L’avertissement de Doug Ford

La francophonie ontarienne est sous le choc, après l’attaque de son gouvernement à l’endroit de ses institutions. Une occasion pour les Acadiens d’être solidaires de leurs cousins franco-ontariens, mais aussi de réaliser que nos droits et nos acquis peuvent disparaître bien plus rapidement que l’on pense.

Le nouveau premier ministre de l’Ontario, le conservateur Doug Ford, fait face à un déficit annuel d’environ 15 milliards $. À la recherche d’économies, il a profité de l’occasion pour s’en prendre à la minorité francophone. L’Université de l’Ontario français, qui devait accueillir ses premiers étudiants en 2020, ne verra pas le jour. Quant au Commissariat aux services en français, il sera dissous. Ses responsabilités seront transférées à l’ombudsman.

C’est un jour sombre pour les Franco-Ontariens, mais aussi pour tous les francophones du Canada. C’est surtout un rappel que ça ne prend qu’un homme, qu’une décision gouvernementale, pour arracher des droits aux communautés minoritaires.

Une telle situation pourrait-elle survenir au Nouveau-Brunswick? La réponse est oui.

Des nuances s’imposent toutefois.

Le premier ministre Blaine Higgs, avec ses qualités et ses défauts, n’est pas Doug Ford. Ce dernier est un populiste de la pire espèce et une sorte d’émule du président américain Donald Trump.

Le Nouveau-Brunswick n’est pas non plus l’Ontario. Le caractère bilingue de la province est enchâssé dans la constitution canadienne. Bonne chance au premier ministre qui voudrait fermer l’Université de Moncton afin d’économiser quelques millions de dollars sur son budget.

Enfin, le Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick est historiquement plus ouvert aux droits des francophones que l’est celui de l’Ontario. L’égalité des deux communautés linguistiques est d’ailleurs inscrite dans sa constitution.

Au cours des années, des chefs conservateurs ont accompli de grandes choses de concert avec les Acadiens. La dualité en éducation a été acquise sous Richard Hatfield. Le Commissariat aux langues officielles du N.-B. a été établi sous Bernard Lord. Ces chefs (tout comme David Alward) ont résisté aux pressions de leur base politique pour enlever des droits aux Acadiens.

Néanmoins, ne faisons pas l’erreur de croire que nous sommes à l’abri de telles décisions. On retrouve à Fredericton des gens qui pourraient voir en Doug Ford une source d’inspiration.

Des exemples? Jeff Carr a suggéré en 2016 de mettre à la porte la commissaire aux langues officielles du N.-B., Katherine d’Entremont. Il est aujourd’hui ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

La même année, Jake Stewart a carrément suggéré l’abolition dudit commissariat. Il est désormais ministre des Affaires autochtones.

En 2015, Dominic Cardy a recommandé de fusionner les systèmes de transport des élèves, même si la dualité en éducation au N.-B. est protégée par la Charte canadienne des droits et libertés. Il est maintenant ministre de l’Éducation.

Surtout, en 2015, le député de l’opposition Blaine Higgs a proposé de fusionner les régies de santé Vitalité et Horizon. Il est aujourd’hui premier ministre.

Notons enfin que le Parti progressiste-conservateur se maintient au pouvoir grâce à l’appui de l’Alliance des gens. Ce parti propose notamment d’abolir le réseau de santé (francophone) Vitalité, de mettre fin à la séparation des élèves francophones et anglophones dans les autobus scolaires et d’éliminer le Commissariat aux langues officielles.

Ça commence à faire pas mal de monde en position de pouvoir à Fredericton à avoir émis dans un passé très récent des positions contre les acquis de la population acadienne.

Une précision importante doit toutefois être apportée. Contrairement à Doug Ford, Blaine Higgs s’est formellement engagé pendant sa campagne électorale à l’endroit des Acadiens. «Je ne vous laisserai pas tomber», a-t-il déclaré dans une publicité publiée dans l’Acadie Nouvelle.

Dans ce même texte, il a ajouté ceci: «Je veux protéger les services en français et les droits des francophones. Le Parti progressiste-conservateur respectera et protégera le bilinguisme au Nouveau-Brunswick.»

Clairement, cet engagement n’empêchera pas son gouvernement de permettre à des ambulanciers unilingues d’occuper des postes bilingues. On retrouve cet engagement bien en vue dans le programme du parti.

Il s’agit néanmoins d’une promesse forte et répétée à plusieurs reprises par son vice-premier ministre Robert Gauvin. M. Higgs a de plus précisé vendredi qu’il n’a pas l’intention d’imiter son homologue ontarien.

Dans ces circonstances, il est raisonnable de croire que le nouveau gouvernement ne provoquera pas une crise linguistique comme celle que vient de déclencher Doug Ford.

Mais sommes-nous complètement à l’abri d’une telle chose? Non.

Quand vient le moment de remettre de l’ordre dans les finances publiques, la tentation est toujours forte de commencer avec le financement des institutions francophones, comme vient de le démontrer honteusement le gouvernement ontarien.