Un discours du Trône austère

Le premier ministre Blaine Higgs n’a pas réinventé la roue avec son premier discours du Trône. Il s’agit d’un discours conservateur, où la priorité est mise sur l’équilibre budgétaire et l’importance du secteur privé. Exactement ce qu’il a promis en campagne électorale.

Nous retrouvons dans ce discours du Trône les messages véhiculés par la droite depuis longtemps. Le Nouveau-Brunswick est endetté, il vit au-dessus de ses moyens et il doit diminuer le fardeau fiscal de ses citoyens et de ses entreprises.

La priorité sera de rééquilibrer les livres. Certaines promesses importantes du premier ministre sont d’ailleurs liées à l’atteinte de cet objectif. Les entreprises peuvent ainsi s’attendre à une réduction de leur fardeau fiscal, mais le chef progressiste-conservateur prend la peine de préciser que cela ne se fera pas au détriment de la santé financière de la province.

Après une décennie de déficits budgétaires, ce n’est pas une mauvaise chose de voir le gouvernement s’attaquer au problème avec plus de vigueur. Ils sont nombreux, y compris dans les circonscriptions francophones qui ont voté libéral ou vert, à souhaiter voir la situation financière de la province s’améliorer et à réclamer une diminution de leurs impôts.

L’ennui, comme toujours avec Blaine Higgs, c’est qu’il a encore une fois été volontairement flou sur la façon dont il entend réaliser ses objectifs. La destination est bien définie. Nous ignorons cependant de quelle façon il entend s’y rendre.

L’élimination par attrition de quelque 600 postes de fonctionnaires, pourtant un engagement électoral majeur, ne se retrouve pas dans le discours du Trône. De plus, nous ne retrouvons que peu d’indices sur les programmes qui seront révisés et le sort qui leur sera réservé.

Des programmes comme la gratuité universitaire, l’accès aux garderies et le fonds de développement du Nord pourraient tous disparaître dans les prochains mois au nom de la lutte au déficit. Le discours du Trône ne précise toutefois pas les intentions du gouvernement à ce sujet, sauf qu’il y aura examen. Il faudra attendre encore quelques mois, avec le dévoilement du budget, pour obtenir des réponses.

Il est toutefois clair que nous sommes sur le point d’entrer dans une période d’austérité. Les fonds publics seront dépensés avec beaucoup plus de parcimonie. Et comme d’habitude dans ce genre de situation, ce sont les régions les plus pauvres et les citoyens les plus démunis qui risquent d’en faire les frais.

Notons aussi que le gouvernement Higgs n’a pu résister à la tentation de nous offrir sa propre liste d’épicerie. Une multitude de promesses sont déguisées sous la forme de cinq priorités. Celles-ci sont très générales (soins de santé publics accessibles et fiables, un système d’éducation de premier ordre, etc.) et comprennent chacune des dizaines d’engagements.

Nous sommes loin des 200 jours de changements de Bernard Lord en 1999, ou des cinq grandes promesses de Stephen Harper en 2006.

Par ailleurs, il est permis de croire que Blaine Higgs a fait un effort, avec ce discours du Trône, pour se distinguer des populistes de droite à la Doug Ford.

On ne retrouve rien qui laisse croire que le gouvernement s’acquittera mieux de ses responsabilités linguistiques et constitutionnelles. Par contre, il prend bien soin de ne pas attaquer de front la population francophone.

On retrouve le même numéro d’équilibriste dans le dossier du recrutement des médecins. Plutôt qu’annoncer sèchement la fin du système de numéros de facturations, on nous annonce chercher désormais une solution de rechange.

L’enjeu des numéros de facturation des médecins n’a pas fait les manchettes dans les derniers mois, mais ça ne signifie pas qu’il n’est pas important. Ce système permet aux régions rurales d’avoir accès à des professionnels de la santé qui, autrement, auraient tendance à s’établir à Moncton ou à Saint-Jean.

Il serait irresponsable d’y mettre la hache sans prévoir les conséquences. Le premier ministre semble l’avoir compris. Du moins, espérons-le.

La plus grosse surprise est l’intérêt que se découvre le gouvernement Higgs pour la question environnementale.

Loin de résumer son action à combattre la taxe fédérale sur le carbone, il nous annonce vouloir créer un poste de haut fonctionnaire indépendant responsable des questions liées aux changements climatiques, bâtir une économie verte, analyser les effets du glyphosate et ne fait aucune mention de l’industrie du gaz de schiste, dont il favorise pourtant l’expansion.

En obtenant l’appui d’un ou des trois députés verts pour faire adopter son programme législatif, le gouvernement con­servateur pourrait se débarrasser en partie de l’image de coalition avec l’Alliance des gens qui lui colle à la peau.

Ce serait une énorme victoire pour Blaine Higgs.