois. Après tout, les firmes comme Assomption Vie gagnent et perdent des mandats comme celui-là pratiquement chaque semaine.

M. Vincent déplore surtout le manque de respect auquel sa compagnie a eu droit de la part du comité. Il est étonnant de constater le peu d’égard qu’a eu la Ville à l’endroit d’une entreprise qui joue un rôle aussi important dans la communauté.

Selon lui, le comité a déterminé très rapidement dans ses délibérations qu’il valait mieux faire affaire avec un géant plutôt qu’avec l’entreprise locale.

Le comité ne souhaitait pas écouter les offres d’Assomption et l’a fait seulement après que l’entreprise acadienne ait «enfoncé la porte». La mairesse Dawn Arnold a refusé de discuter avec les représentants d’Assomption Vie. Deux conseillers municipaux membres du comité n’ont même pas assisté à la présentation d’Assomption.

Il y a toujours deux côtés à chaque médaille. Mais ces informations révélées par André Vincent nous forcent à nous interroger sur les véritables motifs qui ont poussé les employés, les retraités et la Ville de Moncton à traiter de façon aussi cavalière les représentants de l’entreprise acadienne.

Moncton a cassé beaucoup de pots avec sa piètre gestion du dossier Assomption. Elle aurait avantage à en réparer le plus grand nombre. La Ville a bien sûr le droit de traiter avec qui elle le désire. Mais nous ne voyons pas comment elle pourrait sortir gagnante en se mettant à dos ou en affaiblissant un aussi bon citoyen corporatif.