Les ambulances qui feront tomber le gouvernement

Le premier ministre Brian Gallant vit sur du temps emprunté. Ses chances de survivre à une motion de censure du chef de l’opposition Blaine Higgs et d’ensuite faire adopter un discours du Trône sont extrêmement faibles, pour ne pas dire inexistantes. Et ce sont les problèmes d’Ambulance NB qui contribueront à mettre fin à l’agonie du gouvernement.

Donnons encore quelques jours avant de rédiger l’eulogie du gouvernement Gallant. Il n’est pas impossible qu’un revirement de dernière minute survienne et qu’il obtienne finalement l’appui d’une majorité de députés.

C’est toutefois fort peu probable.

Quand le gouvernement tombera et que Brian Gallant se retrouvera sur les banquettes de l’opposition, il pourra regarder en direction d’Ambulance NB pour comprendre comment le pouvoir lui a échappé des mains.

Les citoyens acadiens ne soupçonnent pas à quel point les problèmes de cette société de la Couronne sont devenus un enjeu important chez les anglophones.

Quand une ambulance prend plus d’une heure à se rendre à Saint-Quentin, cela cause des inquiétudes et du mécontentement. On montre du doigt des problèmes de répartition des ressources, un manque de personnel ou une incapacité à offrir un service de qualité dans les régions rurales.

Dans le Nouveau-Brunswick anglophone, on dénonce plutôt les exigences linguistiques, au point où des médias de langue anglaise parlent désormais d’une «crise».

L’Alliance des gens cogne sur ce clou avec vigueur. C’est ce qui explique en bonne partie comment elle a remporté trois sièges et terminé deuxième dans sept autres circonscriptions, lors des dernières élections.

Lors de la première période des questions à la législature cette semaine, le chef Kris Austin a fait preuve d’un populisme crasse et d’une mauvaise foi déplorable en demandant au premier ministre Gallant quand il se décidera à cesser de privilégier la question linguistique au détriment des vies à sauver.

En agissant ainsi, Kris Austin laisse entendre qu’il est courant qu’un anglophone appelle au 9-1-1 et se fait répondre qu’une ambulance est disponible, qu’il y a plein de travailleurs paramédicaux prêts à partir, mais qu’on leur interdit de prendre la route parce qu’ils ne sont pas bilingues.

C’est évidemment faux. Ambulance NB explique que quand un poste bilingue n’est pas pourvu, il est offert sur une base temporaire à un unilingue anglophone.

Aucune ambulance n’est stationnée en permanence dans un garage poussiéreux pour des raisons linguistiques.

Cela n’a pas empêché Blaine Higgs d’ignorer ce fait en promettant dans son programme électoral d’embaucher des travailleurs paramédicaux unilingues pour occuper des postes bilingues, comme s’il s’agissait d’une solution magique à la pénurie de personnel bien réelle, mais qui a surtout à voir avec les piètres conditions de travail au sein de l’organisation (il existe des postes vacants désignés bilingues mais aussi unilingues).

M. Austin joue aussi sur un autre mythe, celui là encore plus tenace au sein de l’imaginaire anglophone, soit celui qu’il est impossible de travailler au gouvernement sans être parfaitement bilingue.

Le premier ministre Gallant n’a jamais su répondre adéquatement à cette grogne.

Ça ne signifie pas qu’il s’est tourné les pouces. En 2016, il a confié au Collège communautaire de Campbellton le mandat de mettre sur pied un programme de formation de travailleurs paramédicaux. Cette formation était auparavant l’apanage du secteur privé.

Le cours du CCNB-Campbellton dure deux ans et est contingenté à 15 places, ce qui fait que ses effets ne se sont pas fait sentir.

Par contre, sur la place publique, les libéraux ont toujours laissé entendre qu’il s’agissait d’un problème propre à Ambulance NB et que c’est à son gestionnaire Medavie de le régler, en particulier en ce qui a trait à la question linguistique.

En 2014, la commissaire aux langues officielles Katherine d’Entremont avait pressé le ministère de la Santé «d’assumer ses responsabilités et d’exiger qu’Ambulance NB respecte la Loi sur les langues officielles».

Le ministre Roger Melanson avait réagi au rapport comme si toute cette histoire concernait fort peu le gouvernement: «Si Ambulance NB n’a pas le personnel pour répondre à ces obligations-là, je pense qu’ils ont besoin de faire de la formation pour que le ratio exigé d’employés permette d’offrir le service».

Quatre années plus tard, les libéraux se sentent plus concernés que jamais par le dossier, au point où ils sont désormais eux aussi prêts à faire des concessions sur la qualité de l’offre en français.

Trop peu trop tard. C’est Blaine Higgs qui va gérer le problème, avec Kris Austin qui lui soufflera des réponses à l’oreille. On vous laisse deviner quelle langue parlent ceux qui feront les frais des décisions qui seront bientôt prises.