Protéger les enfants, sans aucun droit à l’erreur

Les rapports du défenseur des enfants, des jeunes et des aînés du Nouveau-Brunswick sont toujours parmi les plus difficiles à lire.

Contrairement, par exemple, aux rapports de la vérificatrice générale, qui s’attardent sur la façon dont le gouvernement dépense ou gaspille nos sous, ceux du protecteur de la jeunesse mettent en lumière l’enfer que vivent les personnes parmi les plus vulnérables de notre société.

Bien à l’abri et heureux à la maison, dans un pays riche comme le Canada, nous avons de la difficulté à imaginer à quel point certains vivent des situations difficiles. Des résidences cachent derrière les rideaux tirés et les portes closes de la misère, de la violence et des conditions de vie abjectes.

Le plus récent rapport de Norman Bossé, dévoilé cette semaine, raconte l’histoire de cinq enfants âgés de six mois à 8 ans (au moment de l’intervention des autorités, en 2016) qui ont été victimes de négligence grave.

La bonne nouvelle est que leurs conditions de vie ont été signalées.

Il y a encore des personnes alertes et dévouées dans le système. Les autorités scolaires avaient remarqué que les deux enfants les plus âgés étaient absents des classes plus de la moitié du temps, qu’ils étaient affamés, sales et qu’ils portaient toujours les mêmes vêtements malodorants.

La mauvaise nouvelle est qu’il a fallu des années avant d’enfin les sortir de ce milieu. Le rapport cite un intervenant qui affirme avoir eu l’impression que le ministère provincial du Développement social ne se souciait pas de leur sort malgré les signalements.

Nous apprenons aussi que plusieurs travailleurs sociaux se sont succédé mais qu’ils n’ont pas pu faire correctement leur travail en raison de leur charge de travail. L’un d’eux a fait onze tentatives en deux mois pour visiter la famille, sans jamais parvenir à entrer dans la maison.

Pendant que les mois et les années s’écoulaient, les enfants continuaient de grandir dans une maison dont les murs étaient couverts d’excréments, où il y avait peu ou pas de nourriture et où du matériel de consommation de drogues était laissé à la traîne.

Les enfants ont été retirés des lieux en 2016 et confiés à leurs grands-parents. Les parents ont été condamnés à la prison pour avoir omis de leur fournir les choses nécessaires à l’existence et avoir mis leur vie en danger.

Les travailleurs sociaux ont été écorchés par le rapport du défenseur dans ce dossier, et avec raison.

À leur décharge, ils sont toutefois dans une situation impossible. Retirer des enfants de la garde de leurs parents est un geste de dernier recours.

Les travailleurs sociaux doivent aussi faire preuve de jugement. Ils font face régulièrement à des personnes qui n’hésitent pas à mentir ou à cacher les conditions de vie de leurs enfants (ou des aînés dont ils ont la garde). Il n’est pas toujours évident de savoir à quel point la santé et la vie de ceux-ci sont menacées.

Sauf qu’au bout du compte, on en arrive toujours à la même conclusion: ils n’ont pas droit à l’erreur. Peu importe les circonstances, le manque de budget ou les surcharges de travail, il ne faut pas qu’ils se trompent. Les conséquences sont trop terribles.

D’autres rapports nous ont rappelé par le passé ce qui se produit quand des enfants sont abandonnés à leur sort. Des enfants sont morts au Nouveau-Brunswick, parfois dans des souffrances atroces, alors qu’au même moment, leur dossier était classé non urgent.

Il est possible de faire mieux. Beaucoup mieux.

Ce n’est pas nous qui le disons, mais le défenseur des enfants, qui indique que le Nouveau-Brunswick «doit en faire plus pour protéger les enfants durant les premières années de vie contre les risques de négligence et de maltraitance chronique».

Il propose des solutions. Certaines sont coûteuses. Tant pis. «Il faut le faire», pour citer à nouveau Norman Bossé.

La ministre du Développement social, Dorothy Shephard, a promis de se battre pour obtenir les fonds dont elle a besoin d’ici le dépôt du budget, en avril.

Sa bataille n’est pas gagnée d’avance. Si l’on se fie aux compressions effectuées dans les fonds réservés aux infrastructures, à la fin de l’année dernière, il est permis de croire que le gouvernement Higgs nous proposera bientôt un budget empreint d’austérité, avec priorité à l’équilibre budgétaire.

Nous souhaitons que l’appel de M. Bossé et celui de Mme Shephard seront entendus. Des considérations comptables ne doivent pas empêcher le gouvernement de faire ce qui doit être fait pour protéger un maximum d’enfants.