Hausses de salaire méritées

Plusieurs élus municipaux se sont octroyé dans les derniers mois d’importantes augmentations de salaire, dans à peu près toutes les régions de la province. Ce n’est pas une coïncidence. Et c’est justifié.

Nous l’avons écrit à plus d’une reprise en éditorial, nos élus municipaux sont sous-payés. La raison est simple: ils sont dans une situation impossible.

Au N.-B., les budgets municipaux doivent être approuvés par les conseils. En conséquence, les conseillers et les maires doivent déterminer eux-mêmes leur rémunération (salaires et allocations de dépenses) et l’approuver à l’aide d’un vote public.

La plupart d’entre eux craignent la réaction de leurs concitoyens et finissent par ne jamais s’accorder un salaire raisonnable.

Les assemblées municipales n’attirent généralement pas les foules. Mais un coup d’oeil sur Facebook ou une visite dans les cafés vous révéleront qu’à peu près tout le monde a une opinion sur le salaire des élus. Elle se résume souvent à celle-ci: ils n’ont pas à s’accorder d’augmentation de salaire, les temps sont durs pour tout le monde.

L’ennui avec cette opinion, c’est que les temps seront toujours «trop durs» pour justifier de dédommager adéquatement nos élus.

La Ville de Campbellton nous en a montré cette semaine un bon exemple.

La dernière année financière a été difficile. La Ville a dû reporter des dépenses. Les heures d’ouverture ont été réduites au Centre civique Memorial. L’infrastructure saigne à blanc les contribuables, au point où la municipalité tente désormais de convaincre ses voisines de participer financièrement à son fonctionnement et impose des frais aux usagers des communautés non participantes.

Notons que la population de Campbellton est en déclin et que son taux foncier est l’un des plus hauts de la province. Pour équilibrer les comptes, il a fallu puiser plus d’un demi-million de dollars dans un fonds de réserve et réduire ou biffer des dépenses prévues pour la formation des employés, l’achat d’équipement, l’entretien d’infrastructures, etc.

Avec un tel bilan, inutile de préciser que les conseillers Frédéric Daigle et Marco Savoie ont raison de dire que ce n’est pas le bon moment d’augmenter le salaire des élus. Les deux hommes ont voté contre la proposition et choisi de verser leur part de l’augmentation à de bonnes causes.

Sauf qu’il n’y aura jamais de meilleur moment pour offrir un salaire digne de ce nom aux élus municipaux, à Campbellton comme ailleurs. Aucune municipalité au Nouveau-Brunswick ne présentera un jour un budget qui comprendra des surplus gargantuesques, des baisses de taxes et des investissements suffisants dans tous les domaines.

Les pressions budgétaires sont trop importantes. Il y aura toujours une route majeure à asphalter, un budget de déneigement défoncé, une facture de la GRC plus élevée que prévu ou un réseau d’eau et d’égouts qui a besoin d’être réparé.

Pendant ce temps, les élus municipaux ont des responsabilités toujours plus grandes. On leur demande d’approuver et de surveiller des projets évalués à plusieurs millions de dollars, de dépenser chaque sou avec parcimonie, de faire du développement économique et tellement plus encore.

Le tout, en équilibrant le budget, idéalement sans hausse de taxes.

À Campbellton, la mairesse était rémunérée à la hauteur d’un peu plus de 19 000$. Un montant ridicule pour être à la tête de l’une des municipalités les plus importantes du nord de la province. Cela passera cette année à environ 23 500$. C’est encore trop bas, mais au moins, il y a amélioration.

Heureusement, les choses changent.

D’abord, des modifications fiscales ont été apportées par Ottawa. Les allocations de dépenses des élus sont désormais imposables. Face à l’éventualité de subir une réduction de salaire, plusieurs communautés ont choisi de contourner le problème en augmentant le salaire brut.

C’est ce qui se produit à Campbellton et dans bien d’autres endroits.

Par ailleurs, l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick a conçu un guide de rémunération basé notamment sur la population et l’assiette fiscale de même que sur ce qui se fait ailleurs.

Cela a donné une nouvelle légitimité à de nombreux élus municipaux de s’accorder des augmentations qui étaient attendues depuis longtemps. À titre d’exemple, le salaire annuel du maire de Bouctouche est passé de

10 000$ (6000$, plus une prime de 200$ par réunion) à 25 000$.

On ne compte plus les villages où les élus ne gagnent que quelques milliers de dollars par année pour un travail où il ne comptent pas les heures et où ils sont soumis aux critiques d’une partie de la population.

Qu’on se le dise, siéger dans un conseil municipal, ce n’est pas censé être l’équivalent de faire du bénévolat. Il faut rendre les conditions d’embauche plus attrayantes afin d’attirer les meilleurs candidats. Ça commence en offrant des salaires dignes de ce nom.

Même quand les temps sont durs.