Un hommage digne d’un grand

Louis J. Robichaud est le bâtisseur du Nouveau-Brunswick moderne, celui qui a transformé à jamais notre province en imposant des réformes que personne d’autre avant lui n’avait eu le courage d’imposer ici. Pourtant, quand vient le moment d’honorer dignement la mémoire du plus important premier ministre de notre petit coin de pays, une gêne incompréhensible vient bloquer les initiatives les plus louables.

Alors que sont terminées les célébrations de la Fête nationale de l’Acadie et qu’approche le début de la campagne électorale, penchons-nous un instant sur la meilleure façon de commémorer l’oeuvre de Louis J. Robichaud.

Le combat pour rendre hommage à cet homme politique exceptionnel ne date pas d’hier. Dès 2005, l’Acadie Nouvelle réclamait en éditorial que l’aéroport du Grand Moncton soit rebaptisé en son nom. «Louis J. Robichaud mérite cet hommage plus que quiconque», avions-nous ensuite écrit dans un autre éditorial publié cette fois en 2011.

L’idée semblait aller de soi. Au Canada et en Occident, la tradition est d’honorer nos défunts chefs politiques de cette façon. Les aéroports de Halifax (Robert-Stanfield), de Montréal (Pierre-Elliott-Trudeau), de Toronto (Lester-B.-Pearson), de Saskatoon (John-Diefenbaker) et de New York (John-F.-Kennedy), pour ne nommer que ceux-là, portent tous le nom d’un politicien qui a marqué sa région ou son pays.

Malheureusement, le temps a passé et les personnes en position d’influencer le processus ont laissé traîner les choses. Le projet n’a jamais abouti. Les alliés d’un autre ancien politicien décédé, Roméo LeBlanc, ont monopolisé l’attention et renommé en son nom l’Aéroport international du Grand Moncton.

Remarquez qu’il n’y a rien là de scandaleux. En plus d’avoir été le premier Acadien à occuper la fonction de gouverneur général du Canada, Roméo LeBlanc a sans doute été le meilleur ministre des Pêches et des Océans de l’histoire du pays. Il mérite d’être honoré.

En tout respect pour M. LeBlanc, ses accomplissements n’égalent pas ceux de M. Robichaud. Il n’est toutefois pas question de réécrire l’Histoire, et encore moins d’enlever son nom de l’aéroport basé à Dieppe. Alors que faire?

Commençons par analyser la façon dont d’autres provinces honorent leurs plus grands.

Par exemple, il aurait été opportun d’ériger une statue de M. Robichaud devant l’Assemblée législative à Fredericton. L’idée est moins saugrenue qu’elle n’en a l’air. On retrouve une statue du fondateur du Manitoba, Louis Riel, devant la législature du Manitoba. Le gouvernement du Québec a aussi érigé des statues à la mémoire de Louis-Joseph Papineau, de Maurice Duplessis et de René Levesque, pour ne nommer que ceux-ci, près de l’hôtel du Parlement de Québec.

On ne retrouve rien de tel à Fredericton. Même l’Université de Moncton a érigé une statue à la mémoire de son bâtisseur, le père Clément Cormier, mais n’a pas daigné le faire pour son fondateur (son centre sportif porte toutefois le nom de M. Robichaud).

Il existe par ailleurs, un monument à Saint-Antoine, financé à la suite d’une campagne de financement.

Une autre tradition est de baptiser des infrastructures routières. Ainsi donc, le pont qui relie Campbellton à la Matapédia porte le nom de J.C. Van Horne, un politicien qui a mené une lutte acharnée au gouvernement Robichaud et au programme Chances égales pour tous. De même, on retrouve au Québec des autoroutes Jean-Lesage ainsi que Félix-Leclerc, Toronto compte son artère MacDonald-Cartier, etc.

L’équivalent au Nouveau-Brunswick serait de renommer notre portion de la Transcanadienne (la route 2), Autoroute Louis-J.-Robichaud. Elle porte depuis 2012 le nom d’Autoroute des héros, une initiative du gouvernement Alward. Un digne hommage en mémoire des Casques Bleus, des soldats et des intervenants d’urgence qui sont morts dans l’exercice de leurs fonctions.

Le Nouveau-Brunswick compte déjà son Autoroute des anciens combattants, entre Moncton et Shediac. Nous croyons qu’elle pourrait être rebaptisée Autoroute des héros, ce qui permettrait de baptiser la Transcanadienne en l’honneur de l’ancien premier ministre Robichaud.

Si le gouvernement provincial refuse de se lancer dans cette avenue de peur de froisser une partie de son électorat, nous avons un plan B à lui proposer: la route 11. Celle-ci traverse les régions du Nord qui ont le plus bénéficié de l’action de M. Robichaud. De plus, elle passe par son ancienne circonscription de Kent.

De tout temps, les peuples érigent des monuments afin de ne pas oublier leur histoire. Aucun citoyen de notre province ne mérite un tel honneur plus que Louis J. Robichaud.

Nous célébrerons l’année prochaine le 50e anniversaire de l’adoption par son gouvernement de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Le moment sera idéal pour commémorer dignement l’héritage de celui qui a été surnommé Ti-Louis, mais qui a été le plus grand des Néo-Brunswickois.