SOS à Ottawa

Les Jeux de la Francophonie de 2021, censés avoir lieu à Moncton et à Dieppe, sont sur le respirateur artificiel. Tout laisse croire que le gouvernement provincial tirera la plogue dans moins de deux semaines. Les derniers espoirs de sauver l’événement reposent à Ottawa.

Le vice-premier ministre Robert Gauvin a annoncé au cours d’une conférence de presse que son gouvernement donnait jusqu’au 30 janvier à ses partenaires pour clarifier leurs intentions concernant le financement des Jeux.

M. Gauvin a pris soin de préciser que le Nouveau-Brunswick ne dépensera pas plus que les 10 millions $ prévus originalement. Il estime qu’organiser l’événement coûtera au moins 80 millions $ et demande au fédéral, aux villes hôtesses et au comité organisateur de financer la différence.

Sinon, la province passera à un autre appel. Elle entamera les démarches en vue d’annuler l’important événement sportif.

C’est une position qui a le mérite d’être claire. Le gouvernement Higgs met ses cartes sur table, dit exactement combien il est prêt à payer, ne retire pas des fonds déjà promis et ne laisse pas traîner les choses.

La position se défend bien aussi sur le plan des finances publiques. Le Nouveau-Bruns­wick est une province pauvre et lourdement endettée. Les impôts y sont élevés. Même les plus fervents promoteurs des Jeux de la Francophonie comprennent que notre province a une capacité limitée de payer. Elle ne peut pas se laisser entraîner dans un gouffre financier sans fond.

Néanmoins, la stratégie nous laisse perplexes. Il est stupéfiant de voir le N.-B, qui a pourtant posé sa candidature pour obtenir lesdits Jeux, se dédouaner complètement de ses responsabilités.

Cela nous laisse aussi avec un arrière-goût amer en bouche. Un peu comme si le gouvernement Higgs, dans le fond, ne souhaite pas vraiment qu’aient lieu ces Jeux de la Francophonie. Il donne l’impression qu’il serait déçu si Ottawa finit par plier et accepte de payer pour tous les dépassements de coûts. Sa priorité semble être d’annuler ceux-ci sans payer un lourd tribut politique, tout en économisant quelques millions de dollars.

On le voit dans la position de Fredericton, laquelle ne laisse pas de place à la négociation. C’est ça ou c’est rien. Il n’y a aucune forme de leadership du gouvernement provincial dans ce dossier. On ne cherche aucune solution. Tout est pelleté dans la cour du fédéral. S’il refuse de payer, alors tant pis.

Le ministre des Affaires intergouvernementales du Canada et député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, a partagé sa déception face à l’attitude intransigeante de la province. «Au lieu de recevoir un plan, nous n’avons reçu qu’un ultimatum», a-t-il indiqué.

Il pourrait attendre encore bien longtemps une quelconque proposition concrète néo-brunswickoise. Celle-ci se résume à «10 millions $, pas un sou de plus» et rien ne laisse croire que cela changera de sitôt.

À ce point-ci, les partisans des Jeux n’ont plus qu’une seule option à leur disposition: lancer un SOS à Ottawa.

Les Jeux de la Francophonie auront lieu au Nouveau-Brunswick, en tout ou en partie, seulement si le fédéral décide de prendre les choses en main. Il doit à la fois devenir la force motrice derrière ce projet et servir de banquier.

Deux raisons pourraient théoriquement le pousser à agir ainsi.

Il pourrait d’abord intervenir pour protéger la réputation internationale du Canada. L’annulation d’épreuves sportives et culturelles aussi prestigieuses rendrait plus difficile la tâche des autres villes et provinces du pays de convaincre des instances internationales qu’elles sont suffisamment fiables pour organiser des Jeux olympiques, de la Francophonie, du Commonwealth ou des championnats du monde.

Ottawa pourrait aussi juger qu’il ne peut permettre qu’une deuxième province (après l’Ontario) laisse tomber un projet qui touche la minorité francophone. Les Jeux de la Francophonie n’ont pas le dixième de l’importance de l’Université de l’Ontario français, laquelle est menacée par les actions du gouvernement Ford. Mais leur annulation enverrait quand même un message négatif.

Par ailleurs, notez aussi que nous ignorons exactement combien coûtera aux contribuables l’annulation de l’événement.

L’Organisation internationale de la Fran­cophonie prévoit qu’une région hôtesse qui se désiste après avoir obtenu les Jeux est responsable des coûts encourus pour trouver un nouvel hôte pour accueillir les concurrents.

Personne au sein du gouvernement ne semble connaître ou même ne souhaite savoir si les frais de désistement seront de quelques milliers de dollars ou si nous parlons ici de millions.

Le gouvernement Higgs veut faire de l’enjeu uniquement un problème de dépassements de coûts.

Dans ces circonstances, s’il décide de mettre fin au projet, il faudra que ce soit fait avec tous les chiffres rendus publics, pas seulement ceux qui font l’affaire de Fredericton.