Millions et leadership en manque pour les Jeux

Les Jeux de la Francophonie, censés être organisés en 2021 à Moncton et à Dieppe, sont menacés. Et l’argent n’est pas le seul problème.

Le Nouveau-Brunswick a été choisi en 2016 en tant que prochain hôte des Jeux de la Francophonie. À ce moment-là, les organisateurs nous promettaient que leur facture ne dépasserait pas 17 millions $. Moins de deux ans plus tard, elle est désormais censée atteindre 130 millions $.

Ottawa est prêt à payer la moitié des coûts, peu importe l’ampleur de ceux-ci. Fredericton n’est pas aussi généreux. L’engagement initial de 7 à 10 millions $ tient toujours, mais il n’est pas question d’ajouter à la cagnotte. Les municipalités hôtesses refusent aussi de subventionner encore plus ces épreuves sportives.

C’est l’impasse.

La position du premier ministre Blaine Higgs est raisonnable. L’histoire est pleine de nations qui ont célébré après avoir obtenu le privilège d’organiser un événement et qui, une fois le bras pris dans le tordeur, ont senti l’obligation de pelleter des millions et même des milliards pour combler les dépassements de coûts. Les Jeux olympiques nous viennent immédiatement en tête.

Si le coût de la candidature n’avait pas été au départ grossièrement sous-évalué, nous n’en serions pas là. Soit le Nouveau-Brunswick ne se serait jamais porté candidat, soit il l’aurait fait en connaissance de cause.

Dans les circonstances, M. Higgs a bien fait de mettre son pied à terre.

Il faut dire qu’il a vite réalisé qu’il n’y aura pas de prix politique à payer si les Jeux de la Francophonie n’ont pas lieu au N.-B.

Le seul député acadien du gouvernement, Robert Gauvin, ne s’est pas senti particulièrement interpellé. C’est plutôt après que

M. Higgs ait mis en doute la construction d’un nouveau pont à Shippagan que M. Gauvin est intervenu en catastrophe, allant même jusqu’à contredire son chef et en promettre un nouveau rapidement.

Bref, les priorités de la population sont connues et les Jeux n’en font pas partie. Ils ne deviendront pas un enjeu électoral.

De leur côté, les membres du comité organisateur qui ont remis leur démission ont aussi pris la bonne décision. À tort ou à raison, ce comité est en train de mériter une réputation de nid à libéraux. Brian Gallant reconnaît qu’il y compte plusieurs amis. CBC a dévoilé lundi que l’entreprise du conjoint d’une membre du comité – une amie de M. Gallant – a obtenu un contrat de marketing pour les Jeux.

Si ce fiasco de dépassement de coûts devait en plus se transformer en scandale politique libéral, Moncton-Dieppe 2021 n’aura plus aucune chance d’avoir lieu.

Nous touchons ici à la deuxième partie de la problématique. Le premier ministre Higgs ne se sent pas investi d’une responsabilité particulière de sauver les Jeux de la Francophonie 2021. Il laisse ce rôle au gouvernement fédéral, qu’il invite à payer l’ensemble des dépassements de coûts ou à trouver d’autres municipalités hôtesses ailleurs au pays.

Son gouvernement consacre plus d’efforts à trouver des coupables qu’à chercher à sauver les Jeux.

C’est un problème.

Il faut en effet une bonne dose de leadership pour trouver des solutions viables à des problèmes complexes.

Nous en avons été témoins en 2005, quand la Fédération internationale de natation a retiré à Montréal l’organisation des Championnats mondiaux de sports aquatiques, qui devaient avoir lieu plus tard cette année-là. L’incapacité des différents intervenants d’en arriver à un compromis sur le financement avait coulé l’événement. Le gouvernement du Québec avait été montré du doigt.

Le maire de Montréal Denis Coderre avait alors pris les choses en main et avait sauvé cette grande manifestation sportive. Il n’avait toutefois pas pu empêcher un dérapage financier important. Montréal avait dû éponger un déficit de 4,8 millions $.

On n’y échappe pas. Quand un événement d’envergure est menacé, il faut beaucoup de dollars pour redresser la barre. Surtout, il faut que quelqu’un prenne les choses en main.

Personne ne veut jouer ce rôle au Nouveau-Brunswick. Ni Moncton, ni Dieppe, ni le gouvernement provincial ne veulent s’avancer afin de relancer l’organisation ou de trouver les sommes manquantes.

Le gouvernement Higgs ne veut pas être le fossoyeur des Jeux. Mais il ne tient pas non plus à en être le sauveur.

Ce rôle reviendra donc au gouvernement du Canada. Le ministre Dominic LeBlanc devra déterminer à quel point il juge important que ces épreuves sportives aient lieu dans son coin de pays. Il devra ensuite trancher.

Il est de plus en plus clair que les solutions ne proviendront pas de Fredericton.