L’équilibre budgétaire à toute allure

Le premier ministre Blaine Higgs a été la cible de vertes critiques depuis son arrivée au pouvoir, en particulier dans sa gestion d’Ambulance NB et de ses obligations linguistiques. Il a toutefois une grande qualité: il fait exactement ce qu’il a promis.

Blaine Higgs a livré jeudi soir son premier discours sur l’état de la province à Fredericton, pendant lequel il a surpris tout le monde en révélant que son gouvernement a déjà équilibré les finances pour l’année en cours et qu’il présentera aussi un budget sans déficit le mois prochain.

Le gouvernement libéral précédent a flirté avec l’équilibre budgétaire en 2017-2018, mais prévoyait un déficit de 188 millions $ cette année. Moins de trois mois après son arrivée au pouvoir, l’administration Higgs a réussi à transformer ce déficit en surplus.

Personne ne prévoyait une telle chose… y compris l’équipe Higgs, qui s’était engagée à réduire le déficit d’au moins 125 millions $ par an et d’équilibrer le budget au cours de la deuxième année de son mandat, en 2020-2021.

Une augmentation imprévue des revenus (les libéraux avaient été prudents dans leurs prévisions) a donné un solide coup de pouce aux conservateurs.

Néanmoins, le virage reste important.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a commencé à perdre le contrôle de ses dépenses pendant le règne de Shawn Graham. Le premier déficit avait été enregistré en 2008 dans la foulée de la crise financière mondiale.

Les premiers ministres Graham, David Alward et Brian Gallant ont tous ensuite refusé d’imposer un remède de cheval à nos finances publiques. Ils ont privilégié une réduction graduelle du déficit et une hausse de l’endettement public.

Il y a un an presque jour pour jour, la ministre des Finances libérale Cathy Rogers déposait un budget qui comprenait des hausses de revenus, de dépenses, de déficit et de la dette. «Il faut dépenser de l’argent pour gagner de l’argent», avait-elle déclaré. L’atteinte du déficit zéro avait été repoussé d’une année.

C’est ce qui avait incité l’Acadie Nouvelle à décréter en éditorial que le premier ministre Gallant a sacrifié l’état des finances publiques au profit de ses efforts pour se faire réélire.

Cette ère est révolue.

Il est toutefois important de réaliser qu’il y a des conséquences à peser sur l’accélérateur comme le font les progressistes-conservateurs. La modernisation d’écoles secondaires a été repoussée. L’élargissement de la route 11 n’aura pas lieu. La mise en place d’une unité des soins maternels et néonataux à Edmundston a été reportée. Et le budget de la Société de développement régional sera à terme amputé de moitié.

Derrière la quête de l’équilibre budgétaire se cachent des êtres humains qui subissent ou subiront les conséquences de ces choix.

Par ailleurs, le discours sur l’état de la province de jeudi nous a permis d’en savoir un peu plus sur les intentions de Blaine Higgs une fois qu’il jugera que la santé financière de la province s’est améliorée.

Il a insisté sur le fait que les Néo-Brunswickois sont trop taxés. Il s’est souvent engagé par le passé à ne pas créer de nouvelles taxes ni d’impôts, mais sans jamais vraiment dire de quelle façon il entend remettre de l’argent dans les poches des contribuables.

Il va désormais plus loin en affirmant qu’il est «urgent» de diminuer lesdits impôts.

M. Higgs continue de critiquer le gouvernement du Canada, preuve que les pommes de discorde ne se limitent pas aux Jeux de la Francophonie.

En laissant entendre que les libéraux fédéraux cherchent surtout à participer à des coupes de rubans, il démontre son désintérêt à participer à des programmes d’infrastructures à coûts partagés.

Encore une fois, cela a des conséquences. Les municipalités qui attendent la participation d’Ottawa pour remettre à neuf leur système d’eau et d’égout risquent de devoir patienter longtemps.

Cela ne signifie toutefois pas que la vision du gouvernement est illégitime. Il a été élu sous la promesse de mettre fin à ce qu’il qualifiait de «dépenses irresponsables» des libéraux. Pas en promettant d’injecter des millions de dollars dans les infrastructures ou pour renforcer les programmes sociaux.

Le discours sur l’état de la province peut ressembler parfois à une sorte de minidiscours du Trône, dans le sens qu’il permet de décoder les intentions du gouvernement.

Dans ce cas-ci, il a surtout permis de confirmer que Blaine Higgs n’a pas changé de trajectoire. La priorité est d’engranger rapidement des surplus budgétaires et de diminuer le fardeau fiscal des Néo-Brunswickois dès que possible.

Le premier ministre sait ce qu’il veut. Et il est prêt à accepter les conséquences qui accompagnent ses choix et sa vision.