Deux classes de citoyens

Il y a désormais deux classes de citoyens. Les Néo-Brunswickois anglophones, qui peuvent être soignés dans leur langue par un travailleur paramédical partout dans la province, et les Néo-Brunswickois francophones, à qui on vient d’enlever ce droit dans certaines régions sans sourciller.

Les Acadiens ont l’habitude de voir des politiciens ou des partis comme le Confederation of Regions ou le People’s Alliance mener une lutte sans merci à leurs droits linguistiques.

Nous avons aussi eu en poste à Fredericton d’innombrables gouvernements qui se sont traîné les pieds, qui ont ignoré la loi ou qui ont respecté leurs obligations seulement après s’être fait rappeler à l’ordre par les tribunaux.

Mais ce que le gouvernement provincial a décrété, mardi, est d’un tout autre niveau.

Le ministre de la Santé, Hugh John Flemming, a ordonné à Ambulance NB d’éliminer les obligations linguistiques à l’embauche.

Il l’a fait sous de faux prétextes, en affirmant que cela constitue un moyen de prioriser la vie et la sécurité des gens.

Il n’existe aucun exemple d’une ambulance qui est restée stationnée parce qu’il n’y avait pas d’employés bilingues en poste. Personne n’a jamais vécu une situation d’urgence alors qu’au même moment, des travailleurs paramédicaux unilingues anglophones se voyaient interdire de prendre la route.

Cette décision est politique et n’a rien à avoir avec la santé publique. Le gouvernement Higgs sacrifie certains droits des Acadiens pour se maintenir au pouvoir et pour apaiser une partie de son électorat.

Le ministre Flemming, en particulier, est tombé bien bas.

Il a reconnu n’accorder aucune importance à une ordonnance judiciaire censée forcer Ambulance NB à offrir un service bilingue sur tout le territoire.

Une révision judiciaire est aussi en cours afin de déterminer si un arbitre en relations de travail a erré en décrétant que le principe de l’ancienneté, prévu dans la convention collective en vigueur chez Ambulance NB, prévaut sur les droits constitutionnels des Acadiens.

Sauf que M. Flemming a déjà annoncé qu’il ne tiendra pas compte du résultat de celle-ci. Il invite plutôt ceux qui ne sont pas satisfaits de l’action de son gouvernement à le poursuivre devant les tribunaux.

Le mépris exprimé par le ministre à l’endroit des droits linguistiques et du système judiciaire est tel que le premier ministre Blaine Higgs et le vice-premier ministre Robert Gauvin ont dû le contredire le lendemain en annonçant que le résultat de la révision judiciaire sera finalement respecté.

Seul député acadien du caucus, Robert Gauvin a quand même appuyé l’élimination des considérations linguistiques à l’embauche chez Ambulance NB, en précisant que «c’est pas idéal». Il a ensuite repris le discours fallacieux voulant qu’il s’agisse d’une question de sécurité.

Un bien triste spectacle.

La suite des choses est préoccupante. Quand un gouvernement se donne la légitimité d’arracher des droits à une minorité, il s’arrête rarement en si bon chemin. Il y aura toujours des droits à éliminer parce que trop coûteux, trop compliqués à mettre en place ou parce qu’ils dérangent la majorité.

Pourquoi faut-il que la GRC ait des policiers bilingues dans toutes les régions? Après tout, c’est une question de sécurité. L’im­portant est d’attraper les criminels, pas de le faire dans une langue plutôt qu’une autre. Et une fois parti, pourquoi payer pour une régie de la santé qui fonctionne en français? Fusionnons plutôt le réseau Vitalité avec Horizon. La priorité est d’avoir des médecins dans les urgences. Pour ce qui est de la gestion de nos hôpitaux… who cares?

Nous pourrions continuer longtemps comme cela. Nos enfants doivent se rendre à l’école. Qu’importe s’ils partagent des autobus avec de petits unilingues anglophones. N’est-ce pas du gaspillage que d’offrir des soins spécialisés dans des hôpitaux francophones alors que ceux-ci sont déjà offerts en double ou en triple dans le réseau de langue anglaise? Ces postes désignés bilingues dans les hôpitaux du Réseau de santé Horizon à Saint-Jean, à Moncton et à Fredericton, ne peut-on pas s’en passer? Et que dire de ce fichu Commissariat aux langues officielles qui ne sert qu’à diviser la population?

Sans oublier que tout ça coûte si cher…

Avec ces directives à l’endroit d’Ambulance NB, les progressistes-conservateurs veulent d’abord et avant tout consolider leur base électorale et se maintenir au pouvoir. De ce côté, c’est mission accomplie.

Cela se fait aujourd’hui sur le dos des francophones. Nous n’avons pas fini de nous battre pour préserver nos droits linguistiques.

Le gouvernement Higgs découvrira rapidement que le Nouveau-Brunswick n’est pas l’Ontario. Certains de nos droits linguistiques sont enchâssés dans la Charte canadienne des droits et libertés.

Cela pourrait prendre des années, mais nous finirons par venir à bout des dommages qui sont infligés.