Les problèmes avec AcadieNor

Après cinq années d’une lutte acharnée, la Ville de Caraquet a finalement dû se résoudre à dévoiler publiquement les dépenses de son organisme de développement économique AcadieNor. On y apprend que des milliers de dollars ont été dépensés au nom du développement économique, sans qu’on sache réellement si cela a apporté des résultats.

Radio-Canada Acadie a obtenu, après une longue bataille, la liste des dépenses de la direction d’AcadieNor. De fastueuses sorties dans les restaurants ont surtout attiré l’attention des citoyens. Des repas dans des restaurants luxueux au Nouveau-Brunswick, au Québec, aux États-Unis et même en Europe ont été payés.

Ces repas, même s’ils font écarquiller les yeux, ne sont pas scandaleux en soi. À moins de croire que la corruption est installée au plus haut niveau à la Ville de Caraquet et à AcadieNor, personne ne croit que ces gens ont passé leurs vacances en France ou en Italie aux frais de la princesse.

Ils s’y sont rendus avec un but précis qui avait été approuvé à l’avance. Nous pouvons nous interroger s’il s’agit d’une bonne utilisation des fonds publics d’envoyer une équipe à Paris toutes dépenses payées pour un voyage culturel, et surtout si cela s’inscrit bel et bien dans une logique de création d’emplois. Mais cela n’est pas un scandale en soi.

De même, cela parait toujours mal quand on apprend qu’une société municipale a dépensé presque 4000$ pour un souper de Noël. Mais encore là, AcadieNor n’est pas la seule à récompenser son équipe de cette manière. Allez faire un tour dans les restaurants en décembre et vous y verrez des représentants de bien d’autres organismes et entreprises.

Néanmoins, toute cette histoire nous a permis de révéler des problèmes sérieux, le principal étant l’absence de transparence.

Tant l’Acadie Nouvelle que Radio-Canada Acadie avaient soumis une demande d’accès à l’information afin de pouvoir jeter un oeil sur les chiffres d’AcadieNor. Caraquet a refusé d’obtempérer. L’intervention de la commissaire Anne Bertrand n’a pas suffi à faire plier la Ville.

S’en est suivie une bataille devant les tribunaux, à l’issue de laquelle Radio-Canada Acadie a fini par obtenir le dernier mot. Le juge Jean-Pierre Ouellet n’y était pas allé de main morte à l’endroit de la municipalité, en affirmant que celle-ci avait preuve d’acharnement pour empêcher le dévoilement des informations.

Nous parlons ici de fonds publics. AcadieNor est une institution municipale. Il n’est pas normal qu’elle ait pu agir dans l’ombre aussi longtemps.

Avec le dévoilement des factures, nous découvrons aussi que trop peu d’informations sont disponibles. La plupart du temps, les remboursements de frais pour un repas, un voyage ou l’achat de bouteilles de vin sont justifiés avec la simple mention «développement économique».

Plus gênant encore, le directeur général de la Ville de Caraquet, Marc Duguay, a lui-même approuvé ses propres factures pendant des années. Un nouveau protocole a été mis en place en 2015, a appris l’Acadie Nouvelle, si bien que ce genre de situations ne devrait plus se reproduire.

Malheureusement, nous n’aurons pas accès à toute l’information réclamée. En effet, les documents remontant à plus de sept ans ont été détruits. C’est inadmissible, quand on sait que la Ville de Caraquet se battait alors pour empêcher leur publication et savait qu’il y avait une possibilité qu’elle perde sa cause. L’avocat Christian Michaud parle de destruction de preuves.

S’il y a un véritable scandale dans ce dossier, c’est probablement là qu’il se trouve.

La Ville de Caraquet n’a plus le choix. Elle doit changer ses façons de faire.

C’est déjà commencé. Le maire de Caraquet Kevin Haché a confirmé que les dépenses d’AcadieNor seront dorénavant approuvées par le conseil municipal, qui pourra de ce fait répondre aux questions des citoyens sur le sujet.

Nous croyons qu’AcadieNor devrait aussi soumettre annuellement un rapport complet de ses activités, y compris des états financiers vérifiés. Cela pourrait se faire pendant une assemblée générale ou lors d’une présentation annuelle devant le conseil municipal.

Cette présentation comprendrait plus de détails sur la raison des voyages, soupers et autres activités des membres du conseil d’administration. Comme le font chaque année les représentants des sociétés de la Couronne devant un comité de députés de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

AcadieNor doit aussi démontrer que ses dépenses en valent la peine. Ces soupers bien arrosés dans les restaurants visant à séduire les investisseurs débouchent-ils rarement ou régulièrement sur quelque chose? Est-ce que des entreprises ont déménagé à Caraquet à la suite de ces campagnes de séduction? Des emplois ont-ils été créés?

Les contribuables ont le droit de savoir s’ils en ont pour leur argent. C’est en révélant le détail de ses activités et surtout de ses résultats que nous saurons si AcadieNor fait du bon travail ou si son budget serait mieux dépensé ailleurs.