Ambulance NB: la vérité importait peu

La campagne des progressistes-conservateurs, pendant laquelle ils ont affirmé que les problèmes d’Ambulance NB sont dus aux exigences linguistiques, a fini par les rattraper. Tant la direction que le syndicat ont contredit une nouvelle fois cette présomption, ce qui pousse plusieurs à dire que le premier ministre Blaine Higgs et le chef de la People’s Alliance Kris Austin ont menti à la population.

Prouver qu’un politicien a sciemment menti n’est pas toujours une mince affaire. Accompagnés d’une armée de relationnistes, d’avocats et de directeurs des communications, ils savent plus que jamais choisir leurs mots. Nous sommes à des années-lumière du célèbre «I’m not a crook» du président américain Richard Nixon, en 1973.

Ceux qui s’intéressent au mensonge en politique ont le devoir de lire les articles du journaliste Daniel Dale, du Toronto Star, qui débusque les faussetés énoncées par le président Donald Trump aux États-Unis.

M. Dale apporte des nuances entre les mensonges, les fausses affirmations (falses claims), les erreurs de fait et les exagérations. Trump est bel et bien un menteur pathologique. Mais il arrive souvent, précise M. Dale, qu’il soit confus ou ignorant à propos de ce qu’il raconte. Bref, qu’il partage des informations trompeuses, mais sans nécessairement mentir.

Ces précisions apportées, où se classent les affirmations du premier ministre Higgs, de son vice-premier ministre Robert Gauvin, de son ministre de la Santé Ted Flemming et de son allié de la People’s Alliance Kris Austin?

D’abord, les faits. Le programme électoral du Parti progressiste-conservateur blâme la question linguistique pour les problèmes de personnel d’Ambulance NB. Lisez vous-mêmes: «S’assurer que les ambulances ne sont pas retirées des routes en raison de problèmes de dotation en personnel liés à la langue».

Nous savons aujourd’hui que cette prémisse est fausse. Nous le savions aussi pendant la campagne électorale, Ambulance NB n’ayant jamais fait de mystère à ce sujet.

Notez quand même que la plateforme précise «problèmes de dotation de personnel». Le parti s’accroche aujourd’hui sur ce détail. Un porte-parole gouvernemental a d’ailleurs précisé cette semaine qu’il est «pleinement reconnu qu’il existe des postes de travailleurs paramédicaux désignés bilingues qui ne sont pas comblés».

Dans les derniers mois, les politiciens conservateurs ont toutefois été beaucoup moins subtils dans leurs propos.

Le vice-premier ministre Gauvin, pour sa part, a partagé pendant la campagne sa crainte que les lois linguistiques empêchent des travailleurs paramédicaux d’effectuer leur travail. «Il faut que les ambulances sortent», a-t-il exhorté.

Mais s’agissait-il d’un mensonge ou se contentait-il de répéter sans poser de questions la ligne officielle du parti?

Blaine Higgs a été beaucoup plus loin. «Comment peut-on mettre la santé d’un individu en danger en raison d’une exigence légale?», a-t-il déclaré à l’Acadie Nouvelle dans son entrevue de fin d’année. «Les gens auraient de la difficulté avec le fait qu’on stationnerait des ambulances», a-t-il aussi précisé en parlant spécifiquement de l’impact de la Loi sur les langues officielles du N.-B.

En rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle pendant la campagne électorale, il avait indiqué vouloir éviter que des ambulances soient «retirées des routes en raison de problèmes liés à la langue».

Détail fascinant, Blaine Higgs et Kris Austin ont été jusqu’à mettre en doute la parole des dirigeants d’Ambulance NB. «Les travailleurs paramédicaux ne sont pas d’accord avec ça. Ils vont dire que ce n’est pas le cas», a déclaré le premier ministre le 24 janvier à Moncton.

M. Austin, de son côté, dit ouvertement ne pas croire Ambulance NB. «Je suis certain qu’il y a de nombreuses occasions où les ambulances étaient hors service à cause de la langue», a-t-il insisté cette semaine.

Mais ces déclarations font-elles d’eux des menteurs? M. Higgs, en particulier, a-t-il répété que des ambulances sont stationnées dans les garages pour des raisons linguistiques parce qu’il le croyait sincèrement ou a-t-il fait ses déclarations même s’il savait qu’elles étaient fausses? La nuance est de taille.

Lui seul connaît la réponse.

Les conservateurs et les alliancistes ont jugé (correctement) que la controverse entourant les exigences linguistiques chez Ambulance NB allait leur permettre d’atteindre leurs objectifs électoraux. Ils n’allaient pas laisser les faits les empêcher d’atteindre le pouvoir (pour M. Higgs) et de réaliser une percée historique (pour M. Austin). La vérité leur importait peu.

La fin a justifié les moyens.