Départ canon des libéraux

Une campagne électorale est un marathon. Mais s’il s’agissait d’un sprint, les libéraux seraient bien partis pour devenir la première formation politique en quinze ans à être réélue pour un deuxième mandat au Nouveau-Brunswick.

La campagne électorale n’est vieille que de quelques jours et déjà, un constat s’impose. Le Parti libéral est celui qui était le mieux préparé à partir à la conquête des électeurs. Le début de la campagne lui appartient.

L’équipe du premier ministre Brian Gallant a complètement pris ses adversaires au dépourvu en sortant son autobus dès dimanche au lieu d’attendre comme toutes les autres formations à jeudi, jour 1 officiel de la campagne.

Cela a permis aux libéraux de monopoliser une bonne partie du temps d’antenne et des pages consacrées aux élections. Le chef a pu multiplier les rencontres, effectuer quelques annonces, participer à des photo ops (des activités qui permettent de filmer le candidat ou de le prendre en photo dans des situations avantageuses) et bien plus encore.

Le Parti progressiste-conservateur et les autres partis de l’opposition n’ont pu se virer de bord sur un 10 cents. Ils ont dû se contenter de dénoncer la stratégie des libéraux sans être en mesure de modifier leur plan de campagne à la dernière minute.

Plus problématique encore, les progressistes-conservateurs ont dû consacrer beaucoup de temps à justifier l’unilinguisme de leur chef, Blaine Higgs. Incapable d’échanger dans la langue de Molière, il a dû se résoudre à ne pas participer au débat des chefs en français, forçant du même coup Radio-Canada Acadie à ne pas en organiser un pour la première fois en près de 25 ans.

L’annulation du débat des chefs en français nuit surtout au Parti progressiste-conservateur. En effet, il ne compte aucun député sortant dans les circonscriptions à majorité francophone. Or, un débat télévisé est une vitrine extraordinaire pour présenter aux électeurs le chef et ses idées, et surtout de réaliser des gains dans les régions acadiennes. Une belle occasion ratée pour Blaine Higgs.

Un autre élément est venu jouer en faveur des libéraux dès le début de la campagne électorale: le dévoilement d’un sondage de Corporate Research Associates qui révèle que ceux-ci jouissent d’une avance plus importante que prévu dans les intentions de vote.

Les sondages de CRA sont pertinents du fait qu’ils ont lieu aux trois mois depuis de nombreuses années, avec toujours les mêmes questions de même qu’une méthodologie et une marge d’erreur semblables d’une fois à l’autre. Ils permettent donc de suivre l’évolution de l’humeur de l’électorat.

Or, les sondeurs nous révèlent que les libéraux creusent l’écart sur leurs plus proches poursuivants. Ils sont passés en trois mois de 45% à 50% des intentions de vote. De plus, la proportion d’indécis n’est que de 14%.

Cela laisse donc bien peu de marge de manoeuvre aux autres partis pour améliorer leur position.

Tous les politiciens vous diront qu’ils n’accordent pas beaucoup d’importance aux sondages, que le seul qui compte est celui des urnes, le jour du scrutin. Et ils ont tout à fait raison. Ils surveillent toutefois les tendances, et celles-ci sont positives pour les libéraux.

Tout cela ne signifie pas que les libéraux voguent allègrement vers un triomphe, le 24 septembre.

Pas besoin de remonter à l’Antiquité pour démontrer qu’ils ne peuvent rien tenir pour acquis. Il y a quatre ans, les libéraux (alors dans l’opposition) avaient entrepris la campagne électorale avec une spectaculaire avance de 26 points dans les intentions de vote. Ils étaient premiers dans tous les sondages depuis des mois.

Le vent a toutefois tourné pendant la campagne, si bien que leur avance s’est mise à fondre comme neige au soleil. Les libéraux l’ont finalement emporté de justesse. Si la campagne électorale de 2014 avait duré une semaine de plus, c’est peut-être David Alward qui serait le premier ministre sortant aujourd’hui, alors que la carrière politique de Brian Gallant serait sans doute déjà terminée.

L’autre élément à tenir compte est le fait que le Parti libéral et le Parti progressiste-conservateur comptaient sur un nombre similaire de sièges à la dissolution de la législature (24 pour le PL, 21 pour le PC). Cela signifie qu’il ne faut que quelques sièges qui basculent d’un bord ou de l’autre pour faire la différence entre un deuxième gouvernement Gallant ou un premier gouvernement Higgs. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus en profondeur.

Entretemps, le Parti progressiste-conservateur prend son erre d’aller et s’assurera de ne plus se laisser voler la vedette par ses adversaires. Cinq semaines de campagne, c’est amplement suffisant pour renverser la vapeur. Les conservateurs le savent. Les libéraux aussi.