Vote électronique: une confiance à bâtir

Trois recomptages judiciaires ont été réclamés à la suite du scrutin du 24 septembre. Ils ont démontré à nouveau la fiabilité des appareils électroniques de votation. Une victoire pour Élections NB, qui n’a toutefois pas fini de répondre aux craintes et interrogations des citoyens.

Le vote électronique est encore tout récent au Nouveau-Brunswick. Les tabulateurs ont été utilisés pour la première fois en 2004, lors d’une élection municipale à Saint-Jean.

Leur précision a depuis été testée et confirmée à plusieurs reprises. La différence entre les chiffres des machines de compilation et ceux obtenus à la main dans un palais de justice ont toujours été minimes. Les résultats n’ont jamais changé de plus qu’un ou deux votes.

À la suite des élections provinciales d’il y a quatre ans, pas moins de sept recomptages judiciaires avaient eu lieu. Cette année, il n’y en a eu que trois. Tant les candidats et les militants que les électeurs se font à l’idée que les appareils d’Élections NB sont fiables.

Néanmoins, ces recomptages judiciaires sont importants. Rien ne doit être laissé au hasard. Encore plus à la suite d’élections aussi serrées que celles qui viennent de se terminer.

Trois circonscriptions viennent de passer à travers ce processus: Memramcook-Tan­tramar (remportée par le Parti vert avec 11 voix d’avance), Saint-Jean-Havre (le Parti libéral l’a emporté par 10 votes) et Oromocto-Lincoln-Fredericton (le Parti progressiste-conservateur a gagné par 93 votes).

Dans ce dernier cas, le candidat libéral John Fife s’intéressait surtout au vote des militaires.

Cet ancien colonel et commandant aujourd’hui à la retraite a été stupéfait d’apprendre que les résidents des PMQ (des maisons réservées au personnel militaire) ont voté en grande majorité pour son adversaire progressiste-conservateur.

M. Fife n’a obtenu que 120 votes sur les 503 qui ont été déposés dans le tabulateur. Étant donné ses états de service, il jugeait que ce résultat n’était pas plausible et ne pouvait s’expliquer autrement que par une défaillance technique des appareils de votation.

Le recomptage judiciaire (à la main) représentait donc une nouvelle occasion pour Élections NB de faire la preuve de la fiabilité  et surtout de l’exactitude du vote électronique. C’est encore une fois mission accomplie, aucun changement n’ayant été noté par rapport au résultat initial.

Le cas de Saint-Jean-Havre est plus complexe. Le recomptage a confirmé la victoire du libéral Gerry Lowe sur le conservateur Barry Ogden, par seulement 10 voix.

Mais le candidat Ogden affirme que pas moins de 40 personnes auraient voté à plus d’une reprise et réclame donc l’annulation pure et simple des résultats.

Les allégations du candidat n’ont pas été prouvées en cours. Il n’y a donc pas lieu pour le moment de crier à la fraude électorale. Même si c’était le cas, rien ne démontre que ces 40 mystérieux voteurs ont donné leur appui au Parti libéral.

Il est cependant bon de rappeler qu’il n’est pas si difficile que ça au Nouveau-Brunswick de voter à plus d’une reprise. Les employés des bureaux de scrutin sont en effet parfois confrontés à des scénarios du genre.

Typiquement, cela survient sous la forme d’un électeur qui se présente au bureau de vote afin d’accomplir son devoir de citoyen, mais qui se fait indiquer, après vérification, qu’il a déjà voté.

Lorsqu’une telle situation se produit, on se fie généralement sur la bonne foi du citoyen. Il est invité à affirmer sous serment qu’il ne tente pas de voter pour une deuxième fois.

Il est alors sous-entendu qu’une erreur humaine ou informatique est en cause. Mais dans les faits, il pourrait bien s’agir d’un fraudeur.

Personne ne fait trop de cas de ces événements en raison de leur rareté et de la faible probabilité qu’il s’agisse bel et bien d’une tentative de fraude, organisée ou non.

Mais quand on parle de 40 cas présumés dans une seule circonscription, comme ce serait le cas à Saint-Jean-Havre, il y a de quoi sourciller.

Un avis de contestation ne peut être soumis que dans les 30 jours suivant la communication des résultats officiels. Donc, après les dépouillements judiciaires.

Nous invitons Élections NB à faire preuve de diligence et de transparence au moment de mener l’enquête. La fiabilité du scrutin est à la base même de notre démocratie.

Alors que le Nouveau-Brunswick attend qu’un gouvernement stable soit mis en place, nous avons encore une fois besoin d’obtenir la certitude absolue que notre confiance en Élections NB est bien placée.

Cela dit, nous ne sommes plus à l’époque où des formations politiques tentaient de faire voter les morts. Élections NB a démontré maintes fois la qualité de son travail et a droit au bénéfice du doute.

Elle est toutefois condamnée à faire ses preuves encore et encore.