Dure réalité à Memramcook

La décision du gouvernement Higgs de suspendre les travaux à l’Institut de Memramcook a eu l’effet d’une onde de choc, mais ne devrait pourtant pas surprendre. La vérité, c’est que personne ne sait exactement quoi faire avec ce bâtiment.

Un rappel d’abord que les lieux sont l’écho d’un moment charnière dans l’histoire de l’Acadie. La Convention nationale de Memramcook de 1881 a réuni des délégués acadiens. Ils ont choisi une patronne (Notre Dame de l’Assomption) et, surtout, une fête nationale.

Si le 15 août est aujourd’hui une date si importante dans toutes les communautés acadiennes, cela découle directement des décisions qui ont été prises à l’époque.

L’édifice où ont eu lieu ces mythiques délibérations a toutefois été détruit dans un incendie en 1933. Il a été reconstruit l’année suivante.

Il a ensuite joué un rôle crucial en permettant à des générations d’Acadiens d’avoir accès à l’éducation postsecondaire.

Mais cette époque est révolue, comme l’a fait remarquer platement Blaine Higgs en rappelant que la naissance de l’Université de Moncton a signifié le début de la fin pour ce qui était alors le Collège Saint-Joseph.

L’Institut est aujourd’hui une coquille vide. Le gouvernement provincial libéral a bien tenté de lui redonner une utilité en déménageant des bureaux administratifs du Réseau de santé Vitalité, mais cela ne fait que cacher une triste réalité: l’Institut de Memramcook ne sert présentement à rien.

Cela n’a pas empêché le gouvernement précédent d’approuver un projet de rénovation de 32 millions $. Il avait compris que les symboles sont importants, en particulier en Acadie, étant donné notre histoire trouble, et qu’il mérite d’être sauvegardé.

Le gouvernement Higgs a plutôt une vision comptable du problème. Il croit qu’il serait irresponsable d’injecter des dizaines de millions de dollars en fonds publics dans une bâtisse sans un plan d’utilisation. «On ne veut pas juste bâtir un édifice vide et espérer que quelque chose arrive», a-t-il déclaré.

Ç’a le mérite d’être clair.

La balle est maintenant dans le camp du Village de Memramcook, des promoteurs et de la société civile acadienne. Ils doivent trouver une utilité à l’immeuble.

Le défi de l’Institut de Memramcook ressemble en tout point à celui qu’à dû relever les amis de l’ancienne école Moncton High. Ce bijou d’architecture a été bâti en 1935, soit une année après le «nouveau» collège devenu Institut de Memramcook. Il a lui aussi été un lieu de savoir important.

Cela n’a pas empêché le gouvernement provincial de prévoir dès 2011 la démolition des lieux plutôt que sa rénovation à grands frais.

Un groupe composé de gens d’affaires de la région a pris le dossier en main afin de sauver l’édifice patrimonial et de le remplacer en centre des arts et de la culture à but non lucratif. Les premières tentatives ont échoué, notamment en raison du refus de la Ville de Moncton d’y déménager sa bibliothèque. Un nouveau plan d’affaires a été mis en place, l’endroit a été vendu et la renaissance de Moncton High va bon train, même si le dossier est loin d’être réglé.

Il y a donc là une voie à suivre pour l’Institut de Memramcook. L’ennui, c’est qu’il n’y a aucune garantie que le gouvernement Higgs accepterait de financer un plan de relance, aussi bien ficelé soit-il.

Prenez l’exemple du palais de justice de Fredericton, lequel est jugé trop petit et pas assez sécuritaire. La construction d’un nouvel immeuble a malgré tout été annulée. Le premier ministre Blaine Higgs a été cinglant: «Nous n’avons pas besoin de plus d’édifices gouvernementaux dans cette province.»

Autre point important. Le plan de restauration de l’Institut de Memramcook comptait sur l’appui financier d’Ottawa, une possibilité réaliste en raison des forts liens qui unissaient les gouvernements Gallant et Trudeau.

Or, à peine arrivé au pouvoir, Baine Higgs a annulé unilatéralement l’élargissement de la route 11 sans avoir l’élémentaire politesse d’aviser le gouvernement fédéral, qui paie pourtant la moitié de la facture. Le ministre Dominic LeBlanc et le gouvernement Higgs sont depuis engagés dans une guerre de mots.

Le lien de confiance est rompu, ce qui ne facilitera en rien de futures négociations, si elles devaient avoir lieu.

Soyons réalistes. L’avenir de l’Institut de Memramcook n’a jamais paru aussi sombre.

Il faut d’abord lui trouver une vocation. Le gouvernement Higgs ayant d’autres chats à fouetter, cette mission reviendra aux amis de l’Institut, tout comme cela a été le cas avec Moncton High.

C’est seulement avec un plan d’affaires crédible que le gouvernement Higgs démontrera de l’intérêt. Peut-être.

En attendant, nous invitons ce dernier à ne pas prendre de décisions précipitées. Avant de réserver les grues et le pic des démolisseurs, continuons de chercher des solutions qui permettront de redonner à l’endroit sa pertinence perdue, si celles-ci existent.