Le dernier mot à l’évêque

L’évêque de Bathurst, Mgr Daniel Jodoin, a annoncé sa décision de démolir ce qui reste de l’église de Bas-Caraquet et d’en construire une nouvelle. Une décision qui a été vue comme une claque au visage de la part du comité de sauvegarde, mais qui est tout ce qu’il y a de plus légitime.

L’église de Bas-Caraquet trône au coeur de ce village côtier depuis plus d’un siècle.

L’annonce que d’importants travaux devaient être effectués d’urgence et de la volonté de l’évêché de fermer le lieu de culte avait résonné comme un coup de tonnerre à Bas-Caraquet, mais aussi ailleurs en Acadie. Les églises magnifiques mais vieillissantes sont légion, alors que le nombre de paroissiens régresse.

Puis est survenu le drame. Un incendie à la fin juin a détruit l’établissement. Du coup, le débat a évolué. Le débat ne se résume plus à la survie de l’église de Bas-Caraquet, mais plutôt quoi faire des murs de pierre encore debout.

La réponse est tombée en fin de semaine, et elle ne fait pas l’affaire de tous. L’église sera démolie afin de laisser place à une nouvelle église, plus petite, moins coûteuse à entretenir et mieux adaptée aux besoins de la communauté.

Exactement comme le souhaitait l’évêque bien avant que l’incendie ne détruise le bâtiment.

L’annonce a eu lieu pendant une messe, sans que le comité de sauvegarde ne soit prévenu. Il n’a pas eu l’occasion de prendre connaissance des conclusions du rapport d’ingénieurs commandé par l’évêché ni de proposer ses propres solutions.

Nous l’avons écrit plus haut: une claque au visage.

Il faut dire que les relations n’ont jamais été au beau fixe entre les deux parties. En 2014, un membre du comité, le Dr Gilbert Blanchard, n’hésitait pas à parler de «guerre ouverte».

S’il y a eu depuis désescalade, nous avons tout de même toujours senti que le comité de sauvegarde tentait de sauver la grande église malgré le diocèse, et non pas avec sa collaboration.

Dans un communiqué publié intégralement dans l’Acadie Nouvelle, mercredi, Mgr Jodoin fait deux références à peine cachées au comité de sauvegarde. Il écrit avoir pris la décision «après avoir consulté tous les comités qui devaient l’être». Plus loin, il ajoute être disposé à rencontrer «les personnes et les groupes qui désireraient plus d’informations concernant cette décision. Ils n’ont qu’à prendre rendez-vous à l’évêché».

Difficile de comprendre autre chose qu’aux yeux de Mgr Jodoin, le comité de sauvegarde n’est qu’un groupe de pression comme un autre et qu’il n’a pas droit à un traitement spécial.

Nous parlons pourtant d’un regroupement qui a recueilli puis investi plus de 850 000$ dans l’église aujourd’hui détruite. Ces citoyens, qui n’ont pas compté les heures pour sauver ce monument patrimonial, auraient dû être traités dès le début comme des partenaires. Pas comme des gens «qui n’ont qu’à prendre rendez-vous à l’évêché».

Cette conclusion était toutefois prévisible. Depuis son arrivée en poste, l’évêque Jodoin a toujours privilégié un style de gestion direct. Il connaît ses responsabilités et n’hésite pas à prendre des décisions difficiles, y compris quand elles font des mécontents.

Le combat pour sauver l’église de Bas-Caraquet et le succès de la campagne de financement qui a suivi s’appuyait sur sa nature patrimoniale. L’édifice avait été érigé d’après les plans de Nazaire Dugas, premier architecte acadien.

Or, cette oeuvre n’existe plus. Il ne reste que des murs, souvenirs d’un lieu qui a jadis fait la fierté du village, mais qui n’ont malheureusement plus rien de patrimonial.

Mgr Jodoin affirme avoir consulté un ensemble de comités et a en main un rapport d’ingénieurs de même qu’un sondage datant de 2014 démontrant que des paroissiens sont prêts à tourner la page et à entrevoir l’avenir avec un nouveau lieu de culte.

Rien ne l’empêchait d’agir ainsi. Le comité de sauvegarde n’a absolument aucun droit de regard sur l’avenir de l’église.

Dans une chronique publiée dans nos pages cet été, Rino Morin Rossignol a expliqué que pour des raisons à la fois religieuses et politiques, les églises sont les monuments patrimoniaux auxquels les Acadiens sont les plus férocement attachés. «Peut-être parce qu’aux heures sombres de la fameuse survivance (…) l’église du village était leur seul trésor, d’autant plus qu’ils n’avaient que très peu d’institutions sur lesquelles ils pouvaient projeter leur espérance», a-t-il écrit.

Bref, il faut prendre ces décisions avec doigté. Pas comme le PDG d’une entreprise qui ferme une succursale parmi tant d’autres.

Néanmoins, à partir du moment où les pompiers ont perdu le contrôle de l’incendie et que la bâtisse a flambé, la suite des événements est devenue un mélange d’analyse de coûts et de risques.

Et au final, la décision revient à l’évêché.