Élections NB sous attaque

Une lutte à finir a lieu présentement devant les tribunaux. Elle pourrait avoir non seulement un impact majeur sur le résultat des dernières élections provinciales, mais aussi sur la confiance de la population à l’endroit d’Élections NB.

L’histoire met aux prises deux candidats peu connus de la population acadienne, soit le député libéral Gerry Lowe et le progressiste-conservateur Barry Ogden. Le premier a vaincu le deuxième par seulement 10 voix dans la circonscription de Saint-Jean-Havre, lors des élections provinciales du 24 septembre.

Le candidat conservateur défait soutient que des électeurs ont voté à deux reprises, que des citoyens d’autres circonscriptions ont voté illégalement dans Saint-Jean-Havre et que des erreurs ont été commises.

Rien de tout cela n’a encore été prouvé. Le dossier est devant un juge de la Cour du Banc de la Reine qui déterminera en temps et lieu s’il y a eu fraude électorale, incompétence ou rien de tout cela. Si les progressistes-conservateurs ont gain de cause, le juge pourrait aller jusqu’à annuler le résultat de ce scrutin et ordonner une élection complémentaire.

Le gouvernement Higgs est minoritaire et ne compte qu’un siège de plus que l’opposition libérale. Une revanche dans Saint-Jean-Havre ne lui permettrait pas, en cas de victoire, d’obtenir une majorité, mais cela lui donnerait une plus grande marge de manoeuvre à la législature.

Surtout, cela lui permettrait d’effacer une tache rouge sur la carte électorale du sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Les libéraux ont besoin de maintenir ce pied-à-terre à Saint-Jean, une rare région où ils peuvent espérer réaliser des gains lors des prochaines élections.

Il y a donc des enjeux politiques dans ce dossier qui ne sont pas dénués d’importance.

Plus important encore, un enjeu démocratique est aussi en train de se jouer, alors qu’Élections NB doit défendre sa réputation.

Il est de tradition, lors d’une soirée électorale, de pester contre les résultats qui ne sont pas rendus publics assez rapidement à notre goût, contre les files d’attente aux bureaux de scrutin, contre les tabulateurs et bien d’autres choses.

Par contre, quand on revient au rôle premier d’Élections NB – faire voter les électeurs, compter les votes et déclarer des vainqueurs – nous n’avons rien à redire.

Élections NB est crédible, fiable et indépendante.

Tout n’est cependant pas parfait.

Nous l’avons expliqué dans un précédent éditorial publié à la suite des élections, il est relativement facile pour une personne mal intentionnée de voter à plus d’une reprise.

Le système est basé sur la bonne foi du citoyen. Il arrive qu’un électeur se fasse indiquer, après vérification, qu’il a déjà voté.

S’il nie cette allégation, Élections NB présume qu’il y a eu une erreur, informatique ou autre. L’individu doit alors prêter serment pour confirmer qu’il veut bel et bien accomplir son devoir de citoyen pour la première et seule fois de la journée.

Pas plus compliqué que ça.

Ces cas ne sont pas communs, mais ne sont pas si rares non plus. Il y en a quelques-uns à chaque élection, dans la plupart des bureaux de scrutin.

À Saint-Jean, toutefois, il est allégué que jusqu’à une quarantaine de personnes se seraient retrouvées dans cette situation.

La loi prévoit qu’un candidat qui se croit lésé peut se tourner vers les tribunaux. C’est ce qui est en train de se produire présentement.

Il y a toutefois quelque chose d’encore plus préoccupant dans toute cette histoire. La bataille ne se limite en effet pas seulement dans une salle d’un tribunal. Élections NB est éclaboussée dans les médias sociaux. Et pas par n’importe qui.

Le candidat Barry Ogden et le ministre de l’Éducation Dominic Cardy ont tous les deux attaqué publiquement la société de la Couronne dans les derniers jours.

Le ministre Cardy a écrit sur sur son compte Twitter qu’Élections NB mine les fondements de notre démocratie. «Si on ne peut pas avoir confiance aux gens qui organisent nos élections, à qui peut-on se fier?», a-t-il soutenu.

M. Ogden en a ajouté une couche en déclarant à la CBC n’avoir aucune confiance en Élections NB et en affirmant sur Facebook qu’il faut «restaurer la foi en la démocratie».

Nous croyons que les deux hommes jouent à un jeu dangereux. Personne ne sort gagnant quand un ministre ou un candidat défait attaque la crédibilité d’Élections NB. Celle-ci a fait ses preuves depuis des décennies.

Cette société de la Couronne n’est pas infaillible, mais elle n’a jamais démontré une once de partialité ou tenté de voler une élection à qui que ce soit.

Laissons le juge faire son travail et s’assurer que justice soit faite.

Nos institutions démocratiques ont besoin d’être protégées et renforcées. Pas d’être sapées pour des raisons électorales ou partisanes.