Les écoles ferment trop souvent

Il n’y a pas beaucoup de sujets qui soulèvent plus les passions en Acadie que les règles de fermeture des écoles.

On pourrait croire que la politique, la langue, les hôpitaux et les baleines noires sont tous des sujets plus controversés. Et peut-être le sont-ils. Mais aller jeter un oeil aux commentaires sur Facebook qui accompagnent les articles portant sur la fermeture des classes et vous serez sidérés par ce que vous y lirez.

Aussitôt que quelqu’un remet en question le statu quo et cherche des façons de réduire le nombre de journées où les écoles sont fermées pour cause de tempête, il est enseveli de message où suintent la colère et les insultes.

Le ministre de l’Éducation Dominic Cardy savait très bien qu’il mettait la main dans un panier de crabes en suggérant cette semaine de ne pas fermer automatiquement les écoles quand les autobus scolaires sont immobilisés par les districts.

Il a beau avoir précisé qu’il y aurait toujours des journées de fermeture en raison de la météo et que les écoles ne seraient ouvertes que les journées où les commerces et les bureaux poursuivent leurs activités normalement, il a été la cible de critiques virulentes.

La position du ministre s’inspire pourtant de ce qui se fait dans la plupart des autres provinces au Canada. Pour essayer de mieux la comprendre, arrimons là avec le réel.

Le Nouveau-Brunswick a subi une tempête mercredi. De la neige en masse, de la poudrerie, des rafales puissantes, des routes à peine déblayées et une visibilité quasi nulle ont été le lot d’une bonne partie de la province.

Personne de bonne foi ne croit que les écoles auraient dû rester ouvertes. La place des élèves et de leurs enseignants était à la maison. Pas dans les salles de classe.

Le lendemain, jour de la Saint-Valentin, les parents de la Péninsule acadienne ont été étonnés de recevoir à 6h un appel préenregistré du District scolaire francophone Nord-Est leur annonçant que les écoles étaient fermées une deuxième journée «en raison des conditions météorologiques et routières».

La journée s’annonçait pourtant magnifique. La tempête était tombée depuis plusieurs heures, le soleil brillait et les routes étaient déneigées. Tous les magasins, cafés, épiceries, bureaux, bibliothèques et garderies de la région étaient ouverts. Seules les écoles faisaient bande à part.

Le ministre Cardy ne peut forcer les chauffeurs d’autobus à prendre la route. Sa solution? Garder les écoles ouvertes même s’il n’y a pas de transport scolaire ce jour-là.

Pourquoi a-t-il choisi cette stratégie? En résumé, parce qu’il s’agit du seul levier à sa disposition. L’horaire des classes, l’heure à laquelle les enseignants doivent se présenter dans leur établissement scolaire et le quitter, la rentrée scolaire et le début des vacances d’été… tout cela est prévu noir sur blanc dans le contrat de travail des enseignants.

Le ministre ne peut changer les règles unilatéralement. Il doit attendre la fin de la convention collective, l’année prochaine, pour essayer de négocier d’autres paramètres.

Par contre, aucune clause n’indique que les enseignants ont automatiquement congé si les autobus ne roulent pas (que ce soit en raison d’une tempête, d’un bris mécanique ou d’une grève),

Le ministre part d’une bonne intention. Les écoles sont fermées trop souvent. Mais il est loin d’être certain que sa stratégie puisse fonctionner. Entre les enseignants qui refuseront de rentrer au boulot et les parents qui ne voudront pas transporter leurs enfants, nous risquons de nous retrouver avec des écoles à moitié vides.

Le véritable problème est que les politiques de fermeture d’écoles des districts scolaires ne sont pas flexibles. C’est tout ou rien.

Il y une possibilité de pluie verglaçante? On annule les classes au cas où. Une tempête doit débuter en fin d’après-midi? On ferme les écoles pour la journée. Les routes ne sont pas bien déblayées à 6h? On ferme les livres.

Les écoles pourraient pourtant imiter les universités et accueillir les élèves l’avant-midi (une demi-journée) quand la bordée de neige n’est prévue qu’en après-midi. Ou simplement retarder l’ouverture des classes d’une heure quand il y a des préoccupations concernant l’état des routes.

Or, rien de tout ça ne semble possible aujourd’hui. Et ce sont nos enfants qui en font les frais.

Nous sommes heureux de voir un ministre enfin s’attaquer à cette problématique. Il n’y a toutefois pas de raccourcis possibles.

Ouvrir les écoles les journées où la météo le permet, même en l’absence des autobus scolaires, permettrait à plusieurs élèves de passer plus de temps en classe. Mais c’est seulement en négociant des accommodements avec le syndicat des enseignants qu’une véritable solution à long terme pourra émerger. Ça n’arrivera de toute évidence pas de sitôt.