La majorité perdue du PC

La dernière semaine a été riche en rebondissements, à la suite du scrutin qui a placé le Parti libéral et le Parti progressiste-conservateur pratiquement sur un pied d’égalité. Un scénario que le PC aurait pu éviter.

Le Parti progressiste-conservateur a fait élire lundi dernier 22 députés, soit un de plus que le Parti libéral.

Si le PC est le mieux positionné pour éventuellement prendre le pouvoir, il n’est pas sorti du bois. Il peut compter sur l’appui des trois députés de l’Alliance des gens pendant une période allant jusqu’à 18 mois. Mais cet appui n’est pas absolu. Le chef Kris Austin a depuis révélé qu’il n’accordait pas de chèque en blanc à Blaine Higgs et qu’il n’hésitera pas à voter contre des mesures qui ne font pas l’affaire de son parti, sans pour autant faire tomber le gouvernement.

Ajoutons à cela que l’Alliance se fait une fierté de laisser ses députés voter librement et qu’un gouvernement Higgs risquerait de devoir nommer un de ses députés à la présidence de l’Assemblée législative (ce qui créerait une égalité entre les libéraux et les conservateurs à la législature), et vous comprendrez que Blaine Higgs n’a pas fini de négocier et de chercher des appuis pour faire progresser son agenda.

Et ça, c’est s’il finit par devenir premier ministre. Son adversaire Brian Gallant n’a aucune intention de lui laisser la place et cherche encore des solutions pour obtenir la confiance de l’Assemblée législative.

Pourtant, un vent de changement a bel et bien soufflé sur le Nouveau-Brunswick. Les progressistes-conservateurs ont par contre été incapables d’en profiter pleinement.

Les libéraux ont entrepris la campagne avec une avance de 20 points de pourcentage au sommet. Cette avance a régressé comme une peau de chagrin. L’analyste Richard Saillant a expliqué dans nos pages que cela a coïncidé avec le moment où Brian Gallant a entrepris d’effectuer des promesses spectaculaires et coûteuses, notamment celle de geler les tarifs d’Énergie NB. Un peu comme si de nombreux électeurs, las de voir des générations de politiciens essayer d’acheter leur vote avec leur propre argent, avaient décidé d’aller magasiner ailleurs.

Cette désaffection des appuis libéraux n’a pas profité au Parti progressiste-conservateur. Selon la firme CRA, le PC obtenait 30% des intentions de vote à la fin août. Le 12 septembre, il était rendu à 33% (toujours selon CRA), mais à 32% le 14 septembre, selon la firme Léger.

Le jour du scrutin, le Parti progressiste-conservateur a obtenu un peu moins de 32% des votes. Ses appuis sont donc restés remarquablement stables tout au long de la campagne, mais il a été incapable de bâtir là-dessus. Il disposait de 21 sièges au déclenchement des élections. Il en a obtenu 22.

Son incapacité à créer des liens avec la communauté francophone est en partie responsable de ce résultat.

Contrairement à ce que plusieurs croyaient, l’électorat acadien n’était pas acquis aux libéraux. Tant dans les régions francophones que celles du Nord, certains ont jugé en avoir assez vu du gouvernement Gallant. Alors que les électeurs de Shippagan-Lamèque-Miscou ont misé sur le candidat conservateur, ceux de Kent-Nord et de Memramcook-Tantramar se sont plutôt tournés vers le Parti vert (les libéraux ont aussi perdu la circonscription de Miramichi au profit de l’Alliance des gens).

Par ailleurs, des régions qui ont par le passé fait confiance aux conservateurs (Tracadie-Sheila, Campbellton, Restigouche-Ouest, le Madawaska…) ont cette fois élu des libéraux de façon décisive. Difficile de ne pas y voir le résultat d’un référendum anti-Higgs.

Le chef n’a jamais su rassurer l’électorat acadien pendant la campagne. Il a plutôt agi comme s’il n’était pas différent de celui du Nouveau-Brunswick anglophone.

Personne au sein de l’équipe conservatrice n’a semblé réaliser que de faire campagne avec un chef unilingue qui a déjà tenté de devenir chef du parti antibilinguisme CoR et qui a réclamé dans les années 1980 un référendum pour faire de l’anglais l’unique langue officielle du Nouveau-Brunswick pourrait compliquer la tâche de ses candidats acadiens.

Ce n’est qu’à la toute fin, quand l’ouverture de M. Higgs à l’endroit de l’Alliance des gens a provoqué la tempête, que le chef s’est enfin intéressé à la problématique en promettant aux Acadiens de ne pas les laisser tomber.

C’était trop peu trop tard.

Le Parti progressiste-conservateur a prouvé qu’il peut faire élire plus de députés que ses adversaires sans l’appui tangible des francophones. Mais s’il veut obtenir un jour suffisamment de sièges pour détenir une majorité digne de ce nom, il devra trouver une façon de reconstruire les ponts.

Ce sera encore plus vrai si l’Alliance des gens continue de lui bouffer des circonscriptions dans les régions anglophones.

Le député Robert Gauvin a déclaré que la longévité de Blaine Higgs dépendra de la façon dont il traitera les Acadiens. Il ne croyait pas si bien dire.

Il a prouvé que les Acadiens pouvaient encore voter pour le PC. Mais si les bleus se rapprochent trop de l’Alliance des gens, les chances du PC en territoire acadien pourraient disparaître pour bien longtemps.