Brian Gallant joue ses dernières cartes

Le premier ministre Brian Gallant a-t-il vraiment cru ou croit-il encore être en mesure de faire adopter un discours du Trône envers et contre tous? Une chose est certaine: sa tâche s’est encore compliquée lundi, alors qu’un de ses députés, Daniel Guitard, a accepté de devenir président de l’Assemblée législative.

Les libéraux ont fait élire 21 députés lors des élections du 24 septembre. Le Parti progressiste-conservateur en a fait élire un de plus (22). Il faut avoir l’appui de 25 sièges pour obtenir une majorité à l’Assemblée législative. Vu autrement, le gouvernement compte sur 20 sièges (plus le président de la législature), contre 28 pour les partis de l’opposition.

La tâche s’annonce ardue, et ce n’est pas peu dire.

Depuis que les résultats du scrutin ont été dévoilés, Brian Gallant a laissé l’impression que son plan consistait à s’appuyer sur le Parti vert, qui dispose de trois sièges. Comme ce n’est pas assez pour gouverner, le premier ministre a souhaité à haute voix qu’un député du Parti progressiste-conservateur ou de l’Alliance des gens traverse la Chambre, s’abstienne de voter contre le gouvernement ou devienne président de l’Assemblée législative.

Cette stratégie n’a pas fonctionné.

L’une des raisons de cet échec est le fait que le chef conservateur Blaine Higgs est sagement resté à distance de l’Alliance des gens.

Il a compris qu’un pacte officiel entre les deux formations pourrait lui faire plus de mal que de bien, et ce, tant en Acadie, en raison des positions antifrancophones de l’Alliance, que dans les régions anglophones, où la montée de l’Alliance se fait aux dépens du PC.

Ces deux partis finiront peut-être par travailler main dans la main. Mais pour le moment, il ne se passe rien de neuf sur ce front. Cela ajoute de la pression sur le gouvernement, lequel commence à manquer de temps.

Que va-t-il se passer dans les prochaines heures et les prochains jours?

Le gouvernement libéral sera en mesure de déposer aujourd’hui un discours du Trône. Celui-ci contiendra nombre de mesures «progressistes», pour reprendre les propos souvent répétés par le premier ministre Gallant.

Plus concrètement, cela signifie qu’il contiendra de nombreux bonbons destinés aux électeurs. L’objectif est double.

D’abord, montrer à la population ce qu’elle perdra dans l’éventualité où le gouvernement libéral tomberait au profit d’une nouvelle administration progressiste-conservatrice qui, elle, ne fait pas de cachettes sur ses intentions d’imposer un régime plus austère.

Ensuite, transférer la pression sur le Parti vert et l’Alliance des gens. Brian Gallant a rencontré les chefs David Coon et Kris Austin. Il connaît leurs priorités. Il tentera d’inclure dans le discours du Trône des mesures qu’ils pourraient difficilement rejeter.

Pour le Parti vert, cela pourrait signifier des mesures environnementales qui seraient assurément rejetées par un gouvernement conservateur. Pour l’Alliance, cela pourrait prendre la forme d’un plan pour parer à la pénurie de travailleurs médicaux chez Ambulance NB.

Il est toutefois loin d’être assuré que cette stratégie sera couronnée de succès. L’Alliance des gens a déjà fait savoir qu’elle appuierait un éventuel gouvernement Higgs sur une période allant jusqu’à 18 mois. Elle peut difficilement changer d’idée sans avoir l’air d’une girouette.

Néanmoins, les libéraux ont gagné encore un peu de temps. Les députés ne sont pas appelés à voter sur un discours du Trône le jour même. Le dépôt sera suivi d’un débat. Il pourrait s’écouler plus d’une semaine avant qu’un vote de confiance n’ait lieu.

Pour les libéraux, il s’agira d’une période pendant laquelle ils ne se gêneront pas pour faire la promotion de leur plan. Un peu comme pendant la campagne électorale!

L’ennui avec tout cela, c’est que pendant que le gouvernement Gallant joue sa partie d’échecs, nous n’avons toujours pas en poste, à Fredericton, de gouvernement stable, capable de gouverner avec la confiance de l’Assemblée législative et en mesure de mettre en action un programme législatif.

Brian Gallant a déclaré dans les derniers jours qu’un député de l’Alliance pourrait devenir président de la législature. Ce n’est pas arrivé. Il a aussi laissé entendre que des membres du caucus progressiste-conservateur sont préoccupés par la direction de leur parti et qu’ils seraient prêts à appuyer directement ou indirectement le gouvernement libéral. Ce n’est pas arrivé non plus.

Les libéraux ont bluffé et c’est en train de les rattraper. C’est pourquoi ils se préparent pour la suite des événements mardi, alors que s’ouvrira une nouvelle session législative, mais aussi en prévision des prochaines élections.

Celles-ci devront attendre. Personne ne veut retourner aux urnes avant Noël.

Quand Brian Gallant en viendra à la conclusion qu’il ne peut obtenir la confiance de la législature, il devra faire la chose honorable et laisser son adversaire Blaine Higgs former un gouvernement.