De retour du bon côté de l’Histoire

Le gouvernement Higgs revient de loin. Il cesse de piétiner les droits linguistiques des francophones dans le dossier des ambulances et tente plutôt de les respecter, tout en essayant d’atteindre ses objectifs. Le virage est important.

Le 18 décembre 2018 a été un jour sombre au Nouveau-Brunswick. Le ministre de la Santé Ted Flemming a exigé d’Ambulance NB qu’elle révise ses exigences linguistiques à la baisse dans les régions où l’une des deux communautés linguistiques compte pour moins de 5% de la population.

Dans les faits, cela signifiait qu’il y avait aux yeux du gouvernement provincial deux classes de citoyens: ceux (anglophones) qui peuvent être soignés dans leur langue par Ambulance NB partout dans la province, et ceux (francophones) qui venaient de perdre ce droit dans certaines régions.

Un mois plus tard, le ton n’est plus le même.

Le ministre ordonne la création d’une «équipe flottante», ce qui permettra aux travailleurs paramédicaux unilingues d’obtenir une sécurité d’emploi. Ils n’auront plus à postuler à répétition. Pendant ce temps, les postes désignés bilingues sont maintenus.

Ajoutez à cela la création déjà annoncée d’un système séparé de transfert des patients des hôpitaux, qui permettra de régler certains problèmes linguistiques, de pénurie de main-d’oeuvre et de temps d’attente, et une sortie de crise pointe soudainement à l’horizon.

Une crise, précisons-le, qui a été fabriquée de toutes pièces par le Parti progressiste-conservateur et la People’s Alliance.

Une banale histoire de relations de travail et un problème bien réel de pénurie de travailleurs paramédicaux sont devenus une crise linguistique quand des politiciens populistes de droite y ont vu une occasion de faire des gains électoraux.

Heureusement, le gouvernement Higgs revient avec ce qu’il présente comme étant sa principale force: trouver des solutions con­crètes aux problèmes.

Dans ce cas-ci, il a enfin déterminé qu’il est possible d’améliorer le sort des ambulanciers unilingues, qui préoccupe tant le PC et la People’s Alliance, sans éliminer au passage des droits des Acadiens.

Cela a été rendu possible grâce à la présence au sein de postes clés de deux Acadiens qui ont à la fois la confiance du gouvernement et celle de la population francophone en général: le commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick par intérim, Michel Carrier, et le chef de la direction de Medavie, Bernard Lord.

Le gouvernement a réalisé qu’il ne pouvait pas poursuivre sa politique de confrontation, surtout que celle-ci risque d’être désavouée par un tribunal plus tôt que tard.

Or, autant les conservateurs contestaient l’ancienne commissaire Katherine D’Entre­mont, autant ils apprécient l’approche de Michel Carrier. De son côté, Bernard Lord est un ancien premier ministre progressiste-conservateur qui a encore ses entrées au sein de son parti.

Grâce au travail de la CBC, il nous a été permis d’apprendre que le ministre Flemming a compris qu’il avait à portée de main deux alliés pouvant l’aider à produire un compromis acceptable.

M. Carrier donne crédit au ministre Flemming pour avoir fait preuve d’ouverture, mais affirme que la clef a été M. Lord. «Il connaît les droits linguistiques, la façon dont ils ont été interprétés par les tribunaux, ce qu’ils signifient au Nouveau-Brunswick et ce qu’ils signifient pour les deux communautés linguistiques», a-t-il confié.

Gardons-nous une petite gêne avant de déployer la bannière «mission accomplie» devant l’Assemblée législative. Le diable est dans les détails et ceux-ci n’ont pas encore été tous dévoilés. Nous ne sommes pas à l’abri de mauvaises surprises.

Par exemple, Ambulance NB a été invitée à travailler sur un nouveau test pour évaluer les capacités langagières de ses employés. Rien de mal avec ça, sauf si cela devient une excuse pour diminuer par la porte d’en arrière le niveau de compétences linguistiques requis.

Cela ne signifie pas non plus que les difficultés d’Ambulance NB à offrir un service dans les deux langues en tout temps dans toutes les régions se règleront du jour au lendemain. Le problème existe depuis une bonne décennie, bien avant que cela ne préoccupe quiconque à Fredericton.

Notons aussi que le gouvernement n’a toujours pas fait d’annonce ni même diffusé de communiqué et que le ministre Flemming a refusé les demandes d’entrevues, ce qui montre qu’il n’est pas fier d’avoir dû reculer.

Néanmoins, le gouvernement Higgs mérite pour la première fois le bénéfice du doute.

En se tournant vers Bernard Lord et Michel Carrier plutôt que vers Kris Austin (le chef de la People’s Alliance) et en cherchant des solutions au problème de main-d’oeuvre au lieu de provoquer une crise basée sur un mythe (l’ambulance dans le garage pour des raisons linguistiques), Blaine Higgs et son équipe ont été pragmatiques. Ils sont surtout revenus du bon côté de l’Histoire.