Fonds publics et combats extrêmes

La décision de la Ville de Moncton d’injecter des fonds publics pour la tenue d’un gala d’arts martiaux mixtes fait jaser. Est-ce le rôle d’une municipalité de subventionner ce type de spectacle?

Un gala de l’Ultimate Fighting Cham­pionship aura lieu à la fin du mois au Centre Avenir. Pour convaincre cette organisation de tenir son événement sportif à Moncton, la Ville a versé 100 000$ en frais de soumission. L’organisme Événements Moncton, dont le budget est en grande partie financé par des fonds provinciaux, a ajouté 50 000$ à la cagnotte.

Un incident n’a pas aidé la cause des conseillers municipaux. Ils ont approuvé la subvention le lundi 1er octobre. Cinq jours plus tard, l’UFC vivait un des moments les plus sombres de son histoire quand son champion des poids léger a sauté par dessus la grille après sa victoire pour s’en prendre à la garde rapprochée de son adversaire, dans la foule.

La scène disgracieuse a fait le tour du monde alors que l’image de l’Ultimate Fighting Championship en a pris pour son rhume. Ils sont plusieurs à dénoncer les conseillers municipaux qui ont voté afin d’associer la Ville de Moncton à ce cirque qui a ressemblé, du moins le temps d’une soirée, à la lutte professionnelle de la WWE.

Mais le conseil municipal a-t-il réellement erré? Posons plutôt la question autrement. Est-ce le rôle d’une municipalité de subventionner un gala de combats extrêmes?

La réponse courte est non. Nous payons des impôts fonciers toujours plus élevés en échange de services municipaux comme le déneigement des rues, la cueillette des ordures, l’eau potable, l’entretien des rues, etc.

Néanmoins, soyons prudents avant de condamner trop vite la Ville de Moncton. D’autres éléments doivent être pris en compte.

La Ville a érigé un nouvel amphithéâtre. Il a coûté près de 110 millions $ en fonds publics (fédéral, provincial et municipal). Nous n’avons vu personne manifester pour empêcher sa construction. Au contraire, nombreux sont ceux qui ont vu là une stratégie pour revitaliser le centre-ville, où il est situé.

Cette infrastructure n’a pas été érigée uniquement pour le hockey junior. Il était clair bien avant la première pelletée de terre que l’objectif était d’attirer des spectacles d’envergure. À titre d’exemple, la chanteuse country Carrie Underwood avait présenté en 2012 un spectacle de sa tournée à Saint-Jean, mais avait refusé de faire de même dans le vieux Colisée en raison de son plafond trop bas. Même chose pour le Cirque du Soleil.

Moncton tente aujourd’hui de se tailler une place dans le circuit des événements d’envergure, tel que promis. Et pour y arriver, elle n’a pas le choix de débourser des sous.

Il y a d’ailleurs longtemps que la Ville a fait sienne cette stratégie. Ses responsabilités (tout comme celles des autres municipalités de la province) débordent depuis longtemps l’eau et les égouts.

Moncton a ainsi dû débourser de fortes sommes pour aménager sa place des concerts de la Côte magnétique. Les Rolling Stones et U2 ne sont pas venus ici en raison de nos oreilles de mélomane. Il a fallu y mettre le prix. La municipalité avait d’ailleurs dû essuyer un déficit de 671 000$ à la suite du mégaspectacle des Stones, en 2006.

Des événements sportifs comme la Coupe Memorial (en 2006) et les Jeux de la Francophonie (en 2017) ont aussi nécessité l’injection de milliers de dollars en fonds publics.

Bref, cette aide financière pour accueillir l’Ultimate Fighting Championship n’a rien d’inédit.

Cela dit, il est quand même important de présenter les choses telles qu’elles sont, sans exagérer la portée du gala. Par exemple, le conseiller municipal Bryan Butler affirme que l’argent est bien dépensé par ce qu’il va mettre sa municipalité «sur la carte pour tous les touristes américains».

Soyons sérieux. Il y a chaque année des dizaines de galas UFC à travers le monde. Combien d’entre vous êtes en mesure de dire de mémoire où ont eu lieu les plus récents?

N’exagérons pas non plus l’impact économique. Chaque fois qu’une ville dépense de l’argent, il y a des retombées. La Ville aurait pu acheter pour 150 000$ en bons d’achats dans les épiceries et les distribuer gratuitement au sein de la population, et cela aurait bien sûr créé des retombées.

Dans ce cas-ci, Moncton a construit un amphithéâtre à fort prix. Elle veut non seulement en avoir pour son argent, mais souhaite aussi le remplir. Cela, autant pour favoriser le développement de son centre-ville que pour faire grandir la renommée de la municipalité. Et pour y arriver, il y a un coût.

La venue de l’Ultimate Fighting Cham­pionship s’inscrit dans cette démarche, au même titre que la tentative ratée d’accueillir en 2019 la Coupe Memorial.