Une sortie honorable

Cette fois, il n’y a pas eu de revirement de situation. Le premier ministre Brian Gallant a été défait vendredi matin et a reconnu dans les secondes qui ont suivi qu’il n’avait pas la confiance de l’Assemblée législative. Une fin abrupte.

Jusqu’au dernier moment, les libéraux ont tenté de trouver des députés de l’opposition qui appuieraient leur cause. Certains ont espéré que le seul député acadien du Parti progressiste-conservateur, Robert Gauvin, réalise un coup d’éclat. En vain. Il a suivi la ligne du parti, comme tous ses collègues et ceux de l’Alliance des gens.

Son chef Blaine Higgs a réservé une pointe mesquine à ses adversaires. Plutôt que de simplement laisser son équipe voter contre le discours du Trône libéral, il l’a plutôt amendé afin qu’il contienne une phrase disant que le gouvernement n’a plus la confiance de la Chambre.

En fin de compte, Brian Gallant a dû faire face à l’implacable réalité. Vingt-deux députés progressistes-conservateurs et trois députés alliancistes ont mis fin à son règne.

Blaine Higgs est le premier ministre désigné du Nouveau-Brunswick. Brian Gallant sera le chef de l’opposition, s’il décide d’occuper ce rôle.

Avant les votes fatidiques, M. Gallant a présenté ce qui avait toutes les allures d’un testament politique. Il a remercié ses proches, ses collègues de travail, les députés élus et les candidats défaits. Le genre de discours que livre normalement un premier ministre le soir des élections, après avoir perdu le pouvoir.

Le chef libéral a livré un discours rassembleur. Il a exprimé ses regrets de ne pas en avoir assez fait pour promouvoir les avantages du caractère bilingue du Nouveau-Brunswick et de ne pas avoir combattu les mythes qui laissent croire que le bilinguisme officiel est la cause de tous les maux dans notre province.

Il a fait aussi son mea-culpa concernant cette fameuse nouvelle façon de faire de la politique qu’il avait promise, en affirmant avoir été borné et ne pas avoir suffisamment coopéré avec les partis de l’opposition au cours de son mandat majoritaire.

Surtout, il a répété une phrase que nous espérons entendre souvent de la part d’autres politiciens, et en particulier de Blaine Higgs: «Je n’enlèverai pas de droits à aucun Néo-Brunswickois, même si cela doit me coûter le pouvoir».

Un discours de premier ministre, que nous aurions voulu entendre dans les dernières années, mais qui survient plutôt au moment où il perd son poste.

Brian Gallant a aussi finalement choisi de nous offrir une sortie digne et solennelle.

Il a rencontré la lieutenante-gouverneure Jocelyne Roy-Vienneau, non pas pour gagner du temps, ni pour réclamer de nouvelles élections, mais pour lui recommander d’offrir à Blaine Higgs de former un gouvernement.

C’est mieux ainsi. Personne ne souhaitait un scénario où la représentante de la reine aurait dû rejeter l’avis du premier ministre et imposer sa volonté. Elle reste une personne non élue. Nous préférons de loin le scénario où le chef de parti agit de façon responsable.

Il s’agit de tout un contraste avec les actions précédentes de M. Gallant, qui s’est accroché au pouvoir le plus longtemps possible, alors qu’il était chaque jour plus clair qu’il ne disposait pas des appuis pour gouverner.

Un chapitre important prend fin aujourd’hui. Mais il en reste d’autres à écrire avant d’avoir à nouveau un gouvernement stable et fonctionnel à Fredericton.

Blaine Higgs s’est engagé à réduire la période de transition avant de prendre les rênes du pouvoir. C’est une bonne chose.

L’incertitude a suffisamment duré. Il est temps que les choses reviennent plus ou moins à la normale dans la capitale.

Plusieurs tests attendent toutefois le premier ministre désigné.

Il a d’abord fait son lit sur la question des travailleurs paramédicaux. Il réclame qu’Ambulance NB lui donne un plan et des solutions concernant la pénurie d’employés dans les dix jours suivant son assermentation en tant que premier ministre.

M. Higgs devra aussi faire adopter assez rapidement le budget en infrastructures. Il pourra pour ce faire compter sur l’Alliance des gens, laquelle s’est engagée à l’appuyer lors des votes de confiance pour une période allant jusqu’à 18 mois.

Si Blaine Higgs choisit de gouverner avec l’aide de l’Alliance – et tout laisse croire que ce sera le cas – il aura fort à faire pour rassurer la population acadienne sur ses intentions. Avec un seul député acadien dans ses rangs et un parti opposé au bilinguisme à ses côtés, la tentation sera grande de s’attaquer à nos droits linguistiques.

Ses premières décisions dans le dossier d’Ambulance NB nous en diront très long sur sa volonté réelle de gouverner pour tous les Néo-Brunswickois, et non pas seulement pour ceux qui sont unilingues comme lui et qui se plaignent d’être les victimes du bilinguisme institutionnel.

Il serait plus sage pour Blaine Higgs d’imiter Brian Gallant dans les dernières semaines de son règne, soit de reconnaître que les Néo-Brunswickois ont fait élire quatre partis et de leur tendre la main plutôt que de semer la méfiance et la division.