Un discours du Trône pour tous

Les libéraux provinciaux sont déterminés à sauver leur gouvernement. Leur discours du Trône, présenté mardi, comprend de tout pour tous. Mais est-ce que cela sera suffisant pour convaincre les autres députés de voter en faveur de son adoption? Sans doute pas.

Après des semaines de discussions, de négociations et de bluff, le premier ministre Brian Gallant a pris deux décisions importantes. Il a d’abord laissé un de ses députés, Daniel Guitard, devenir président de l’Assemblée législative. Et il a ensuite présenté à la lieutenante-gouverneure un discours du Trône qui emprunte abondamment aux programmes électoraux des partis de l’opposition.

Le gouvernement Gallant a privilégié les propositions qui se retrouvaient dans les programmes d’au moins deux et parfois même trois partis politiques.

En fait, il a tellement puisé dans les promesses électorales des autres formations que même le chef du Parti progressiste-conservateur, Blaine Higgs, a indirectement reconnu ce fait. Il a réagi en déplorant que les libéraux ont attendu à la dernière minute avant d’être à l’écoute et qu’ils auraient dû agir ainsi depuis quatre ans.

À ses yeux, ce n’est pas le contenu du discours du Trône qui pose problème. Il n’a plutôt aucune confiance en le gouvernement libéral pour le mettre en application. Notez qu’il n’y a rien de mal à ce que le chef de l’opposition refuse d’appuyer le gouvernement en place. Son rôle est d’offrir une solution de rechange aux électeurs, pas de maintenir au pouvoir ses adversaires à Fredericton.

Le vote de ses troupes n’a de toute façon que peu d’importance sur la suite des choses. Le Parti vert et l’Alliance des gens détiennent la balance du pouvoir. Ce sont eux qui détermineront le sort du gouvernement.

Ceux-ci ont reconnu que le discours contient plusieurs éléments intéressants. Le chef Kris Austin s’est félicité du fait que le programme législatif comprend autant de mesures tirées de la plateforme allianciste. Même chose pour le Parti vert, qui y a reconnu plusieurs de ses priorités.

La position de Kris Austin est particulièrement intrigante. Il a déclaré que le discours du Trône contient «plusieurs bonnes choses, aucun doute là-dessus», mais qu’il croit aussi que les électeurs souhaitent une «nouvelle direction».

Cela laisse croire que les libéraux pourraient promettre la Lune aux alliancistes, sans que ce soit suffisant pour les convaincre de les appuyer. Ceux-ci ont clairement une préférence pour un gouvernement progressiste-conservateur dirigé par Blaine Higgs et ont peut-être déterminé qu’ils en ont assez des libéraux, peu importe ce qu’ils ont à proposer.

Autre détail important: le discours du Trône comprend une panoplie de propositions qui seront soumises à une étude, à un examen ou au jugement d’un comité consultatif.

Il s’agit d’une stratégie surprenante. Les jours de Brian Gallant en tant que premier ministre sont probablement comptés. Pourtant, même au bord du précipice, il n’a pas osé tranché sur des enjeux prioritaires pour les tiers partis.

Au lieu d’interdire le glyphosate, ce qui aurait pu contribuer à s’assurer du vote des verts, il propose plutôt la mise sur pied d’un comité qui étudierait la possibilité d’imposer une interdiction progressive «fondée sur des preuves tangibles». Disons qu’on a déjà vu plus fort que ça comme engagement.

Même chose du côté de la pénurie des travailleurs paramédicaux chez Ambulance NB, un dossier cher à l’Alliance des gens. Plutôt que de promettre un plan ou des fonds supplémentaires, il s’engage plutôt à un examen public du système de la part d’un comité parlementaire d’ici le 15 décembre.

On retrouve la même sorte de langage sur des questions comme la double taxation sur les logements locatifs, la modernisation du régime d’imposition municipale, le vote à 16 ans, la représentation proportionnelle, les redevances forestières, etc.

Pas étonnant dans ces circonstances que Blaine Higgs, David Coon et Kris Austin aient émis des doutes sur la capacité ou même la volonté réelle de Brian Gallant de mener à bien les idées qu’il entend mettre à l’étude.

Si le gouvernement Gallant tombe la semaine prochaine sur un vote de censure, ce sera probablement en raison de l’absence d’engagements plus fermes sur certains de ces dossiers.

Néanmoins, nous invitons les députés de l’opposition à étudier ces propositions avec ouverture. Rarement dans l’histoire du Nouveau-Brunswick avons-nous vu un gouvernement tenter une telle approche avec l’opposition, allant même jusqu’à promettre qu’un comité comprenant des représentants de tous les partis tiendra des consultations avant le dépôt du budget.

Bien sûr, Brian Gallant agit ainsi parce qu’il n’a plus le choix.

Néanmoins, l’effort est important. On se surprend à rêver d’un jour où ce sera la norme et où tous les gouvernements, majoritaires ou minoritaires, dirigeront en s’inspirant autant des idées des autres formations politiques au lieu de faire comme s’ils étaient les détenteurs de la science infuse.