Le plus effrayant

La comparution cette semaine de Matthew Vincent Raymond, accusé du meurtre au premier degré de deux policiers ainsi que de deux civils à Fredericton, est un douloureux rappel de la fusillade survenue le 10 août à Fredericton et de celle du 4 juin 2014 à Moncton. Elle nous force aussi à constater combien il est difficile de prévenir ce genre de tragédies.

À ce point-ci de l’enquête, le fil des événements est relativement clair. Le suspect aurait abattu froidement un couple, Donnie Robichaud, âgé de 42 ans, et Bobbie Lee Wright, âgée de 32 ans. Il est soupçonné d’avoir ensuite tué les deux premiers policiers arrivés sur les lieux du crime, Sara Mae Helen Burns, âgée de 43 ans, et Lawrence Robert Costello, âgé de 45 ans.

D’autres policiers ont échangé des coups de feu avec le tireur. Matthew Raymond a été atteint de balles à l’abdomen avant d’être mis en arrestation. Il est passible de la prison à vie. Advenant sa culpabilité et étant donné le cumul des peines imposé lors des crimes les plus graves, un siècle pourrait s’écouler (25 années par meurtre) avant qu’il n’ait droit à une libération conditionnelle.

Dans des circonstances semblables, Justin Bourque, trouvé coupable d’avoir tué trois policiers, a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant d’avoir passé 75 ans derrière les barreaux.

Aussi bien dire qu’il est condamné à mourir en prison. C’est le même sort que pourrait subir Matthew Raymond.

Nous ignorons pour le moment tout des motifs de l’accusé. Le fait qu’il a été arrêté et qu’il est toujours vivant devrait nous permettre d’obtenir certains éléments de réponse.

À Moncton, en 2014, les enregistrements vidéo et audio de l’interrogatoire de Justin Bourque nous avaient permis de découvrir que ce type s’imaginait comme étant une sorte de révolutionnaire capable de rallier la population contre les policiers et les gouvernements qu’il déteste.

Allez savoir ce qui se passait dans la tête de Matthew Raymond au moment où, selon l’accusation, il a appuyé sur la gâchette à Fredericton, il y a deux semaines.

Il est important pour tout le monde – policiers, civils, familles – d’en savoir le plus possible. L’objectif, après tout, est d’éviter que d’autres événements du genre ne surviennent. L’ennui, c’est qu’il est possible que certaines réponses ne soient jamais connues. Et c’est sans doute le plus effrayant à long terme.

Revenons à l’affaire Justin Bourque. La GRC a retenu à la dure des leçons. Elle a été condamnée à verser 550 0000$ après avoir été reconnue coupable d’avoir mal équipé ses membres. Elle avait trop tardé à fournir à ses agents des carabines et à offrir aux agents la formation dont ils avaient besoin.

Bref, nous savons pourquoi Justin Bourque a commis l’irréparable et nous savons ce que la GRC aurait dû faire pour se donner une chance de limiter le nombre de victimes. Mais nous ignorons toujours comment nous aurions pu empêcher le tueur de passer à l’acte.

Dans les dernières années, des policiers ont été abattus à seulement deux endroits dans les Maritimes: Moncton et Frede­ricton. Pourquoi est-ce survenu ici et non à Halifax, par exemple? Un hasard ou autre chose qui nous échappe? Nous n’en avons aucune idée.

Dans les heures qui ont suivi le drame, le premier ministre Brian Gallant a exprimé vouloir ouvrir la discussion sur le contrôle des armes à feu, une fois la poussière retombée. L’Acadie Nouvelle défend avec vigueur depuis des années en éditorial un accès plus restreint aux armes, en particulier celles qui n’ont rien à voir avec la chasse et qui ont été conçues pour tuer des êtres humains.

Mais dans le cas des meurtres de Fredericton, un contrôle plus sévère aurait-il réellement pu empêcher l’attaque de survenir? Le tireur présumé détenait un permis en bonne et due forme. Il a utilisé une arme dont la vente est permise au Canada, selon les informations révélées par la police de Fredericton.

Nous ne sommes pas aux États-Unis, où des centaines de fusillades ont lieu chaque année. Le Nouveau-Brunswick n’est pas le Texas. Les meurtres de ce genre ne sont pas communs. Il est bien possible qu’il n’y en ait plus d’autres pendant une éternité dans notre province. Ou que ceux-ci deviennent au contraire plus fréquents.

Moncton a connu une vague de solidarité sans précédent à la suite du triple meurtre de 2014. C’est maintenant au tour des citoyens de la capitale de ressentir ces émotions. Souhaitons que personne d’autre, dans aucune autre communauté, n’ait à vivre de tels moments.

Malheureusement, personne n’a encore trouvé la solution magique, ni au Canada, ni aux États-Unis, ni nulle part, pour prévenir en tout temps de telles attaques. Nous avons encore de nombreuses leçons à retenir et bien des réponses à découvrir. Et celles-ci risquent de se faire encore attendre trop longtemps.