La santé contre la taxe sur le carbone

Un peu plus d’une semaine s’est écoulée depuis le début de la campagne électorale. Nous en savons désormais davantage sur les priorités des partis politiques.

Du point de vue des libéraux, l’élection se jouera sur la santé. Du côté des progressistes-conservateurs, la priorité est de combattre la taxe sur le carbone.

Évidemment, cela est simplifié à l’extrême. Tous les partis politiques, y compris le NPD et le Parti vert, ont ou présenteront des programmes complets.

Aucun n’est le parti d’une seule et unique cause.

Nous sommes toutefois en campagne électorale et les organisateurs savent que ce n’est pas le moment de faire dans la nuance et la subtilité. Chaque parti a identifié quelques thèmes simples, faciles à défendre, qui sont chers à ses yeux ou qui serviront à le distinguer auprès de l’électorat.

Ainsi donc, les libéraux ont consacré presque chaque journée depuis le déclenchement des élections à vanter leur bilan en santé et à promettre de nouveaux investissements, chiffrés dans les centaines de millions de dollars.

Ils veulent construire de nouveaux foyers et augmenter le nombre d’heures de soins aux ainés. Nous les avons vus aussi s’engager à créer cinq centres de soins non urgents qui permettraient de désengorger les salles d’urgence. Ils proposent aussi une stratégie pour combattre la pénurie de professionnels de la santé.

Ils se sont engagés une nouvelle fois à ne fermer aucun hôpital. Cette promesse, que les libéraux ont répété souvent dans la deuxième moitié de leur mandat, a surtout pour objectif de placer les conservateurs sur la défensive, puisqu’il n’existe à notre connaissance aucun projet de fermeture d’hôpital au Nouveau-Brunswick.

Du côté du chef progressiste-conservateur Blaine Higgs, il a fallu attendre avant de bien comprendre la direction dans laquelle il entend mener sa campagne.

Les bleus ont peiné à se démarquer dans la première semaine, ce qui nous laisse croire que leur stratégie est d’attendre au retour du long congé de la fête du Travail pour donner un élan à leur campagne.

M. Higgs a tenté de porter un grand coup en annonçant qu’à ses yeux, cette élection fait office de référendum portant sur la taxe sur le carbone.

En effet, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau impose aux provinces l’obligation de mettre en place une stratégie pour rendre le carbone plus coûteux. Cela peut prendre la forme d’une taxe ou d’une stratégie équivalente (le Québec s’est joint au marché du carbone de la Californie). Les provinces qui se traineront les pieds risquent de se faire imposer une taxe fédérale.

M. Higgs s’oppose fermement à toute taxe sur le carbone, qu’elle soit provinciale ou fédérale. Dans ses discours et ses communiqués de presse cette semaine, il a décrié la taxe sur le carbone comme étant une tueuse d’emplois et a affirmé qu’elle coûtera des millions de dollars à la classe moyenne. Il l’a surnommée «taxe Gallant-Trudeau».

Accompagné de l’ancien lieutenant de Stephen Harper et actuel chef du PC albertain Jason Kenney, Blaine Higgs s’est engagé à accompagner les gouvernements de la Saskatchewan et de l’Ontario dans un recours judiciaire contre le gouvernement Trudeau, avec pour objectif d’empêcher l’instauration de ladite taxe.

Des deux camps, ce sont les progressistes-conservateurs qui ont choisi la voie la plus difficile pour convaincre les électeurs.

D’abord, il faut rappeler que le gouvernement Gallant, avant les élections, a redirigé une partie de la taxe sur l’essence dans un fond vert, dans une tentative de respecter l’obligation fédérale de créer une taxe sur le carbone.

Les conservateurs combattent donc une taxe qui existait déjà, mais qui a changé de nom. Les contribuables et les automobilistes ne voient pour l’instant aucune différence.

Mais surtout, nous savons qu’historiquement, les Néo-Brunswickois choisissent presque toujours de protéger leurs programmes sociaux au détriment des baisses de taxe. Année après année, la santé se retrouve dans le top 3 des priorités des électeurs.

Les libéraux l’ont compris. Au début de son mandat, le premier ministre Gallant a décrété une révision stratégique des programmes dans le but de dégager des millions de dollars en économies et en nouveaux revenus.

Il a proposé divers scénarios, y compris des compressions majeures dans le système de santé et en particulier dans les hôpitaux. La proposition a été très mal accueillie, alors que la hausse de 2% de la Taxe de vente harmonisée qui a suivi n’a pas fait grand bruit.

Cela ne signifie pas que l’équipe Higgs a choisi le mauvais cheval de bataille. Nous en avons été témoins jeudi, les libéraux peinent à bien expliquer leur plan.

Néanmoins, les progressistes-conservateurs ont misé gros sur un dossier qui touche d’assez loin l’électeur moyen. Ils ont beaucoup de travail à accomplir s’ils veulent en faire l’enjeu qui déterminera le vainqueur, le 24 septembre.