L’année des tiers partis

Ce que Kevin Arseneau a accompli au cours de la dernière année est remarquable. Encore plus quand on rappelle à quel point son chemin pour se rendre à destination a été tortueux.

Il y a un peu plus d’une année, Kevin Arseneau était bien en selle à titre de président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Il était le chef idéal pour une organisation en déficit de légitimité et surtout de crédibilité, à la suite des guerres intestines qui avaient fragilisé le mouvement associatif acadien.

C’est alors que Kevin Arseneau a pris tout le monde par surprise en annonçant sa démission afin de se porter candidat à l’investiture du Parti libéral du Nouveau-Brunswick, dans sa circonscription de Kent-Nord.

Les rouges ont toutefois la mémoire longue. L’idée d’accepter dans leurs rangs un candidat qui a déjà critiqué les décisions du gouvernement Gallant et qui affirme à qui veut l’entendre qu’il n’est pas un mouton suivant aveuglément la ligne de parti puait au nez des bonzes libéraux. Un esprit libre candidat libéral dans Kent-Nord? Jamais!

La décision finira par coûter la circonscription aux libéraux.

Il est important de ne pas sous-estimer ce que Kevin Arseneau, mais aussi Meagan Mitton et David Coon, du Parti vert, de même que Kris Austin, Rick DeSaulniers et Michelle Conroy, de la People’s Alliance, ont accompli.

Le Nouveau-Brunswick est historiquement une terre aride pour les tiers partis. Le Nouveau Parti démocratique n’a jamais fait élire plus qu’un candidat. Que six députés de tiers partis réussissent à se faire élire au Nouveau-Brunswick en même temps qu’un gouvernement minoritaire est un événement marquant.

Le Parti vert a encore plus de mérite. Contrairement à la People’s Alliance et avant lui le Confederation of Regions, les verts ne se sont pas faire élire sur la promesse d’enlever des droits à leurs concitoyens francophones.

Ils ont par ailleurs fait leur entrée sans s’appuyer sur une longue tradition politique, en particulier en Acadie, où les libéraux partent normalement avec une longueur d’avance.
C’est aussi la première fois dans l’histoire moderne du Nouveau-Brunswick que des tiers partis disposent d’autant d’influence à Fredericton. Le gouvernement Higgs gouverne main dans la main avec la People’s Alliance, au sein de ce que nous pouvons qualifier de coalition informelle.

Kevin Arseneau et le Parti vert ne sont pas aussi près du pouvoir, mais leur action se fait quand même sentir. Alors qu’il tentait désespérément de se maintenir au pouvoir, le premier ministre Brian Gallant a trouvé ses seuls alliés chez les verts.

Le nouveau gouvernement Higgs a de son côté causé la surprise en teintant son premier discours du Trône de mesures environnementales. Il a promis de nommer un commissaire à l’environnement et a même ouvert la porte à mettre fin à l’épandage du glyphosate dans les forêts de la province.

Plus spécifiquement, l’arrivée de Kevin Arseneau à la législature – un endroit d’où il avait été banni en 2015! – a eu pour effet d’apporter un peu d’air frais dans un environnement généralement très aseptisé.

Que ce soit pour ses cravates, son choix de mots à l’endroit de la People’s Alliance ou en ajoutant un passage sur l’importance des Premières Nations dans le serment d’allégeance des députés, il n’a décidément laissé personne indifférent dans les derniers mois. Le chef allianciste Kris Austin, en particulier, ne peut plus le voir en peinture et le traite d’extrémiste chaque fois qu’il en a l’occasion.

Se faire traiter d’extrémiste par un politicien dont l’ambition première est d’arracher des droits aux francophones est probablement le plus beau compliment qui pouvait être fait à l’endroit de M. Arseneau en cette fin d’année 2018.

Notre chroniqueur politique Bernard Thériault a pour sa part qualifié M. Arseneau dans les pages de l’Acadie Nouvelle de colombe capable de miser sur ce que les anglophones, les francophones et les autochtones ont en commun plutôt que ce qui les divise. Il a vanté ses talents d’orateur, mais l’a aussi montré du doigt pour avoir été condescendant.

«Prétention venue du Nord», «extrémiste», «colombe»… Kevin Arseneau a été tout cela et bien plus. Au-delà de ses bons coups et de ses erreurs, nul ne peut nier qu’il est un homme de conviction et qu’il s’est lancé en politique pour les «bonnes raisons».

Pour ce qu’il a accompli, pour ce qu’il représente en tant que fer de lance d’une vague de tiers partis tel que le Nouveau-Brunswick n’en a jamais connu et parce qu’il défend avec vigueur les droits des minorités, le député du Parti vert Kevin Arseneau est la Personnalité de l’année 2018 de l’Acadie Nouvelle.