50 ans plus tard, se parler de la bonne façon

Cinquante années après l’adoption de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, l’heure n’est pas à la fête dans la province.

Le 50e anniversaire de cette loi tombe bien mal, avec la présence à la législature de trois députés d’un parti opposé à plusieurs droits linguistiques des francophones du Nouveau-Brunswick. C’est sans oublier les Jeux de la Francophonie 2021 de Moncton-Dieppe qui sous le respirateur artificiel et la crise linguistique qui a été provoquée par le gouvernement dans le dossier des ambulances.

N’en jetez plus, la cour est pleine.

Ne faisons toutefois pas l’erreur de jeter le bébé avec l’eau du bain. Le Nouveau-Brunswick (et le Canada) a fait des progrès gigantesques dans le respect des droits linguistiques depuis les années 1960.

On l’oublie avec le passage des années, mais le bilinguisme officiel n’a pas divisé le Nouveau-Brunswick en deux, et encore moins créé une sorte de ségrégation, comme aiment le répéter des gens de mauvaise foi.

Il a au contraire contribué à ramener une paix sociale au Nouveau-Brunswick. L’ancien premier ministre Richard Hatfield s’était d’ailleurs réjoui de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, en déclarant que cela permettrait de transporter les conflits linguistiques hors des rues de Moncton et vers les tribunaux. C’est ce qui s’est produit.

L’anniversaire de l’adoption par le premier ministre Louis J. Robichaud de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick et les grandes victoires qui ont suivi (pensez à la dualité en éducation et à la fin des écoles bilingues, grandes vectrices d’assimilation) est toutefois une patate chaude pour le gouvernement. Disons qu’on ne sent pas chez le premier ministre Blaine Higgs une grande volonté de lancer une année de célébrations.

Son ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, a toutefois montré de l’ouverture à une idée du maire d’Edmundston, Cyrille Simard. Celui-ci propose la création d’une commission sur l’éducation et le bilinguisme.

Le maire souhaite que les conclusions qui découleraient d’une telle démarche fassent en sorte que «dans 20 ans, nous puissions dire que nous avons fait des progrès substantiels». Une idée qui a semblé plaire au ministre.

Nous croyons qu’une telle commission pourrait apporter des bienfaits aux deux communautés linguistiques à long terme, mais à condition que ses objectifs soient clairs et que des mesures soient prises pour éviter les dérapages.

Déjà, l’idée de miser sur la participation des citoyens plutôt que d’entendre des experts nous préoccupe.

Cette commission, si elle voit le jour, ne doit pas devenir une tribune pour tous ceux qui ont une crotte sur le coeur contre les francophones.

Rappelez-vous la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements consentis aux minorités, en 2007. Les discussions avaient été monopolisées par tout ce qu’il y avait d’intolérants, d’ignorants et d’islamophobes au Québec.

En remontant un peu plus loin dans le temps, le premier ministre Hatfield a créé en 1984 le Comité consultatif sur les langues officielles, qui avait tenu une série d’audiences publiques aux quatre coins de la province.

C’est à ce moment-là qu’un jeune Blaine Higgs s’était insurgé contre «les fantaisies irréalistes des droits linguistiques» et réclamé le démantèlement du bilinguisme. Il avait aussi proposé la tenue d’un référendum pour faire de l’anglais la seule langue officielle du Nouveau-Brunswick.

M. Higgs affirme que sa pensée a évolué et qu’il n’était à l’époque qu’un jeune unilingue anglophone originaire d’un milieu rural qui s’était senti menacé par le bilinguisme officiel.

Or, l’influence de la People’s Alliance au sein du gouvernement et la montée en popularité de groupes comme la Anglophone Rights Association montre bien que le Nouveau-Brunswick compte encore plus que sa part de citoyens qui se sentent à leur tour menacés par le bilinguisme officiel.

D’où l’importance d’une commission avec un mandat très précis. Dans ce cas-ci, elle pourrait chercher la réponse à deux questions.

D’abord, comment améliorer le système d’éducation afin d’augmenter le nombre de Néo-Brunswickois qui parlent le français et l’anglais (une promesse qui est d’ailleurs contenue dans le programme électoral des progressistes-conservateurs)? Ensuite, comment améliorer les services gouvernementaux afin qu’ils soient de qualité égale (une égalité réelle, pas de surface) dans les deux langues?

Si le gouvernement Higgs réussit à provoquer une réflexion sur ces deux enjeux sans que le tout devienne une séance publique d’Acadian bashing, il pourra se targuer d’avoir joué son rôle de défenseur et de promoteur du caractère bilingue et unique du N.-B.