Un chef libéral au plus vite

Avec l’annonce de la démission à venir de Brian Gallant, le Parti libéral du Nouveau-Brunswick partira bientôt officiellement à la chasse pour un nouveau chef. Il a avantage à ne pas laisser traîner le processus trop longtemps.

À la suite de la défaite du Parti libéral aux élections provinciales du 24 septembre 2018, puis de son échec à se maintenir au pouvoir, Brian Gallant s’est engagé dans une période de réflexion. En entrevue à l’Acadie Nouvelle après le renversement de son gouvernement, il a déclaré: «Je serai peut-être chef jusqu’à la prochaine élection».

À la mi-novembre, il a toutefois confirmé qu’il quittera la tête de sa formation politique. Il entendait par contre rester en place tant qu’un successeur n’aura pas été élu lors d’un congrès à la direction. Pas question, donc, de s’éclipser au profit d’un leader par intérim.

À la fin décembre, M. Gallant en venait néanmoins à la conclusion qu’il a besoin de repos et qu’il n’a plus l’énergie pour mener l’opposition contre le gouvernement progressiste-conservateur. Il quittera son poste lors de la réunion du caucus libéral, le mois prochain.

Cela signifie qu’un autre député sera nommé chef par intérim du parti, le temps que le processus de sélection se mette en branle.

Organiser une campagne au leadership demande beaucoup de temps et d’argent.

C’est pourquoi un parti aime normalement prendre son temps dans ce genre de situation. Laisser la poussière retomber est aussi essentiel afin de permettre un véritable renouvellement des personnes et des idées au sein de la formation politique.

C’est sans compter qu’une campagne à la direction a normalement lieu à la suite d’une défaite électorale coûteuse, tant au niveau des coûts qu’en terme de perte de sièges à la législature.

Le premier ministre libéral Shawn Graham a été défait le 27 septembre 2010. Il a démissionné formellement le 9 novembre de la même année. L’ancien ministre Victor Boudreau avait ensuite assuré l’intérim jusqu’au 27 octobre 2012, date à laquelle Brian Gallant a défait Michael Murphy et Nick Duivenvoorden pour devenir le nouveau chef du parti politique.

Il s’est donc passé un peu plus de deux années entre la défaite électorale de Shawn Graham et le couronnement de son successeur Brian Gallant.

Le délai avait été encore plus long lors de la course précédente. Le premier ministre Camille Thériault a perdu les élections le 7 juin 1999, il a remis sa démission en mars 2001 au profit d’un chef intérimaire (Bernard Richard) jusqu’au triomphe de Shawn Graham contre Jack MacDougall, le 12 mai 2002.

Trois ans moins un mois s’étaient écoulés avant que les rouges ne puissent prendre leur envol avec un nouveau leader.

Les libéraux n’ont cette fois pas le luxe de faire preuve d’autant de patience.

La situation en 2019 est très différente de celle qui prévalait en 1999 et en 2010. Pour la première fois en près d’un siècle, un gouvernement minoritaire gère les affaires courantes à Fredericton. Si rien ne laisse croire qu’il tombera au cours de l’année qui débute, il n’y a toutefois aucune garantie qu’il survivra quatre ans.

On l’a vu au cours des dernières semaines, l’équilibre qui maintient au pouvoir le gouvernement Higgs est fragile. L’échafaud tient surtout parce que personne n’a intérêt à aller trop rapidement en élection. Les libéraux se cherchent un nouveau chef, les verts viennent de réaliser une percée, la People’s Alliance jouit d’une influence jamais vu pour un tiers parti et le premier ministre Blaine Higgs gouverne plus ou moins à sa guise.

Le château de cartes pourrait toutefois s’effondrer si un député progressiste-conservateur ou allianciste décidait de tirer sa révérence. Une hypothèse avec laquelle a jonglé le vice-premier ministre Robert Gauvin, lequel a avoué profiter du temps des Fêtes afin de réfléchir à son avenir. Rien ne laisse toutefois croire qu’il quittera son parti à brève échéance.

Rappelons aussi que le gouvernement déposera son premier budget provincial en mars. Celui-ci sera doté de nombre de mesures impopulaires, avec notamment des compressions en santé.

Les libéraux n’ont pas de temps à perdre pour trouver un bon candidat capable de s’imposer en tant que solution de rechange aux conservateurs et à la People’s Alliance, mais qui pourra aussi empêcher le Parti vert de s’implanter encore plus dans leur électorat traditionnel acadien.

Ce n’est pas encore une question de vie ou de mort pour le parti de Louis-J.-Robichaud et de Frank McKenna. L’idéal pour les libéraux serait toutefois d’élire un nouveau chef dès ce printemps afin de pouvoir se préparer rapidement à une nouvelle élection, si celle-ci devait survenir plus tôt que prévu.