Ambulances: un numéro d’équilibrisme

Le premier ministre Blaine Higgs n’a pas répété l’erreur de son prédécesseur. Il n’a pas laissé traîner plus longtemps le dossier des ambulances, qui a contribué à couler le gouvernement libéral. Le plan proposé permettra de calmer la grogne. Mais ça ne signifie pas qu’on a terminé de casser du sucre sur le dos des Acadiens.

La crise des ambulances, comme l’a surnommé la presse anglophone, n’a rien à voir avec les droits linguistiques. C’est un problème syndical.

Le syndicat qui représente les travailleurs paramédicaux se bat pour que ceux-ci puissent obtenir des postes à temps plein, des promotions, une permanence et la sécurité d’emplois.

Plusieurs travailleurs d’Ambulance NB n’atteignent pas ces objectifs parce que les postes qu’ils visent sont désignés bilingues.

À cela s’ajoute une pénurie bien réelle, mais qui n’a encore une fois rien à voir avec les droits linguistiques. D’autres provinces unilingues anglaises vivent d’ailleurs les mêmes difficultés de rétention de leur main d’oeuvre.

Il s’agit d’un travail difficile physiquement et mentalement, les salaires ne sont pas compétitifs et les conditions d’emplois sont déficientes. Il y a un fort taux de roulement et les congés de maladie sont nombreux.

Cela n’empêche pas des politiciens en manque d’électeurs de montrer du doigt les exigences linguistiques comme étant la source du problème, avec au premier rang Kris Austin et ses collègues de l’Alliance des gens.

Blaine Higgs a joué à ce jeu pendant la campagne électorale en promettant que les ambulances ne seront pas retirées des routes en raison de problèmes de dotation de personnel liés à la langue.

Ce faisant, il donnait foi au mythe de travailleurs paramédicaux anglophones, à qui on interdit de prendre la route à bord d’une ambulance immobilisée dans un stationnement, parce qu’ils ne sont pas bilingues.

Avec la création d’un système de transferts non urgents, on retrouve toutefois un Blaine Higgs plus pragmatique, qui réalise qu’attaquer les droits des francophones ne réglera pas d’un coup de baguette magique les problèmes d’Ambulance NB.

Il a fait d’une pierre plusieurs coups, d’abord, en rendant possible avec cette initiative la création d’emplois permanents pour ces employés syndiqués. Ensuite, en créant un système pour connaître à l’avance la langue parlée du patient (lors des transferts non urgents).

Cela signifie que si un patient anglophone a besoin d’être transféré de l’hôpital de Miramichi à celui de Saint-Jean, il sera possible d’envoyer un groupe de travailleurs paramédicaux unilingues. Cela libèrera les employés bilingues pour d’autres situations où on a besoin d’eux.

En prime, cela pourrait permettre à Ambulance NB de mieux respecter ses obligations linguistiques. La société de la Couronne a été l’objet de nombreuses plaintes, de rapports et de recommandations du Commissariat aux langues officielles du N.-B. dans la dernière décennie.

Il est temps qu’elle fasse du progrès.

C’est un bon plan. Si Blaine Higgs s’était arrêté là ou s’il avait aussi imposé des mesures pour faciliter le recrutement d’employés bilingues, il aurait mérité beaucoup de crédit.

Malheureusement, il n’a pu résister à la tentation de laisser entendre que les postes désignés bilingues d’Ambulance NB font partie du problème plutôt que de la solution.

Il a réitéré sa volonté de mettre fin à la révision judiciaire ordonnée par le gouvernement Gallant à propos d’une décision arbitrale qui conclut que l’ancienneté syndicale a plus d’importance que les droits linguistiques.

Pour faire adopter son plan, Blaine Higgs a besoin de l’appui de l’Alliance des gens. Or, le chef Kris Austin fait une fixation sur ces postes bilingues. Il était hors de question qu’il appuie les progressistes-conservateurs sans que rien ne soit fait à ce sujet.

Cela nous a donné ce triste spectacle où M. Austin a pris la parole, en pleine annonce gouvernementale, pour critiquer ce qu’il qualifie «d’obligations linguistiques inutiles» chez Ambulance NB.

Un moment gênant, pour ne pas dire honteux, mais qui démontre à quel point Kris Austin a gagné en influence au sein de ce gouvernement. En tout respect pour Robert Gauvin, c’est M. Austin qui joue présentement le rôle de vice-premier ministre.

Son influence dépasse celle de la plupart des ministres. On l’a vu dans le dossier d’Ambulance NB, mais aussi dans le discours du Trône qui contient plusieurs des promesses de son parti.

Ce ne sera pas toujours ainsi. D’autres enjeux moins chers aux yeux de l’Alliance des gens finiront par prendre le devant dans l’actualité. Les ministres et le vice-premier ministre Gauvin vont tranquillement prendre la place qui leur est due.

En attendant, le gouvernement joue à l’équilibriste afin de trouver des solutions concrètes, tout en apaisant le parti opposé aux droits et acquis des francophones.