Une lutte pour le pouvoir

Les tractations se poursuivent à Fredericton, alors que tant le Parti libéral que le Parti progressiste-conservateur tentent de trouver un chemin qui leur permettra de former un gouvernement stable. Une bataille qui se joue autant dans les coulisses que dans l’opinion publique.

Quand nous ramenons ces négociations à leur plus simple expression, nous revenons toujours au même constat: nous sommes témoins d’une lutte pour le pouvoir.
Le Parti progressiste-conservateur a obtenu lundi soir 22 sièges, contre 21 pour le Parti libéral et trois chacun pour le Parti vert et l’Alliance des gens. Il faut 25 sièges pour obtenir la majorité législative.
Le libéral Brian Gallant a choisi de ne pas concéder la victoire. Il estime être en mesure de trouver suffisamment d’alliés dans les prochaines semaines afin de continuer à gouverner.
L’annonce de l’Alliance des gens, qui se dit prête à appuyer un éventuel gouvernement conservateur pendant 18 mois, ne change rien à tout cela. Ce n’est pas comme si les libéraux comptaient sur son appui pour se maintenir au pouvoir.
Le plan de match consiste toujours à obtenir l’appui du Parti vert et de convaincre au moins un autre député, préférablement du Parti progressiste-conservateur, de traverser la chambre ou d’accepter la présidence de la législature.
Un pari qui est loin d’être gagné.
La tradition veut que le parti qui a fait élire le plus grand nombre de députés obtienne la première occasion de former un gouvernement. Ce n’est pas une obligation, comme le démontre ces jours-ci Brian Gallant, mais c’est ce qu’attendent normalement les électeurs.
Blaine Higgs le sait et ne se prive pas pour jouer cette carte.
Le chef progressiste-conservateur a multiplié les entrevues dans lesquelles il a invité Brian Gallant à remettre sa démission. Il l’accuse de s’accrocher au pouvoir, de prolonger l’agonie de son gouvernement et d’être désespéré.
Son objectif est de discréditer un futur gouvernement Gallant et d’attaquer sa légitimité auprès de l’électorat.
Du côté des libéraux, le plan de match est aussi clair comme de l’eau de roche: gagner du temps. Cela, alors que les jeux de coulisses se poursuivent.
Divers témoignages et fuites ont révélé que les progressistes-conservateurs Greg Thompson et Robert Gauvin, ainsi que le vert Kevin Arseneau ont été approchés afin de les inciter à changer de camp ou à accepter la présidence de l’Assemblée législative. D’autres ont sûrement aussi été approchés plus discrètement, sans que cela ne fasse les manchettes.
Personne n’a bronché.
Brian Gallant joue maintenant l’une de ses dernière cartes: celle d’une entente secrète entre le PC et l’Alliance. Il a encouragé les députés les plus progressistes en général et Robert Gauvin en particulier à rejeter cette entente.
Encore une fois, ce n’est pas gagné. Le PC a évité le seul scénario qui aurait pu pousser son unique député acadien vers la porte: une poignée de main entre Blaine Higgs et Kris Austin, devant les caméras, qui scellerait une coalition née sur le dos des droits des Acadiens.
Il faut être naïf pour croire qu’il n’y a eu aucune négociation. Mais, officiellement du moins, l’Alliance n’a rien obtenu du PC. Cela offre une porte de sortie honorable aux députés qui ne voudraient normalement rien savoir d’une coalition formelle avec l’Alliance.
Tous les yeux sont désormais tournés vers le chef du Parti vert, David Coon, qui a déjà confirmé son intention d’entreprendre des négociations tant avec le Parti libéral que le Parti progressiste-conservateur.
Une alliance entre les libéraux et les verts pourrait ne durer que le temps des fleurs, puisqu’ils leur manquent un siège pour obtenir la majorité à l’Assemblée législative.
Mais il faut analyser cette perspective à plus long terme. Brian Gallant souhaite avoir le temps de présenter un programme législatif commun qui pourrait séduire l’électorat.
Si son gouvernement devait tomber, il pourrait alors mettre ce programme en opposition à celui d’un gouvernement progressiste-conservateur appuyé par l’Alliance des gens qui serait moins généreux pour les programmes sociaux et plus déterminé à effectuer des compressions budgétaires.
Cela dit, il ne faut pas rejeter d’emblée une possible alliance des verts avec le PC. Blaine Higgs sait que David Coon est un interlocuteur plus fréquentable et surtout plus fiable que Kris Austin, lequel favorise les votes libres et est donc moins en mesure de garantir la stabilité d’un gouvernement.
Les positions des verts et des progressistes-conservateurs se retrouvent aux antipodes. On imagine mal le Parti vert – un parti d’idées – mettre de côté ses principes fondamentaux en échange d’un accès limité au pouvoir.
Mais de plus étranges alliances ont déjà vu le jour par le passé. Qui sait si le Parti libéral, le Parti progressiste-conservateur, le Parti vert et l’Alliance des gens ne trouveront pas une nouvelle façon de nous surprendre?