Une occasion unique pour Brian Gallant et Robert Gauvin

Brian Gallant a annoncé sa démission à titre de chef du Parti libéral. Ce n’est pas une surprise. Au Nouveau-Brunswick, les premiers ministres qui perdent le pouvoir n’héritent pas d’une seconde chance. Avant de partir, M. Gallant se donne toutefois une dernière chance de renforcer l’unité de la province. Une mission que s’est d’ailleurs aussi donnée un certain vice-premier ministre acadien…

Brian Gallant a encore le feu sacré pour la politique. Il n’est âgé que de 36 ans et n’est resté à la tête du gouvernement que le temps d’un unique mandat. On peut deviner sa déception que les électeurs aient montré la porte à son équipe aussi rapidement.

C’est cependant un secret de Polichinelle que plusieurs libéraux influents n’ont pas apprécié voir le chef se battre pour se maintenir au pouvoir même si le Parti progressiste-conservateur a fait élire plus de députés.

Pendant sa réflexion des derniers jours, Brian Gallant en est venu à plusieurs constats qui le menaient tous vers la même conclusion.

Il a réalisé que la perspective d’une élection éclair, à la suite de l’effondrement rapide du gouvernement du nouveau premier ministre Blaine Higgs, est de moins en moins probable.

Le Parti progressiste-conservateur et l’Alliance des gens ont tissé des liens qui laissent présager la stabilité du gouvernement pour les prochains mois et peut-être même les années à venir. Le scénario d’une partie revanche qui permettrait à Brian Gallant de redevenir premier ministre au début de l’année prochaine est peu réaliste.

M. Gallant a de même réalisé que la pente pour reprendre le pouvoir est plus abrupte qu’elle en a l’air. On peut dire que les libéraux n’ont obtenu qu’un siège de moins que les conservateurs de Blaine Higgs lors du dernier scrutin. Mais on peut dire aussi que 28 circonscriptions ont voté contre les libéraux, alors que seulement 21 ont élu un député de ce parti.

Les libéraux ont terminé troisièmes dans plusieurs circonscriptions de la province. Certains estiment au sein du parti que la reconquête de ces régions passe par l’élection d’un candidat anglophone (et idéalement bilingue) originaire de Saint-Jean ou de Fredericton.

Quel avenir attend le premier ministre sortant?

Déjà, il s’est donné une première mission: entreprendre une tournée provinciale afin de promouvoir les mérites du bilinguisme officiel et de déboulonner les mythes qui ont causé tant de division, en particulier dans les quatre dernières années.

Nous aurions aimé le voir faire une telle chose pendant qu’il était premier ministre. Mais mieux vaut tard que jamais. Cela enlèvera aussi une épine du pied à son successeur, qui n’aura pas à justifier la timidité du parti sur cet enjeu.

Notons que le vice-premier ministre progressiste-conservateur Robert Gauvin a de son côté obtenu le mandat de son chef d’encourager le dialogue entre les deux communautés linguistiques.

Rarement aura-t-on vu deux personnalités aussi haut placées (un vice-premier ministre et un chef de l’opposition) décidées à vanter les mérites du bilinguisme officiel. S’ils sont sincères dans leur projet, nous les invitons à travailler ensemble.

Le caractère bilingue du gouvernement du Nouveau-Brunswick devrait être un enjeu qui transcende les lignes de parti, un projet de société où l’identité du gouvernement en place importe peu.

Quelle meilleure façon d’envoyer ce message rassembleur à la population que de voir le vice-premier ministre Gauvin et le premier ministre sortant Gallant travailler ensemble à l’atteinte de cet objectif?

C’est rêver en couleurs d’imaginer ces deux hommes partager une seule et même scène à Edmundston, à Saint-Jean, à Shippagan ou à Chipman afin de livrer un seul et même message d’appui au bilinguisme officiel. Après tout, ils occupent des rôles importants au sein de formations politiques que tout oppose généralement.

Nous avons vu dans la dernière campagne électorale des politiciens se servir des droits des francophones pour gagner des voix et d’autres ignorer le sujet afin d’éviter d’en perdre.

Or, nous avons désormais deux politiciens qui se disent prêts à aborder le sujet de front. «Je crois qu’il faut avoir une conversation sur le bilinguisme», a déclaré Brian Gallant jeudi au moment de l’annonce de sa démission. «Il faut qu’on se parle, il faut qu’on apprenne à se parler», a indiqué Robert Gauvin mercredi à l’émission Le Réveil.

Les probabilités que M. Gallant décroche le téléphone et invite M. Gauvin à l’accompagner dans sa tournée (ou vice-versa) sont nulles. C’est dommage, car il y a là une occasion unique d’effectuer un rapprochement entre les communautés linguistiques officielles de la province.