Blaine Higgs: un plan sans solution

Interviewer le chef progressiste-conservateur Blaine Higgs est un exercice par moment frustrant. S’il a une bonne compréhension des problèmes du gouvernement du Nouveau-Brunswick, le plan qu’il propose pour les résoudre n’est pas clair.

L’équipe éditoriale de l’Acadie Nouvelle a rencontré Blaine Higgs mardi, à notre bureau de Moncton. L’interview a eu lieu le jour même où le Parti progressiste-conservateur a dévoilé son programme électoral. Lire notre texte ici.

Depuis le début de la campagne, Blaine Higgs a été volontairement flou sur la façon dont il entend juguler le déficit néo-brunswickois en seulement deux ans. Le dévoilement de son programme et la rencontre éditoriale nous ont permis de répondre à certaines de nos questions, mais pas toutes.

Le gros morceau dans le plan Higgs – qu’il s’est bien gardé d’annoncer en grandes pompes, se contentant de le glisser dans son programme – consiste à ne pas pourvoir certains postes de fonctionnaires laissés vacants par les départs à la retraite.

Des membres de l’équipe PC ont d’abord dit que 2000 postes seraient ainsi éliminés en quatre ans, avant de se rétracter et de préciser que ce serait plutôt 600 postes qui seraient supprimés.

En rencontre éditoriale, Blaine Higgs nous a plutôt dit qu’il n’avait pas de chiffres en tête, que 600 est un objectif, mais pas une fin en soi. La plateforme progressiste-conservatrice ne comprend aucun chiffre, mais le cadre financier qui l’accompagne prévoit des économies de 538,3 millions $ sur quatre ans grâce à la suppression… de 2000 postes!

C’est là l’un des problèmes de ladite plateforme. Il semble qu’on ne peut pas se fier entièrement au fait qu’elle représente bien la vision du chef.

En éducation, par exemple, le programme précise noir sur blanc que les décisions liées à l’éducation seront prises «par les enseignants dans les salles de classe, et non par des politiciens à Fredericton». Il est même prévu l’adoption d’une loi pour donner davantage de liberté aux écoles dans l’élaboration de programmes.

Quand on demande au chef si cela signifie que les enseignants pourront abandonner le curriculum scolaire ou le modifier à leur guise, par exemple dans les cours d’histoire ou l’éducation sexuelle, il répond que ce n’est pas le cas, qu’il souhaite seulement obtenir leur avis (input).

Blaine Higgs est plus clair quand il s’engage à ne pas créer de nouvelles taxes ou à augmenter les impôts. C’est toutefois plus difficile de saisir ce qu’il ferait avec d’éventuels surplus budgétaires.

Contrairement au libéral Brian Gallant, il confirme vouloir remettre de l’argent dans les poches des contribuables. Est-ce que cela signifierait une diminution de la Taxe de vente harmonisée ou des réductions d’impôt? Préférerait-il utiliser l’argent pour réduire la dette provinciale? Difficile de le deviner. M. Higgs affirme qu’il étudiera le moment venu des moyens d’offrir un allègement aux contribuables, sans s’avancer plus loin.

Notons aussi que M. Higgs n’a pas de plan pour renforcer les droits linguistiques des Acadiens, ni pour améliorer l’économie des régions francophones du Nord. Il ne s’en cache d’ailleurs pas, en affirmant que son programme est pour «tous les Néo-Bruns­wickois».

La seule référence aux francophones dans son programme se résume en sa volonté d’améliorer l’apprentissage de la langue seconde, en particulier du côté des anglophones unilingues, mais sans préciser comment il entend y arriver.

Il est par ailleurs impossible de savoir quel sort il réservera à certains programmes sociaux et ententes qu’il a durement critiqués dans les derniers mois, notamment le programme de droits de scolarité gratuit, celui d’accès aux garderies ainsi que la privatisation de la gestion du Programme extra-mural.

Pour ces programmes et pour plusieurs autres, Blaine Higgs s’engage à effectuer une révision sans compromis (a hard look) afin de s’assurer qu’ils atteignent les objectifs pour lesquels ils ont été créés.

Est-ce que cela pourrait mener à la disparition complète de ces programmes? Nous ne le savons pas. Comment un gouvernement Higgs déterminerait-il quels programmes seraient révisés, modifiés et peut-être éliminés? Encore une fois, aucune idée.

Le chef a toutefois confirmé qu’il n’ordonnera pas une révision stratégique de l’ensemble des programmes, comme celle effectuée par le gouvernement Gallant au début de son mandat. Il ira plutôt à la pièce, en accordant des fonds à la vérificatrice générale ainsi qu’en s’appuyant sur ses rapports passés et futurs.

Blaine Higgs donne l’impression que sa vision consiste à analyser les problèmes et à exiger des résultats. Il est capable d’exposer en long et en large ce que sont à ses yeux les principaux problèmes en éducation, en santé, en développement économique, etc. Mais il est beaucoup plus vague au moment de nous dire quelles sont les solutions. Il n’offre pas de cibles, ni d’échéanciers.

Encore aujourd’hui, bien malin qui peut prédire avec exactitude ce que feront Blaine Higgs et son équipe à compter du moment où ils prendraient les rênes du pouvoir.