Un premier ministre Higgs

Les partis politiques savent bien qu’un long week-end de trois jours n’est pas le meilleur moment pour dévoiler leur jeu et énoncer leurs engagements les plus marquants. La fête du Travail étant derrière nous et avec seulement trois semaines qui nous séparent du jour du scrutin, il faut s’attendre à ce que ceux-ci appuient sur l’accélérateur. Et aucune formation n’a plus besoin de le faire que le Parti progressiste-conservateur.

Après deux semaines de campagne électorale, de nombreux électeurs n’ont toujours pas la moindre idée de ce que propose «l’équipe Higgs».

L’unilinguisme de Blaine Higgs et la place que ce problème a prise dans la première semaine de campagne ne sont pas seuls en cause. Le Parti progressiste-conservateur a délibérément fait le choix de proposer un nombre limité de promesses peu coûteuses et qui visent certains groupes en particulier.

Un bon exemple est survenu en fin de semaine, quand le chef conservateur a annoncé son intention d’encadrer la chasse aux dindons sauvages. Il y voit une façon d’aider les fermiers pour lesquels ce grand oiseau est une nuisance. Il croit aussi que cela permettra d’augmenter les revenus du gouvernement provincial.

D’autres promesses du genre ont été effectuées, notamment afin de rendre le processus de tirage au sort pour la chasse à l’orignal «plus équitable».

Il s’agit d’un bon exemple de micropolitique, c’est-à-dire d’énoncer une vision qui touche un nombre limité mais très précis d’électeurs, dans l’espoir de les gagner à sa cause. Les conservateurs fédéraux étaient devenus maîtres de cette stratégie pendant les années au pouvoir de Stephen Harper.

Les libéraux avaient utilisé cette recette eux aussi en 2014 en  promettant d’augmenter le nombre de permis de chasse à l’orignal émis pendant une saison de trois jours. Ils avaient fini par renoncer à cette promesse une fois au pouvoir.

Deux promesses nous donnent un aperçu de la façon dont M. Higgs entend gouverner, advenant qu’il prenne le pouvoir. Il s’agit de la bonification d’un crédit d’impôts pour les entreprises pour chaque emploi créé et accordé à de récents diplômés, ainsi que l’amélioration de la Loi sur la gouvernance locale afin de donner plus de pouvoir aux municipalités en ce qui a trait à l’évaluation foncière.

Pour le reste, Blaine Higgs est si discret sur ses intentions que certains de ses candidats n’hésitent pas à dire que leur chef ne fait aucune promesse, même si cela est faux.

Cela cause un problème que les progressistes-conservateurs devront résoudre au plus tôt. Afin de pouvoir voter de façon informée, nous devons savoir quels seront les priorités d’un éventuel et hypothétique premier ministre Blaine Higgs.

Nous ne croyons pas que les premiers mois d’un gouvernement Higgs seraient consacrés à développer l’énergie marémotrice ou à traiter les chasseurs de dindons sauvages aux petits oignons.

Il a déjà été clair sur son intention de poursuivre le gouvernement fédéral afin de l’empêcher d’instaurer une taxe sur le carbone. Il ne se gêne pas non plus pour dénoncer les promesses effectuées par les libéraux depuis le déclenchement (et même bien avant) des élections.

Mais cela ne nous dit pas de quelle manière il dirigerait le gouvernement du Nouveau-Brunswick et quelles seraient les conséquences pour les citoyens.

Les libéraux n’ont pas ce problème. Ils ont passé les quatre dernières années au pouvoir. Nous connaissons déjà bien leurs forces et leurs tares. Ils ont formé un gouvernement interventionniste (pensez à l’achat du Centre naval du N.-B.) qui a augmenté la TVH (de 13% à 15%) et a repoussé le retour à l’équilibre budgétaire.

Le programme électoral du parti s’inscrit dans cette direction: sauvegarde des hôpitaux, construction de foyers, ouverture de centres de santé non urgents et gel des tarifs d’électricité pendant quatre ans. Cela, sans trop nous dire où ils trouveront les fonds pour financer tout cela.

Blaine Higgs a critiqué ces promesses. Il a parfois baissé la garde, en laissant entendre par exemple qu’au lieu de dépenser des millions de dollars dans le mortier et le béton, il préférera investir dans le bien-être des personnes âgées à la maison. Nous avons appris aussi son intention d’abandonner le système de numéros de facturation des médecins.

Mais dans les faits, nous ignorons comment un premier ministre Blaine Higgs gouvernerait la province.

Il trouve que le gouvernement provincial vit au-dessus de ses moyens. Il a raison.

Mais qu’entend-il faire pour rectifier cette situation? Des compressions budgétaires? Abandonner certains programmes? Et si oui, lesquels?

M. Higgs a déjà expliqué qu’il ne comptait pas sur une hausse des revenus d’impôts et de taxes pour réaliser ses objectifs. L’argent est là, il suffit de le dépenser de façon responsable, a-t-il déclaré à plus d’une reprise.

On veut bien. Mais nous avons hâte de savoir ce que cela signifie concrètement.

L’échéance électorale approche. Il temps pour le PC d’abattre ses cartes et de nous expliquer ce qui changera dans la vie des Néo-Brunswickois si Blaine Higgs devient premier ministre dans moins d’un mois.